Sur le militantisme européen d’Oswald Mosley par Georges FELTIN-TRACOL

Bonsoir,

Nous sortons aujourd’hui de l’habituelle chronique des « Grandes Figures européennes » pour un thème plus précis, à savoir l’engagement européen d’Oswald Mosley après-guerre. Né en 1896 à Westminster et décédé à Orsay en France en 1980, Sir Oswald Mosley a fait l’objet ici même d’une chronique, la n° 4 du 28 mars 2017. Sans revenir sur sa vie, ni sur son parcours politique, en particulier avant 1939 en tant que chef des « Chemises noires » britanniques, il paraît intéressant de s’attarder rétrospectivement sur sa vision de l’heure à l’heure du Brexit et des lamentables atermoiements de la clique politicienne outre-Manche. Par ailleurs, en juillet 2018, les Cahiers d’histoire du nationalisme édités par Synthèse nationale de Roland Hélie ont sorti leur n° 14 consacré à « Oswald Mosley. L’Union fasciste britannique » sous l’excellente signature de Rémi Tremblay, correspondant du quotidien Présent en Nouvelle-France et animateur du Harfang, la revue des Québecois de souche.

Tremblay OM

Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, Sir Mosley se détourne du fascisme et entend dépasser l’ambigu nationalisme britannique. Il s’engage dans un nouveau défi qui, s’il avait été compris par ses compatriotes, leur aurait évité les folies du Brexit. Le 8 février 1948, il crée l’Union Movement ou le « Mouvement de l’Union » qui soutient l’intégration politique, économique, militaire et diplomatique du continent européen, un thème porteur qui traverse alors presque tout le spectre politique. En ces débuts de Guerre froide, Oswald Mosley revendique un État central européen à la fois libéré de Washington et de Moscou. Invité à Malmö par le Suédois Carl Engdahl en 1951, il rencontre l’Italien Ernesto Massi, l’Allemand Karl-Heinz Priester, le Suisse Gaston-Armand Amaudruz et les Français René Binet et Maurice Bardèche.

À ce congrès décrit par une presse malveillante comme une fantasmatique « Internationale noire – brune » est fondé le Mouvement social européen (MSE). Entre 1951 et 1959, il va aussi publier The European, un journal auquel collaborent le futur académicien français Michel Mohrt, l’Allemand Otto Strasser et l’écrivain Ezra Pound. Miné par les sempiternelles rivalités nationalitaires, le MSE s’étiole lentement. Cela n’empêche pas Sir Mosley de signer le 1er mars 1962 avec des cadres du MSE, Jean Thiriart et l’Allemand Adolf von Thadden une « Déclaration de Venise » qui réclame encore une Europe unie. Quelques mois plus tard, les Nouvelles Éditions latines publient en français La Nation Europe.

Dans cet ouvrage, Sir Mosley critique « ces nationalistes bornés [… dont] leur conservatisme est inertie pure et qu’ils succombent ainsi à la pire tentation qui menace les sociétés décadentes : accepter passivement toute force étrangère, quelle qu’elle soit, plutôt que d’exercer positivement sa propre vigueur créatrice (p. 27) ». Il estime en outre que « si les Européens prenaient l’habitude de considérer les problèmes internationaux, non plus sous l’angle étroit et mesquin de chacun, mais en prenant conscience de la solidarité qui les unit tous, ils en prendraient une vue bien plus juste (p. 49) ».

Outre la volonté de bâtir une « nation Europe » qui parachèverait l’œuvre faustienne de la civilisation occidentale sans pour autant dénaturer, écarter ou dissoudre les cultures nationales et vernaculaires, Sir Oswald Mosley défend une troisième voie économique qu’il désigne comme le « socialisme européen ». Il s’agit pour lui de mettre « en œuvre, par une Europe totalement unifiée, de toutes les ressources contenues dans le continent, en Afrique blanche, et en Amérique du Sud, pour le bénéfice des peuples d’Europe et des peuples de ces deux autres continents, avec toute l’énergie et le stimulant qu’un gouvernement de l’Europe unie pourrait donner soit aux entreprises privées, soit à des entreprises syndicalistes, soit à toute autre forme d’entreprise industrielle que le pouvoir, vigilant et dynamique par sa structure même, jugerait plus efficace, la fin suprême de cette vaste organisation étant l’ascension de la civilisation européenne vers des formes de vie toujours plus hautes (p. 128) ». Anti-bureaucratique, ce socialisme européen-là envisage qu’en cas de décès ou de départ du patron, « l’entreprise deviendra […] la propriété des travailleurs. Ils ont été les compagnons du pionnier. Ils en sont les héritiers naturels et les successeurs (p. 129) ».

Cette approche audacieuse contraste avec le bilan désastreux de l’ineffable Margaret Thatcher et la vacuité actuelle symbolisée par l’incompétente Theresa May et son principal bouffon cosmopolite, Boris Johnson. Cet incontestable dévouement héroïque à la Grande Europe fait de Sir Oswald Mosley un authentique « Bon Européen » à redécouvrir d’urgence.

Au revoir et dans quatre semaines, le 26 mars prochain.

Georges Feltin-Tracol

Rémi Tremblay, Oswald Mosley. L’Union fasciste britannique, Cahiers d’histoire du nationalisme, n° 14, Synthèse nationale, 2018, 176 p., 20 €.

Chronique diffusée le 26 février 2019 dans le cadre du « Libre-Journal des Européens » de Radio Courtoisie.