Roger Bésus romancier et sculpteur par Daniel COLOGNE

J’ai déjà évoqué ici Bernard Baritaud, principal animateur du Centre de réflexions sur les auteurs méconnus (CRAM). Il préface brièvement le treizième tome du Journal de Roger Bésus (1915 – 1994), Du Rivage à la haute mer (1983 – 1989), paru en 2019 aux éditions Douin (1).

Bésus

L’intérêt multiple qu’il convient de porter à ce journal réside dans son mélange de commentaires sur l’actualité politique des « années Mitterrand », de considérations sur l’importance des rapports familiaux, d’états d’âme relatifs à une situation de santé qui se dégrade chez « cet homme vieillissant » mais « encore plein de force et d’enthousiasme (Bernard Baritaud, dans son avant-propos) ».

Le spécialiste de Mac Orlan a bien raison de souligner « que l’on ne partagera pas nécessairement » les admirations littéraires revendiquées par Roger Bésus (Bordeaux, Bourget). Ce sont en effet les impressions tirées de ses innombrables lectures qui constituent, dans ces cahiers tenus au jour le jour, la plus intéressante toile de fond de cette « littérature du for privé », comme disent nos amis suisses. Très nuancés sont toujours les jugements émis par Bésus, même sur des auteurs dont il se rapproche par ses convictions catholiques. Il préfère « l’enchevêtrement » narratif à la linéarité du récit de Bordeaux et c’est in fine vers René Bazin que vont ses préférences au détriment de Paul Bourget.

Un essai sur Barbey d’Aurevilly (paru en 1957 aux Éditions Universitaires) confirme le « catholicisme intransigeant » de Bésus qui, dans sa seconde vie de sculpteur, exécuta les bustes de Mgr. Lefebvre et Mgr. Ducaud-Bourget.

Sa première vie de « romancier prolifique » rallie les suffrages d’éditeurs comme Plan, Albin Michel, Le Seuil, La Table Ronde. Cette prolixité littéraire est d’autant plus remarquable qu’elle se développe parallèlement à une intense activité professionnelle d’ingénieur en travaux publics de l’État qui le fait prester aux quatre coins de sa Normandie natale, et notamment au Circuit des Essarts, où Jacques Anquetil signe ses premiers exploits de rouleur solitaire contre la montre et prouve qu’il n’est pas seulement « le gérant de la route », le gagne – petit calculateur de cinq Tours de France.

Roger Bésus : une étape incontournable dans le nécessaire Tour de France des écrivains et artistes à faire redécouvrir.

Daniel Cologne

Note

1 : J’attire l’attention de nos lectrices et lecteurs sur cet exhumeur de livres anciens et d’auteurs oubliés, sur sa mise en valeur de toutes les formes du patrimoine français : les usines Citroën (1919 – 2019), le Paris insolite, inconnu, illuminé par les inventions de quelques génies de la « fée électricité ».