Un plaidoyer plus qu’ambigu par Georges FELTIN-TRACOL

Professeur d’histoire romaine à l’Université libre de Bruxelles, le Wallon germanophone David Engels se fait connaître en 2013 par son essai aux Éditions du Toucan, Le Déclin. La crise de l’Union européenne et la chute de la République romaine. Quelques analogies. Plus récemment, l’incendie de Notre-Dame de Paris l’incite à publier Que faire ? Vivre avec le déclin de l’Europe (Blue Tiger Media, 2019). Ce fondateur et président de la Société Oswald-Spengler se situe dans l’approche morphologique de l’histoire chère à l’auteur des Années décisives ainsi qu’au Britannique Arnold Toynbee. Cette société décerne en 2018 son premier prix au romancier français Michel Houellebecq.

Renovatio Europæ est un recueil collectif issu d’« un projet de recherche basé à l’Instytut Zachodni à Poznan (Pologne) (p. 9) ». David Engels ne cache pas vouloir susciter « un conservatisme révolutionnaire (p. 225) » et, de ce fait, concevoir « une idéologie politique sceptique face à l’Union européenne, mais favorable à l’idée européenne (p. 22) ». Il entend « introduire, pour désigner un amour patriotique pour une Europe unifiée, basée non pas seulement sur des valeurs universalistes, mais aussi conservatrices, le terme d’« hespérialisme » – terme dérivé de l’appellation grecque de l’extrême Occident du monde connu d’antan, et formant le complément, voire l’opposition au terme d’« européisme », qui désigne habituellement un soutien non critique de l’Union européenne actuelle et de son idéologie dominante : la bienpensance politiquement correcte (p. 16) ». Ainsi considère-t-il que « l’hespérialisme est uniquement conservateur dans la mesure où il apprécie les valeurs du passé; mais en fait, on pourrait le décrire, tout aussi légitimement, comme orienté résolument vers le futur, même comme révolutionnaire (p. 226) ».

Par « hespérialisme », il faut entendre « une idéologie politique nouvelle qui est en faveur d’une intégration européenne (limitée) fondée sur le respect de notre passé partagé afin d’affronter les défis communs d’aujourd’hui et de demain, sans pour autant écraser les traditions et identités locales, régionales et nationales sous le poids conjoint du multiculturalisme, de l’individualisme, du turbocapitalisme et de la mondialisation (p. 190) ». Il ne signale jamais que les passeurs français du commentaire de Martin Heidegger sur La parole d’Anaximandre traduisent Abend-Land, le pays du couchant, par « Hespérie », d’où l’adjectif « hespérial ». Par ailleurs, le philosophe espagnol Carlos Javier Blanco reprend à son tour le concept d’« hespérialisme » en lui attribuant une acception plus pertinente avec une portée impériale, reconquérante et katéchonique appropriée.

Europe ou Occident ?

David Engels a réuni dans ce volume huit contributions. L’ensemble final aboutit à un résultat bien décevant. On en retire la singulière impression que le « nouveau conservatisme » envisagé s’apparente à un ravalement de façade du conservatisme libéral le plus éculé. Les auteurs s’enferment dans le soi-disant héritage « judéo-chrétien » d’une « civilisation occidentale » aux délimitations géographiques jamais explicitées. Se focalisant sur le seul triangle civilisationnel Athènes – Rome – Jérusalem, ils oublient les apports décisifs des mondes germano-scandinave, slave et celte. Oui, le christianisme (ou plus exactement la première mouture de ce qui donnera plus tard l’une des formes chrétiennes – n’entrent pas dans leurs analyses l’Orthodoxie ou les Églises coptes ou nestorienne…) dévie du judaïsme comme d’ailleurs l’islam est à l’origine une hérésie judéo-chrétienne destinée aux seuls Arabes. Les auteurs de Renovatio Europæ se gargarisent du mythe civilisationnel « judéo-chrétien » et ne savent peut-être pas que la seconde évangélisation de l’Europe occidentale et centrale au Haut-Moyen Âge revient aux voyages de Saint Colomban et de ses moines adeptes d’un christianisme celtique fort peu sémitique aujourd’hui perdu (1).

