Vilfredo Pareto par Georges FELTIN-TRACOL

Bonsoir,

Il peut paraître étrange qu’un sociologue et économiste de la fin du XIXe siècle fasse l’objet d’une chronique. Il y a quelques mois est cependant paru aux Éditions Dualpha sous la signature du Pasteur Jean-Pierre Blanchard, un Vilfredo Pareto, génie et visionnaire (152 p., 23 €) préfacé par votre serviteur.

Pareto

En redécouvrant la vie et l’œuvre de Vilfredo Frederico Samaso, marquis de Pareto (1848 – 1923), on s’aperçoit vite que cet homme correspond à l’Européen savant typique, digne héritier des moines copistes médiévaux, d’Erasme et des encyclopédistes. Né à Paris du comte Raphaël Pareto, réfugié politique favorable à une république italienne unie, et de Marie Métenier, originaire du Bourbonnais, il épouse d’abord une Russe, Alexandra Bakounina, avant de vivre avec Jeanne Régis. Sujet du roi d’Italie à partir de 1861, ce bilingue franco-italien occupe la chaire d’économie politique à l’Université de Lausanne et réside en Suisse.

Dépité le soir d’une sévère déconvenue électorale à Florence, ce brillant ingénieur aux idées pacifistes, libérales et progressistes tire de cette péripétie de riches réflexions socio-politiques. Appartenant à l’école néo-libérale marginaliste de Léon Walras, son prédécesseur à Lausanne, il publie en 1902 – 1903 Les Systèmes socialistes, en 1917, un volumineux Traité de sociologie générale en deux tomes, ainsi que de nombreux travaux économétriques qui seront repris, poursuivis et affinés bien plus tard par le Français Prix Nobel d’Économie Maurice Allais. Deux grandes figures européennes déjà évoquées ici même, Jean Thiriart et Guillaume Faye, le considéraient comme l’un de leurs maîtres à penser.

Découvrir aujourd’hui Vilfredo Pareto n’est pas aisé, car ses ouvrages sont denses et touffus. Ce n’est pas des lectures faciles à emporter cet été sur la plage ou au bord d’une piscine. Pragmatique, réaliste et lucide, Vilfredo Pareto se méfie des idéologies. Il livre une interprétation cohérente et pessimiste des sociétés humaines. Auteur des notions de « résidus » (les constantes d’ordre psychique qui expriment le facteur socio-historique des émotions, des sentiments et des instincts) et de « dérivations » (l’ensemble des actions humaines collectives que déclenchent, directement ou non, les résidus ou d’autres dérivations), Vilfredo Pareto conçoit une vision circulatoire des élites. Toute structure collective humaine sécrète une hiérarchie, des oligarchies, des minorités exerçant un pouvoir quelconque, politique, économique, culturel, sociologique, social, religieux, etc. Malgré la transmission générationnelle des fonctions directives, les élites installées s’épuisent progressivement avant d’être remplacées plus ou moins violemment par de nouvelles élites plus énergiques.

Ainsi Vilfredo Pareto aurait-il largement ri aux discours anti-oligarchiques proférés aujourd’hui tant par la droite radicale que par l’ultra-gauche. Il aurait probablement expliqué que cette hostilité masque l’ambition inavouée de remplacer la présente hyper-classe cosmopolite par de nouvelles couches dirigeantes parfois plus nationales, voire nationalistes, comme on peut l’observer ces temps-ci en Hongrie illibérale où les amis et autres affidés de Viktor Orban s’emparent de postes naguère acquis aux proches de l’ancien régime libéral-socialiste…

Guère lu de nos jours (il est difficile de se procurer ses livres, jamais réédités, chez les bouquinistes), Vilfredo Pareto pâtit de la réputation exagérée de fasciste. Fait sénateur d’Italie quelques mois avant son décès, il soutient d’une manière critique les débuts du gouvernement Mussolini. En contact épisodique avec le futur Duce, il lui demande d’appliquer un strict programme libéral, ce que Benito Mussolini fait en économie jusqu’en 1924 – 1925.

Homme de connaissance, ce sceptique résolu représente donc la figure de l’« Honnête Européen ». Il n’est pas anecdotique de savoir qu’il figure au mur d’entrée de CasaPound sise au 8, rue Napoléon-III à Rome aux côtés de Marc-Aurèle et de Nietzsche parmi les 88 noms tutélaires de la « Tortue fléchée ».

Au revoir et dans huit semaines, le 10 septembre prochain !

Georges Feltin-Tracol

Chronique n° 27, « Les grandes figures identitaires européennes », lue le 16 juillet 2019 à Radio-Courtoisie au « Libre-Journal des Européens » de Thomas Ferrier.