Un autre regard sur « Il Capitano » par Georges FELTIN-TRACOL

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Depuis maintenant neuf mois, l’Italie est gouvernée par une alliance imprévue, celle des « Jaunes » du Mouvement 5 Étoiles (M5S) et des « Verts » de la Ligue. Malgré bien des tangages et les intrigues de certains de ses responsables tels Roberto Fico, le président M5S de la Chambre des députés, la coalition se maintient cahin-caha.

Ces premiers mois de ministère populiste inédit ont vu l’étiolement de Luigi Di Maio et du M5S et, au contraire, la montée en puissance médiatico-électorale de Matteo Salvini, secrétaire général de la Ligue, vice-président du Conseil, ministre de l’Intérieur, surnommé par les militants liguistes « Il Capitano (le Capitaine) ». Un essai de Gabriele Adinolfi sur cette personnalité singulière sort enfin en français sous le titre de Matteo Salvini ou l’itinéraire d’un parcours politique météorique (Synthèse éditions, coll. « Investigation politique », 2019, 135 p., 18 €).

Salvini

C’est avec de nombreuses précisions chirurgicales que Gabriele Adinolfi explique le cadre politique complexe de son pays. Il évoque l’engagement précoce de Matteo Salvini à la Ligue du Nord dans laquelle il adopte des positions régionales-communistes (il porte alors au revers de sa veste le drapeau basque et l’effigie du Che). L’auteur insiste surtout sur les prochains tiraillements au sein de l’entente gouvernementale, à savoir la ligne à grande vitesse Lyon – Turin, le gazoduc Trans-Adriatique, l’accueil des immigrés extra-européens ou l’éventuelle réforme de la justice. S’y ajoutent des différents momentanés : la mairesse M5S de Rome, Virginia Raggi, souhaite expulser CasaPound de son immeuble historique, rue Napoléon III. Matteo Salvini lui répond que les forces de l’ordre ont des préoccupations plus urgentes.

Intellectuellement structuré, l’actuel ministre de l’Intérieur porte une vision du monde et sait se montrer pragmatique. Gabriele Adinolfi affirme avec raison que le populisme « n’est pas une idéologie, mais un ensemble de convictions basiques à bon marché. On y trouve une défiance envers la classe dirigeante et la culture dominante en même temps que les traces d’une lutte des classes, soit dans la mesure où ce phénomène parvient généralement à rassembler des salariés et des représentants des classes moyennes face aux grands bourgeois et aux fonctionnaires, soit parce qu’il va jusqu’à englober dans son mépris sa propre classe dirigeante (p. 128) ».

L’expérience populiste en cours inquiète ô combien les voisins de l’Italie. L’Hexagone de Macron bien sûr qui pratique une remarquable duplicité. Mais aussi l’Autriche gouvernée par une alliance de conservateurs chrétiens et de nationaux-libéraux. Ni Vienne, ni Rome n’ont cependant rallié le Groupe de Visegrad. Pis, l’Autriche semi-populiste a condamné les dérapages budgétaires décidés par les « Jaune – Vert ». Le dogmatisme monétaire autrichien est un magnifique prétexte à la vive réaction de Rome à la proposition du vice-chancelier FPÖ Heinz-Christian Strache d’octroyer la double nationalité aux natifs germanophones du Tyrol du Sud – Trentin – Haut-Adige, un point sensible pour les Italiens.

Gabriele Adinolfi ne cache pas enfin son scepticisme sur la viabilité à moyen terme de l’attelage « Jaune – Vert ». Le M5S pâtit toutefois de son organisation chaotique, d’un manque criant de militants impliqués sur le terrain et d’une certaine proximité avec les cénacles anglo-saxons. Quant à la Ligue, pour la quatrième fois aux affaires, elle suit un dirigeant quadragénaire qui soulève l’enthousiasme de toute la péninsule au point que son symbole historique, le guerrier lombard Alberto da Giussano, se retrouve jusqu’en Sicile. Il est néanmoins encore trop tôt pour estimer que l’Italie entre vraiment en révolution.

Bonjour chez vous !

Georges Feltin-Tracol

« Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 119, mise en ligne sur TV Libertés, le 1er avril 2019.