Toutes les races sont belles, sauf la blanche ? par Daniel COLOGNE

Dès les années 1980, Pascal Bruckner attire l’attention sur « la possible irruption d’un racisme anti-blancs (1) ». Il a de nouveau abordé ce thème dans un ouvrage récent et remarquablement documenté (2). Par un curieux paradoxe, les meneurs de la « croisade contre les visages pâles » sont aussi des chantres de la diversité heureuse. C’est comme si toutes les races étaient belles, à l’exception de la blanche.

L’homme blanc est cité au tribunal de l’Histoire pour le patriarcat féminicide, le réchauffement climatique, l’arraisonnement techno-scientifique de la Nature, la maltraitance animale, l’imposition d’une seule norme d’orientation sexuelle, et bien entendu pour l’esclavage, conséquence du colonialisme désormais tenu pour un « crime contre l’humanité ».

Pascal Bruckner souligne la complicité des racistes anti-blancs et des féministes, ainsi que l’implication d’une série de groupes minoritaires dont les membres, véritables « opprimés professionnels », se posent en victimes alors qu’un nombre croissant d’entre eux occupe des postes importants sur l’échiquier politique et dans les media. L’auteur rappelle que la colonisation n’a été entreprise que par huit pays d’Europe occidentale. Encore rajoute-t-il, aux cinq puissances coloniales riveraines de l’Atlantique et de la Mer du Nord, des nations jeunes (Belgique, Allemagne, Italie) dont les expéditions ultra-marines sont tardives par rapport à la présence transocéanique pluriséculaire de la France, de l’Angleterre, des Pays-Bas, de l’Espagne et du Portugal.

Bruckner

Il faut aller plus loin en précisant qu’une large fraction de la population de ces pays était indifférente aux conquêtes coloniales. Celles-ci étaient l’œuvre d’aventuriers désireux de faire ou refaire fortune, comme déjà un Gautier Sans Avoir à la faveur d’une croisade, sur une terre « vierge » où « tout était possible » moyennant le massacre préalable des autochtones. Des missionnaires fanatisés se joignirent aux colons prédateurs sous prétexte que les Amérindiens n’avaient pas d’âme et il faut saluer ce courageux Dominicain qui, dans la célèbre « Controverse de Valladolid », osa braver les préjugés de son inquisitoriale confrérie. Pascal Bruckner a raison de citer Bartolomeo de Las Casas parmi les illustres témoins de la conscience européenne, tout comme il exonère légitiment l’ensemble des Albo-Européens d’aujourd’hui de toute culpabilité pour les crimes d’une partie de leurs ancêtres.

Il en va de même pour l’esclavage et l’auteur épingle, à côté de la traite transatlantique, l’existence d’un commerce négrier arabo-musulman bien antérieur et nettement plus meurtrier, sans compter la servitude imposée par des Noirs à des gens de leur race.

Les références de Pascal Bruckner au « credo républicain », à la laïcité et aux « Lumières de la raison » montrent qu’il reste fondamentalement un progressiste, mais en ne fermant pas les yeux sur les dérives de sa mouvance intellectuelle, en les dénonçant au risque d’encourir les foudres de la doxa dominante, il se hisse au niveau d’un penseur avec lequel il faut ouvrir le dialogue et dont je recommande chaudement la lecture. Pascal Bruckner fait aussi écho à Chesterton et aux « idées chrétiennes devenues folles ». Le Pape François sublime le migrant, qui devient une figure christique juvénile destinée à régénérer l’Europe vieillissante.

Pascal Bruckner conclut à nous invitant à ne pas céder au « chantage » d’une partie de nos élites qui « se proposent de nous administrer les soins palliatifs avant le Grand Effondrement ». D’aucuns souhaitent que nous nous prosternions devant « l’Étranger aux yeux profonds, à la démarche légère, aux lèvres mi-closes, toute frémissante de chants ». On convoque Novalis (1772 – 1801) en lui faisant dire tout autre chose que son simple message de grand romantique d’outre-Rhin : le désir d’une nouvelle vision du monde accordant la primauté à la grâce sur la pesanteur, à l’émotion lyrique sur la jactance des grands discours.

Daniel Cologne

Notes

1 : Pascal Bruckner, Le Sanglot de l’homme blanc. Tiers-Monde, culpabilité, haine de soi, Le Seuil, 1983.

2 : Pascal Bruckner, Un coupable presque parfait. La construction du bouc-émissaire blanc, Grasset, 2020, 352 p., 20,90 €.