L’Italien Alvino-Mario Fantini souhaite l’apparition d’« une Droite révolutionnaire (p. 165) » dont la tâche principale serait « de reconstruire la civilisation occidentale sous toutes ses formes et de la restaurer afin de lui donner une place proéminente dans notre culture (p. 174) ». S’agit-il de la civilisation occidentale ou bien de la civilisation européenne ? Cet auteur ne définit pas l’Occident qu’il confond avec une hypothétique « Chrétienté du XXIe siècle » qu’il appelle de ses vœux. Rêve-t-il en néo-guelfe à de nouvelles compagnies missionnaires auprès des sociétés européennes si bien qu’après la « délaïcisation » réalisée se manifesterait « la profession visible des anciennes fois par de jeunes hommes arborant kippa et papillotes et par de vieux curés en soutane et béret (p. 175) » ? Et pourquoi pas le contraire ? Quelle place accorder aux communautés historiques musulmanes (Pomaks de Grèce, Bosniaques, musulmans d’Albanie, Gorans, Tatars de Pologne, Turcs de Bulgarie, etc.) ? Serait-il hostile au port du hijab et du tchador ? Ce croyant ne se sent-il pas solidaire des musulmanes exclues des collèges et des lycées laïques français parce qu’elles anticipaient une mesure prophylactique en vigueur en 2020 ? Sa « Chrétienté du XXIe siècle » ressemble beaucoup à l’ordre moral petit-bourgeois du XIXe siècle.

Le texte de Chantal Delsol, « Immigration : hospitalité et bien commun – l’antinomie cauchemardesque », a l’immense mérite de rappeler la nocivité du conservatisme libéral (ou du libéralisme conservateur). La chroniqueuse régulière du Figaro avoue un « dilemme cornélien (p. 85) » entre la charité chrétienne et l’immigration de peuplement allogène. Elle se concentre sur la seule immigration musulmane alors que le problème migratoire de l’Europe serait identique s’il concernait d’autres groupes ethno-religieux extra-européens.

Pour Chantal Delsol, « il est clair que nous ne pourrons pas éviter un afflux massif d’immigrés (p. 99) ». Quel aveu !, c’est un vrai défaitisme moral propre aux « intellectuels »… Certes, elle réclame bien « d’expulser vraiment les clandestins qui n’ont rien à faire ici (on ne le fait pas); passer un contrat d’intégration (l’apprentissage de la langue, les mœurs) à ceux qui désirent entrer; tenir un langage de vérité à propos de l’islam (on en est très loin !). La solidarité : travailler de façon citoyenne [sic pour la novlangue !] à l’accueil et à l’intégration (p. 100) ». Elle persiste à soutenir une vieille lune, un processus inopérant ! L’intégration ou l’assimilation des étrangers représente aujourd’hui une forme douce de génocide ou d’ethnocide. Comment peut-on en outre assimiler ou intégrer des masses allogènes quand les autochtones eux-mêmes se coulent dans une effrayante american way of (no) life comme le souligne Guy Debord dès décembre 1985 (2) ?

Des élucubrations moralisatrices

Autre énormité proférée par la « Figariste » de l’ouvrage : « Quand on a colonisé et utilisé des peuples qui désormais parlent français, on est responsable d’eux (p. 89). » Chantal Delsol ne comprend pas que le temps des colonies de grand-papy chanté par Michel Sardou n’existe plus. La Décolonisation est passée par là… C’est avec de tels arguments infantilisants que l’Afrique préfère se victimiser plutôt que de prendre son destin en main. Chantal Delsol n’évoque d’ailleurs pas le pillage organisé des richesses du Continent noir (de l’Asie, de l’Amérique latine et de l’Océanie) par les sociétés occidentales. Son point de vue se rapproche de celui d’Yves de Kerdrel, macroniste militant et ancien responsable du flotteur droitard du cosmopolitisme, Valeurs actuelles. « Au nom du droit de la mer, de l’entraide des marins et surtout du respect de la vie, je demande aux autorités françaises d’accorder à L’Aquarius le droit d’accoster à Marseille. Notre identité et notre civilisation sont menacées par la PMA et non par 58 réfugiés (3). » On pense strictement le contraire d’autant que dans le cadre d’un État vrai, néospartiate, la généralisation de la PMA favorisera la natalité autochtone.

Néo-colonialiste pour le Tiers-Monde, Chantal Delsol l’est aussi pour l’Hexagone puisqu’il importe d’après elle de « réussir l’immigration (p. 99) ». Sa justification ? « Quand on a fait venir des travailleurs, on n’a pas le droit de les priver de leur famille (p. 89). » Le magnifique sophisme ! A-t-elle pensé aux « Poilus » dans les tranchées qui ne virent pas les leurs pendant quatre années de guerre ? Les travailleurs détachés requis par les exigences impérieuses d’un marché intérieur débridé devraient-ils traverser l’Union européenne avec toute leur parenté ? L’immigration extra-européenne peut se résoudre par la remigration planifiée, le recours systématique à la préférence nationale, régionale, voire ethnique, et l’établissement d’une « Europe cuirassée » (Maurice Bardèche) autarcique capable de fermer toutes ses frontières à l’instar de la République populaire et démocratique de Corée.

