Sotchi : médaille d’or de l’hypocrisie pour nos journalistes. La première médaille est incontestablement française – cocorico par Jean ANSAR

Dommage que nos journalistes d’aujourd’hui n’aient pas couverts les J.O. de 36. Ils auraient tendus le bras devant le Führer en expliquant qu’ils étaient déjà de grands résistants. Heureusement qu’ils se rattrapent à Sotchi. Ils n’arrêtent pas de dénoncer et de critiquer tout en participant et admirant. Salut les équilibristes.

Pour justifier leur présence à des jeux qu’ils boycottent moralement bien sûr, ils multiplient les commentaires sur les homosexuels et la démocratie. Cela semble largement suffisant pour leur donner bonne conscience. Pour les valeurs de tolérance, ils souffrent mille maux. Ils subissent l’enfer d’un goulag. Ils se sont lamentés sur leurs conditions d’hébergement. On a sacrifié un peu le logement des journalistes (quelques milliers) à celui des athlètes.

Décidément, ce Poutine n’a rien compris.

Ce qui compte aujourd’hui dans le sport, ce n’est pas le sportif mais le commentateur, le commentateur sportif qui ne s’est jamais guéri de son complexe devant le commentateur politique et qui se rattrape dés qu’il peut. Comment pourrait-il d’ailleurs comprendre un spectacle d’ouverture magnifique qui célèbre la Russie éternelle, son histoire dans sa totalité. Comment nos journalistes pourraient-ils comprendre un peuple qui rêve de tsar et de grandeur soviétique tout à la fois et qui célèbre Pierre le Grand et Staline sans nier les crimes de l’un et les horreurs indépassables de l’autre. Nos manichéens incultes aux petits pieds et à la plume débile ne le peuvent pas. Tant pis pour eux !

Ce qu’il fallait, pendant la cérémonie, c’était couper le son ou aller sur une chaîne non française.

Alors là, oui on pouvait s’envoler en survolant l’histoire. On touchait de l’âme des valeurs aujourd’hui disparues chez nous ou diabolisées au nom des valeurs  de la république qui n’en demandait pas tant  à ses plumitifs et inquisiteurs permanents. C’est beau, un grand pays qui rêve encore de grandeur en pensant à son passé. Bien sûr, cela coûte cher de construire, de bâtir, d’organiser. Mais sans Pierre Le Grand, pas d’utopie ruineuse devenue Saint-Petersbourg.

En France on aurait eu droit à un spectacle de type art contemporain basané et le plus possible dégénéré (ce mot est-il encore permis ?), pour bien  montrer où l’on veut aller. Les danseurs de « Guerre et Paix » c’est plus cher que des barbus dénudés se trémoussant en tutus de ballerines. C’est un choix.

Le bon choix est russe pour le pays, le sport et son avenir. Les journalistes étaient désapprobateurs, forcément désapprobateurs mais médusés et admiratifs malgré eux. Vivement  un  incident, un Jess Owen, même inventé Caucase ou des poings levés style Black Power aux U.S.A. Vous avez tout oublié, confrères, en attendant comme à Atlanta un attentat !

Vivement qu’on puisse revenir à l’essentiel : l’idéologie médiatique. Manquerait plus que le sport l’emporte et que Poutine en sorte grandi.

Jean Ansar

• D’abord mis en ligne sur Métamag, le 8 février 2014.