Royauté et Normandie par Maximilien MALIROIS

Dans cette brochure, le président du Mouvement Normand réfléchit sur la monarchie française et ses conséquences en Normandie. Il ne s’agit ni d’un plaidoyer royaliste, ni d’une dithyrambe républicaine. Comme il le note en préface, « apprécier – au sens de reconnaître la valeur – l’Ancien Régime ne m’empêche en rien de regarder ces siècles si riches d’événements, heureux ou malheureux, au travers du prisme normand qui est ma référence suprême ».

Bien que regrettant l’annexion de 1204, Didier Patte estime que « la Monarchie, c’est une continuité. Elle intègre le temps dans ses heurs et malheurs. Et si la Normandie eut à souffrir – comme d’autres provinces – du centralisme grandissant de la Monarchie, elle ne perdit jamais, sous les rois, ses particularismes et son identité. Au fond, les rois avaient compris que toute uniformisation est un appauvrissement, toute rupture avec le passé une perte d’identité. Avec la Monarchie, diversité était richesse, évolution était sagesse ». Il développe cette analyse en prenant l’exemple du Parlement de Normandie qui « juge “ au nom du Roi ”, selon la coutume et les usages de Normandie, applique la charte aux Normands, mais […qui] est devenu une partie de l’autorité royale ». Cependant, ce parlement comme les autres parlements du royaume se croît capable de s’opposer à l’autorité royale et s’imagine être un « quatrième ordre » alors qu’ils ne tiennent leur pouvoir judiciaire que par une délégation du souverain. Didier Patte estime que « les Parlements ont défendu les libertés provinciales, mais ils n’étaient pas les représentants qualifiés des provinces : ce rôle était réservé aux États… Ces derniers n’étaient pas réunis, c’est vrai ». La remarque est inexacte, car la fréquence de réunion des États dépend de la province. Les puissants États du Languedoc se réunissaient souvent et défiaient couramment l’intendant !

L’auteur s’interroge enfin sur « Régionalisme et nationalité : quelle légitimité ? » Son propos ne manque pas de pertinence. « Nos aïeux étaient des Normands, des Bretons, des Provençaux ou des Alsaciens, appartenant au Royaume de France dont le souverain était l’incarnation même de son unité… Ils sont devenus citoyens d’un État-nation, dont le souverain était le peuple lui-même… Puis, aujourd’hui, nous, leurs descendants, ne savons plus si nous sommes plus des citoyens européens que des citoyens français à la nationalité galvaudée. La seule certitude étant que nous sommes chacun des numéros matricules de la Sécurité sociale française, en attendant que la protection sociale ne devienne effectivement européenne. Il faut avouer que tout cela n’a pas la même saveur et ne permet plus une parfaite identification. Est-il donc si étonnant que, resurgissant des profondeurs de nos êtres, on redécouvre la nécessité de se définir comme Normands, Corses ou Savoyards, puisque Français signifie moins et que l’identité européenne n’est pas encore fixée ? » Une interrogation légitime que nous partageons.

Maximilien Malirois

• Didier Patte, De l’héritage monarchique. Quelques réflexions sur un système dans lequel la Normandie a vécu plus de huit siècles…, Les Éditions de L’Esnèque, coll. « Dits es-normands », 2003, 32 p., 5 €. (Les Éditions de L’Esnèque, 13, rue de gré, F-78580 Maule, Île-de-France ou O.D.I.N., Le Gab, Les Bruyères, F-27290 Écaquelon, Normandie).

• Paru dans L’Esprit européen, n° 12, été 2004.