Chantal Delsol mélange politique et moraline et donne au lecteur un infâme rouet d’angélisme impolitique. Ce n’est cependant rien par rapport à une phrase hallucinante. Elle soutient que « la France sous Pompidou a fait venir une foule de travailleurs bon marché (la Suisse préférait payer cher ses éboueurs), et certains disent qu’on a eu tort de décréter le regroupement familial, ce qui est inacceptable (p. 89) ». Ce ne sont pas les Français des « Trente Glorieuses » qui conduisent cette politique insensée, prélude à l’actuel Grand Remplacement. Ce sont ses amis, les grands patrons du BTP, de l’automobile et du textile qui exigent et obtiennent de l’Élysée et de Matignon une main-d’œuvre illettrée, corvéable et docile.

Cette universitaire partage probablement l’avis d’Alvino-Mario Fantini pour qui les identitaires blancs et les ethno-différentialistes « ne sont pas des conservateurs dignes de se présenter comme les défenseurs de l’Occident chrétien (pp. 167 – 168) ». Même si on n’a pas besoin de son accord, qu’il se rassure, les enfants spirituels de Maurice Bardèche, de Saint Loup, de Julius Evola et de Robert Dun lui laissent volontiers la « défense de l’Occident chrétien » pour mieux guerroyer en faveur de l’Europe albo-boréenne qui exprime « 30 000 ans d’identité (Dominique Venner) », de mémoire et de traditions. Ces deux médiocres textes confirment paradoxalement le diagnostic de David Engels : « Les conservateurs ont graduellement appris le langage politique des élites gauchistes – libérales et ont adopté l’habitude de ne plus définir de manière positive et offensive leurs positions par une terminologie qui leur serait propre, mais plutôt en utilisant le vocabulaire politique de leurs adversaires, se servant ainsi de concepts qui, au fond, sont incompatibles avec leurs véritables vues (p. 19). »

Famille et esthétique

Birgit Kelle constate qu’« être colorié et divers est devenu synonyme de modernité (p. 119) ». Dans ce contexte fluctuant, elle s’interroge sur la validité du noyau familial traditionnel à l’heure de l’homoconjugalité triomphante. Après avoir visé « le lobbysme pro-avortement camouflé en lutte pour les droits des femmes (p. 128) », elle pourfend « l’extension massive du rôle de l’État dans les soins accordés aux personnes âgées tout comme aux enfants (p. 118) ». Elle voit dans cet interventionnisme étatique inédit, accentué par la crise du coronavirus, antichambre de la tyrannie sanitaire archi-moderne, « une renaissance paradoxale des vieilles illusions socialistes et communistes au sein d’un Occident gâté par la sécurité sociale (p. 118) ». La protection sociale serait-elle selon Birgit Kelle à l’origine de cette invasion administrative du quotidien ? Serait-ce la raison pour laquelle elle ne mentionne pas la pierre angulaire de toute véritable politique nataliste (et sainement eugénique et polygynique) : le salaire maternel, le revenu familial ou l’allocation parentale ?

Jonathan Price réfléchit pour sa part à « un patriotisme esthétique pour l’Europe (p. 135) ». Il remarque que bien des édifices de l’Union dite européenne témoignent d’une réelle laideur architecturale. Europa Building à Bruxelles est ce bâtiment « formé d’un immense rectangle en verre, dans lequel se trouverait un œuf géant, abritant lui-même la salle de réunion du Conseil européen, composé des chefs des gouvernement des États membres de l’Union européenne (p. 143) ». « À part la curiosité des couleurs et ses absurdités ovulaires et oculaires, le Europa Building n’invite pas à l’émerveillement, ne participe à aucun narratif, n’a pas de caractère particulier et n’invite personne à le chérir – surtout quand on apprend qu’il a fallu 330 millions d’euros afin d’achever sa médiocrité actuelle, et ce après un travail de dix ans achevé seulement en 2016 (p. 145). » Les eurocrates devraient plutôt regarder du côté du quartier romain de l’EUR.

