Une réponse nationaliste au mondialisme par Julien DARVANT

C’est devenu une vérité de La Palisse que de dire que la pandémie du covid a permis au mondialisme d’étendre encore plus son emprise. Gestion par l’OMS, sacrifice de l’économie locale au profit des GAFAM, perte de cohésion sociale et atomisation de la société… Le mondialisme a su profiter de la crise qui aurait au contraire pu et dû accoucher d’une réaction nationaliste. Mais, par manque de réactivité et, aussi on le sent, par peur d’enfreindre les Diktat sanitaires, les nationalistes ne surent profiter de l’opportunité qui se présentait.

Cette réaction salutaire était dictée d’abord par un sentiment de rejet. Le mondialisme avait failli, ses promesses ne s’étaient pas concrétisées, on nous avait menti. Mais comme l’adage le stipule, les sentiments, tout comme la colère, sont de bien piètres conseillers. Pourquoi s’opposer au mondialisme?

Jean-Jacques Stormay, philosophe thomiste déjà connu pour plusieurs ouvrages de fond (Réflexions sur le nationalisme ou Abécédaire mal-pensant), nous explique pourquoi dans Une réponse nationaliste au mondialisme.

mondialisme

C’est un argumentaire sérieux et étoffé que nous livre Stormay, qui n’est malheureusement pas un vulgarisateur. Pour lui, comme pour plusieurs autres analystes qui ont abordé la question, l’objectif du mondialisme est ultimement de « déifier l’homme », en le coupant de ses racines, mais surtout de ses déterminants comme la culture, la race, la nation et maintenant le sexe. Ce « mythe de l’auto-engendrement », pour paraphraser Mathieu Bock-Côté, vise à faire de l’individu un démiurge, libre de toute contrainte. Voilà le projet porté plus ou moins consciemment par l’élite mondialiste. Sans parler du fait qu’il va à l’encontre de l’organicité de la société.

En tant que catholique, un tel projet va évidemment contre la nature humaine et la volonté divine.

Voilà donc pourquoi il faut refuser et même lutter contre ce programme contre nature.

Mais de quelle façon ?

Par le nationalisme, pardi !

Si pour la plupart cette réponse va de soi, quoique d’autres préfèrent le régionalisme ou l’européisme, Stormay nous explique, argumentaire philosophique thomiste à l’appui, pourquoi la nation est en fait la réponse à l’internationalisme jacobin. Et pour faire court, c’est que le nationalisme est le meilleur véhicule pour la recherche du bien commun, objectif suprême de la politique.

Mais attention, il faut faire attention à la notion même de « nation », comprise fort différemment par ceux qui s’en réclament. Non seulement, il dénonce « la construction volontariste » de la nation, qui consiste à limiter la nation comme un ensemble de valeurs auxquelles le citoyen doit adhérer, mais il conspue aussi sa vision chauvine, qui consiste à aimer sa nation sans aucun sens critique, ou l’autre extrême, l’ethno-relativisme qui consiste à considérer toutes les nations comme égales, mais différentes.

Pour Stormay, la nation est « un patrimoine biologique déterminé, une histoire commune, la conscience d’une unité de destin dans l’universel » et le nationalisme, « une certaine définition du bien commun, plus complète que les autres [qui] consiste dans la reconnaissance du devoir des peuples de rester eux-mêmes ». Pourtant, « le vrai nationaliste, loin d’idolâtrer la nation dont il est membre, reconnaît l’inégale aptitude des nations à se faire chacune le porte-parole de valeurs universelles ». Bref, la nation est un tout organique et les nations ne sont pas interchangeables, mais il existe un universel vers lequel toutes devraient chercher à tendre, soit le catholicisme et ses valeurs civilisationnelles.

Le mondialisme remplace cet universel spirituel par un universel matérialiste et politique.

Malgré cette profession de foi nationaliste, Stormay étonne en proposant un Imperium basé sur l’Empire germanique, reprenant ainsi, de façon catholique, et ce avec bien des différences le projet d’Imperium de Francis Parker Yockey. Cet empire européen servirait à « unifier des nations porteuses d’un legs racial et culturel analogue commun ». C’est l’improbable synthèse de Jean Thiriart et de Saint-Thomas d’Aquin.

Rejetant toutefois le concept de peuple élu pour la France, contrairement à certains catholiques, il croit qu’il incombe à la France, dont le nationalisme est « le plus élaboré conceptuellement de tous les nationalismes », d’adopter pour mission, non pas de dominer le reste des nations européennes, mais de susciter un réveil nationaliste salutaire et d’en prendre la tête.

Mais, que faire ?

Tout d’abord, il faut garder la tête froide et ne pas se plonger dans de fausses alternatives. Il y a bien des mouvements « populistes » de réaction, des réflexes d’instinct de survie, mais atrophiés; de telles velléités sont divisées, sans souffle efficace, presque toujours manipulés par le sionisme en sachant qu’elles le sont, ainsi récupérées par un « national-sionisme » qui n’est que l’envers du mondialisme.

Se replier sur une petite communauté représente une autre chimère. L’idée est louable, mais stérile. Il s’agit ni plus ni moins de l’abandon de la politique.

Il exhorte ainsi à la lutte : « Le problème pratique, ce n’est pas de savoir la chose est possible (il est évident qu’elle est à vue d’homme impossible); il est de savoir si elle est nécessaire. Si l’on est convaincu de sa nécessité, elle deviendra possible. Et si elle se révèle quand même impossible, c’est qu’on est près de la fin du monde qui peut mettre néanmoins beaucoup de temps à mourir. Quoi qu’il en soit, nul ne sait ni le jour ni l’heure. C’est pourquoi notre devoir est de combattre sans souci réaliste du résultat, par la prière, par le fer, par le travail, par l’exemple, par la parole et par la plume : croire, obéir, combattre , mais avec assez de distance critique tant pour me pas se laisser aveugler dans l’ivresse de l’action que pour éviter de confondre fidélité et obstination passionnelle. »

La victoire n’est pas pour demain, mais seul le combat d’aujourd’hui peut le rendre possible dans le futur.

Julien Darvant

Jean-Jacques Stormay, Une réponse nationaliste au mondialisme. Doctrine élémentaire du bien commun, Reconquista Press, 2020, 162 p., 13,50 €.