Tariq l’Apostat par André WAROCH

Avec certains, les choses sont claires. Houria Bouteldja, par exemple. Passionaria haineuse de la cause islamique, il suffit de l’entendre parler cinq minutes sur un plateau de télévision, l’œil mauvais et la mâchoire serrée, pour  l’imaginer dans un bus scolaire, ceinturée d’explosifs, se faisant sauter en criant « Allah akbar ! » et mourir en paix, pendant qu’autour d’elle des morceaux de chair d’enfants de chiens d’infidèles retombent doucement, tels des pétales de rose censés adoucir son passage dans le paradis de Mahomet. Oui, Bouteldja a tout d’une kamikaze. À part quelques gauchistes tarés, son discours n’a aucune chance de passer autrement qu’en interne. Elle s’adresse aux musulmans et uniquement à eux. Houria Bouteldja, dans un pays normal et sain, serait condamnée à deux ans de prison et expulsée définitivement vers l’Algérie, ce magnifique pays rempli de gens intelligents et éclairés.

Non, vraiment, rien à voir avec Tariq Ramadan. Lui, c’est quelqu’un de bien. Je le pense sincèrement. Il apparaît d’autant plus sympathique qu’on l’associe souvent dans l’inconscient collectif à Caroline Fourest, son ennemie intime, sorte de Houria Bouteldja de gauche. Mon pire cauchemar : passer une soirée, ou une après-midi, ou vingt minutes à la terrasse d’un café avec Caroline Fourest et Houria Bouteldja.

Pour commencer, je tiens à dire que je n’ai pas lu un seul des livres de M. Ramadan, et que je n’ai pas l’intention de le faire. Car ce n’est pas de l’intellectuel Ramadan dont je veux traiter ici, mais du personnage, je devrais même dire du pion médiatique dont les élites occidentales se servent pour endormir leur propre peuple. Pion souvent embarrassant, il faut bien le dire. C’est la sempiternelle accusation de « double discours ». Un discours humaniste pour les Occidentaux, beaucoup plus orthodoxe pour les musulmans. Je n’y crois pas vraiment, ou du moins je ne crois pas que Tariq Ramadan roule en douce pour les « islamistes ». Je pense qu’il roule pour l’Occident. Que le double discours n’est pas pratiqué dans le but d’islamiser l’Occident, mais d’occidentaliser les musulmans.

Quel est le véritable islam ? Les médias occidentaux ont tranché, c’est très clair : le véritable islam, c’est celui de M. Tariq Ramadan : ouvert, tolérant, respectant les femmes, les autres religions, le pays d’accueil. Personne, en fait, ne s’est soucié d’étudier les textes saints et l’histoire de l’islam. Que le véritable islam soit celui de Ramadan n’est pas une déduction logique fondé sur une réflexion quelconque, non. C’est une croyance. D’où vient-elle ? Le christianisme, étant, objectivement, une religion de paix (ce que, pour ma part, je déplore), les Européens imaginent les autres religions, inconsciemment, comme des variations du christianisme. Les imams seraient ainsi des curés musulmans. Il y aussi le fait que personne, en fin de compte, ne s’intéresse vraiment à l’islam. Mais plus important, il y a un refus obstiné d’imaginer, juste un instant, que la réalité du monde où nous vivons puisse être autre chose que ce que nous désirons. Tel un mari cocu qui se dirait : « Il est impossible que ma femme me trompe. Pourquoi ? Mais parce que ce serait trop horrible, voyons. »

Le véritable islam ne peut pas être celui de Ben Laden. Pourquoi ? Mais parce que serait trop horrible, voyons.

Quand M. Ramadan est invité à la télévision, c’est parce qu’il représente le « vrai islam » des Occidentaux. Quand il est boycotté, c’est qu’on le soupçonne de représenter le « faux islam » tel que décrété par les mêmes Occidentaux. Vous savez, cet islam qui n’a rien à voir avec l’islam. Celui de ces imams dont la femme porte la burqa, qui ont appris le Coran par cœur pendant trente ans, qui font leurs je-ne-sais-plus-combien de prières par jour, qui ont fait quinze fois le pèlerinage à la Mecque, ces imams que des journalistes occidentaux ont virtuellement exclu de leur communauté musulmane fantasmée.

La vérité, celle qu’on constate avec une évidence presque violente, celle qui déplaît tant à ceux qui voudraient voir leurs désirs devenir réalité, la vérité, disais-je, est que ce gens sont, de façon incontestable, des musulmans, et je dirais même des bons musulmans.

Quand à M. Ramadan, s’il a les faveurs des médias, c’est tout simplement parce qu’il explique à tout le monde que, non, notre femme ne nous trompe pas, puisque le contraire serait trop dur à entendre et obligerait à envisager des mesures radicales. Comme par exemple une rupture violente. Les Occidentaux l’invitent parce qu’il leur dit exactement ce qu’ils veulent entendre.

Je pense que Tariq Ramadan, contrairement, aux imams précités, n’est pas un bon musulman. En fait, je pense que M. Tariq Ramadan n’est pas musulman.

On a beaucoup parlé des interdictions de séjour dont notre théologien maison a été l’objet sur les territoires français et américains, interdictions aujourd’hui levées. Celle qui m’intéresse le plus est moins connue du grand public occidental.

Un catholique n’est plus catholique à partir du moment où le Vatican l’excommunie. Quel est l’équivalent du Vatican en islam ? C’est l’Arabie saoudite, qui est comme un Vatican dans lequel seraient placés, outre la basilique Saint-Pierre, le tombeau du Christ, celui de Saint-Jacques- de-Compostelle,  Notre-Dame-de-Fatima et la grotte de Lourdes.

Ils existent trois lieux saints majeurs dans l’islam sunnite : la mosquée Al-Aqsa, à Jérusalem, la mosquée Masjid al-Nabawi, à Médine. Et le plus important, le pèlerinage qu’un musulman a l’obligation de faire au moins une fois dans sa vie, la mosquée Masjid al-Haram, à La Mecque, à l’intérieur de laquelle se trouve la Kaaba, la pierre noire vénérée de tous les croyants, centre géographique aussi bien que spirituel de l’islam. La Mecque est le centre géopolitique, politique et spirituel de l’islam.

M. Ramadan, suite à sa demande d’un moratoire sur la lapidation des femmes en 2007, est interdit de séjour en Arabie Saoudite.

L’Arabie Saoudite, en prenant cette mesure, a, de fait, exclu M. Ramadan de la communauté des croyants. L’autorité saoudienne estime que M. Ramadan n’est plus un musulman. Et qu’en tant que non-musulman, l’accès à La Mecque, conformément aux lois islamiques, lui est désormais interdit.

Je suis d’accord avec les Saoudiens (1).

André Waroch

Note

1 : Voir http://www.dailymotion.com/video/x99q68_tariq-ramadan-interdit-de-sejour-en_webcam

• Mis en ligne d’abord sur Novopress, le 24 juin 2010.