Relevant que « la mondialisation a un visage anglo-saxon (p. 105) », Max Otte, influencé par l’ordo-libéralisme, le paternalisme protestant et le « socialisme de la chaire », en appelle à un « modèle économique européen continental (p. 107) ». Cela reste toutefois de louables intentions sans aucune solution sociale tangible. Andras Lanczi critique certes les « quatre excès ou dogmes du libéralisme (p. 52) », à savoir l’individualisme, le rationalisme, le légalisme et le progrès. Il assume volontiers que « l’illibéralisme ne veut nullement oblitérer la liberté, mais seulement protéger l’Europe des excès du libéralisme et devenir ainsi un garant de la liberté (p. 48) ». Mais il ne dénonce pas la matrice du libéralisme, à savoir les droits de l’homme (et des poux). Quant à Zdzislaw Krasnodebski, il décrit l’entreprise en cours d’ingénierie sociale de masse et constate que les eurocrates qui ont travaillé ou vont travailler au FMI et à l’ONU « se voient régulièrement à Davos ou aux réunions du club Bilderberg (p. 37) ».

Susciter l’unité continentale

David Engels, Andras Lanczi et Zdzislaw Krasnodebski se rejoignent sur l’urgence de donner aux Européens une constitution. Pour Andras Lanczi, « les constitutions modernes sont des documents politiques dominés par des libérales et gauchistes et ne contiennent plus, de fait, aucune véritable perspective conservatrice, puisque même le mot Dieu(quand il est mentionné) ne retient plus qu’une signification décorative (p. 47) ». Avec un retour offensif des idées et des méthodes politiques conservatrices, la construction européenne pourrait mieux aller.

Andras Lanczi ose la question cruciale : « Une constitution peut-elle créer une identité ? (p. 65) » Oui, si on observe les États-Unis; non si l’on regarde les précédents de l’Union Soviétique et de la Yougoslavie titiste. David Engels trace néanmoins les grands traits d’une nouvelle constitution européenne. Il dénonce au préalable le souverainisme stato-national qui amalgame « de manière presqu’insupportable les institutions de l’Union européenne avec l’idée européenne elle-même (p. 21) ». Oui, les nationaux-souverainistes « europhobes » « ignorent […] dangereusement le problème que la civilisation occidentale du XXIe siècle ne pourra survivre que si toutes les nations européennes forment un seul front commun contre les dangers qui pourraient venir de l’Est, de l’Ouest ou du Sud (pp. 21 – 22) ». Ces anti-européens condamnent les institutions alors que la responsabilité de leur nuisance incombe à des personnes telles Jacques Santer, José Manuel Barroso ou Josef Borrel (4).

Renovatio Eur

Prenant acte que dans l’histoire du continent, les ensembles politiques multinationaux permettent une « multi-ethnicité harmonieuse (p. 191) » parce qu’ils reposent sur un substrat anthropologique et génétique boréen commun et sur le même étymon spirituel pré-monothéiste, David Engels cite les exemples historiques du Saint-Empire romain germanique et de la République couronnée des Deux-Nations (l’union dynastique de la Pologne et de la Lithuanie du Moyen-Âge jusqu’au premier partage de la Pologne en 1772), soit « une combinaison unique entre autonomie régionale et autorité centrale, achevées essentiellement par un système d’autorité double entre, d’un côté, un souverain élu, représentant la maiestas personalis ”, et l’assemblée des entités fédérées, représentant la maiestas realis(p. 191) ».

Une ébauche institutionnelle

Cette « nouvelle constitution devrait incorporer la notion de l’Europe d’abord(p. 207) ». C’est la seule allusion où le protectionnisme, sans être nommé, est envisagé. Les traités de libre-échange ne préoccupent pas les rédacteurs de ce recueil. Il est vrai que la Hongrie de Viktor Orban a bien ratifié le calamiteux accord de commerce entre l’Union dite européenne et le Canada.

Afin de tendre vers une nouvelle entité paneuropéenne, David Engels présente les principes généraux de sa constitution. Il reconnaît volontiers que le fédéralisme – ce citoyen belge le sait mieux que personne – favorise toujours « un certain degré de chaos créatif(p. 193) ». Le corps législatif compte un Parlement européen qui émane des peuples, et un Conseil européen, incarnation des États membres. Ces deux institutions désignent les magistrats de la Cour européenne de justice et leurs votes s’approuvent à la majorité qualifiée des deux tiers des voix. Elles n’exercent que des compétences restreintes mais réelles. Elles élisent et révoquent sept secrétaires (Défense, Police, Infrastructure, Harmonisation légale, ressources stratégiques, Éducation et recherche, et Finances) qui agissent en concertation avec un président européen, « élu par un vote général de l’ensemble des citoyens (p. 197) ».

