Sur quelques publications nationalistes-révolutionnaires ukrainiennes par Bastien VALORGUES

Dans le triste, tragique et sanglant conflit qui oppose depuis 2015 l’Ukraine aux territoires séparatistes pro-russes du Donbass, une grande majorité de la « mouvance » nationaliste française soutient la Russie de Vladimir Poutine et l’autodétermination des populations de Donetsk et de Lougansk sans pour autant accepter ce même droit aux Corses, aux Catalans, aux Basques, aux Bretons, aux Flamands, voire aux Kanak de Nouvelle-Calédonie… Un deuxième groupe plus minoritaire a choisi le camp ukrainien au nom précisément du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes hors de toute tentative hégémonique. Une infime minorité parmi laquelle notre honorable rédacteur en chef, Georges Feltin-Tracol, préfère enfin rester neutre, et déplore une guerre fratricide entre descendants de Boréens alors que s’affirment de graves périls mondialistes.

Des initiatives éditoriales

Malgré les combats à l’Est, la société politique ukrainienne ne constitue pas un bloc monolithique. Des rivalités propres au spectacle politicien sont toujours aussi virulentes entre un oligarque présidentiel et ses anciens alliés devenus de farouches adversaires, suite à des rivalités liées aux réseaux de corruption. Dans cette ambiance délétère qui afflige les habitants de Kyiv (Kiev), de Lviv et d’Odessa, les militants nationalistes-révolutionnaires ukrainiens tranchent par leur attitude disciplinée et leur discours déterminé. Ils exigent à la fois la libération nationale et une révolution nationale. Certes, alors que le parti Svoboda s’épuise dans les sables mouvants de l’agitation politicienne stérile et que l’organisation Prevy Sektor (Secteur Droit) voit sa notoriété déclinée du fait d’une étroite proximité entre certains de ses membres avec des malfrats locaux, le Régiment Azov a lancé un mouvement politique, le Corps national, qui paraît pour l’instant le plus dynamique surtout si l’on prend en compte ses activités éditoriales.

Les 2 et 3 juillet 2016 se tenait dans la capitale ukrainienne une conférence paneuropéenne consacrée à l’Intermarum, l’ambitieux projet d’origine polonaise d’union d’États situés entre la Baltique, la Mer noire et l’Adriatique. Le Corps national l’envisage comme une troisième voie géopolitique alternative tant aux ambitions eurasistes de Moscou qu’au programme euro-atlantiste multiculturaliste et « LGBTophile » de Bruxelles. On trouve dans un opuscule bilingue ukrainien – anglais de 150 pages les interventions de la sémillante Olena Semenyaka, de Mikola Kravchenko, de l’Estonien Sten-Hans Vihmar ou du Croate Lev Maritch. Une plaquette d’une cinquantaine de pages traduite en quinze langues dont le russe, l’anglais, le bulgare, le croate, le finnois, etc., publie la résolution finale adoptée au terme de cette réunion. Les deux publications ont pour emblème commun un vieux symbole venu de la lointaine France, la croix d’Anjou plus connue maintenant des Français sous le nom de « Croix de Lorraine ».

Intermarum Ukr

La natiocratie

Une autre plaquette d’une trentaine de pages développe en neuf langues dont le français, l’anglais, l’italien et l’espagnol, le concept politique théorisé par l’intellectuel de l’OUN (Organisation des nationalistes ukrainiens) Mykola Stsiborskyi de « natiocratie » présentée comme une « alternative à la doctrine politico-sociale libérale et totalitaire ». D’origine corporatiste et rejetant le modèle démocratique libéral représentatif, cette vision politique insiste sur l’autorité étatique, la solidarité nationale et l’unité populaire.

Natiocratie et Intermarium sont fréquemment abordés par Nova. Richement illustrée par des photographies et des dessins d’ordre archéofuturiste, cette revue à la belle couverture glacée traite de la technique, de l’aventure spatiale ou des milices aux États-Unis.

Intéressante compilation

Il y a enfin un riche recueil en anglais intitulé Reconquista qui rassemble des articles de réflexions, des communiqués de presse produits en 2015 – 2016 et des entretiens. L’un des premiers textes évoque la commémoration à Kyiv devant l’ambassade de France du sacrifice de Dominique Venner deux ans plus tôt. D’autres textes mentionnent l’actualité, le conflit dans le Donbass et la présence du côté ukrainien des combattants nationalistes russes anti-poutiniens… Des articles ont même une portée métapolitique puisqu’ils traitent de Nietzsche, de la Révolution conservatrice allemande, de la tradition nordique, de Gottfried Benn, de Mircea Eliade, de Francis Parker Yockey, etc.

Un fait est maintenant certain : toute cette intense activité éditoriale résulte des subsides considérables versées par George Soros, la CIA, les Saoudiens ou les Quatariens, voire les Illuminati – à moins qu’on y devine l’influence occulte des puissants et insaisissables Reptiliens (il est vrai qu’à ce stade on s’y perd un peu). Cela n’empêche pas les nationalistes-révolutionnaires ukrainiens de montrer un intense travail militant qui remportera un jour peut-être les esprits et les cœurs de leurs compatriotes…

Bastien Valorgues