Bien que désigné par le suffrage universel direct, ce président de l’Union rénovée ne bénéficie que de pouvoirs limités. « D’un côté, le Président se consacrerait à la politique extérieure, représentant l’Union européenne au Conseil de sécurité permanent des Nations Unies (sur base d’une fédéralisation du siège français), et, en cas de conflit, dirigerait les opérations des forces européennes. D’un autre côté, le Président tenterait de régler les conflits qui se présenteraient soit entre nations européennes, soit entre celles-ci et l’Union elle-même, en présidant une cour d’arbitrage permanente dont le composition et le mode de scrutin devraient, une fois de plus, favoriser le compromis et l’unanimité (p. 197). » La nouvelle Union européenne, on le voit, dispose d’« une force militaire européenne, composée, en temps de paix, par un cœur d’unités proprement européennes, appuyées par des contingents fixes des différents États-nations et dotées de capacités nucléaires (p. 198) ». Dans ces conditions, « l’Europe pourrait, à nouveau, devenir un véritable Sacrum Imperium et renouer avec sa dimension transcendantale, perdue depuis longtemps au profit du rationalisme, du matérialisme, du relativisme et du cynisme (p. 204) ». David Engels expose rapidement les bases géopolitiquement instables pour cause d’atlantisme d’une Confédération européenne.

N’est-il pourtant pas cynique quand il estime que « le but à long terme serait d’assurer que tous les États membres européens deviennent membres de l’OTAN […], et de garantir une meilleure symétrie entre l’Europe et les États-Unis au sein de cette organisation (pp. 198 – 199) » ? Ne se doute-til pas que Washington n’acceptera jamais cette « symétrie », cette égalité avec ses vassaux européens ? Il ne comprend pas que l’atlantisme conséquent dans le cadre de la défense du soi-disant Occident chrétien, empêche en réalité toute libération stratégique effective du continent européen.

Fédéralisation du siège français à l’ONU et atlantisme approfondi sont les demandes courantes de la CDU – CSU allemande et du PiS polonais. La présidente de l’Instytut Zachodni, soit l’Institut occidental, Justyna Schulz, annonce que Renovatio Europæ « également publié en langue polonaise, allemande, anglaise, italienne et espagnole, sera le premier d’une série d’écrits traitant des nombreux défis que présentera une réforme en profondeur de l’Union européenne (p. 12) ». C’est clairement l’intention du parti Droit et Justice et de son pseudopode à Strasbourg – Bruxelles, le groupe « Conservateurs et réformistes européens » (CRE) dont Zdzislaw Krasnodebski, vice-président du Parlement européen, est un membre influent. Réticents à l’égard d’un PPE fédéraliste honteux et partenaire obligé de la sociale-démocratie cosmopolite, des Verts multiculturalistes et des centristes libéraux mondialistes, les élus CRE se méfient sur leur droite de l’existence du groupe « Identité et Démocratie » dont ils n’acceptent pas le tropisme pro-russe du FPÖ, de la Lega, de l’AfD et du Rassemblement national.

Par ce livre (et peut-être par ceux qui suivront), les « euro-conservateurs » pensent que le moment est judicieux pour orienter la politogénèse européenne vers une autre direction qui ne soit ni globaliste, ni national-souverainiste. Ils bricolent par conséquent une « troisième voie » erronée, bâclée et très en-deçà des enjeux. Bref, sans l’apport – inévitable – de la vision impériale non-conformiste de la Révolution conservatrice européenne dans son phylum romain, lotharingien, bourguignon, ibérique et habsbourgeois, l’hespérialisme de David Engels restera une simple coquetterie intellectuelle supplémentaire.

Notes

1 : cf. Robert Steuckers, Pages celtiques, Éditions du Lore, 2017.

2 : cf. Guy Debord, « Note sur la question des immigrés », dans Œuvres, Gallimard, coll. « Quarto », 2006, pp. 1588 – 1592.

3 : Twitt d’Yves de Kerdrel du 24 septembre 2018.

4 : Dommage que David Engels ne développe pas sur ce qu’il entend par la menace venue de « l’Ouest ». Pense-t-il à des États-Unis LGBTisés, dysgenrés, racisés et décoloniaux qui imposeraient leur Diktat dément au reste du monde ?

David Engels (sous la direction de), Renovatio Europæ. Plaidoyer pour un renouveau hespérialiste de l’Europe, Éditions du Cerf, coll. « Patrimoines », 2020, 232 p., 22.