Pour la troisième voie solidariste de Georges Feltin-Tracol par Arnaud GUYOT-JEANNIN

Se réclamer de « la troisième voie » ne signifie aucunement un ralliement à la social-démocratie de Tony Blair. C’est tout au contraire dans une perspective nationaliste-révolutionnaire et identitaire que s’inscrit l’ouvrage de Georges Feltin-Tracol, Un autre regard sur la question sociale. Pour la troisième voie solidariste. Renvoyant dos à dos libéralisme marchand et socialisme collectiviste – mais en faisant malheureusement l’impasse sur les bonnes analyses anticapitalistes de Marx -, Feltin-Tracol prône un tercérisme radical. Les expériences politiques du tercérisme se sont incarnées ou s’incarnent à l’étranger en Amérique du Sud dans le péronisme ou justicialisme argentin, le socialisme révolutionnaire bolivien d’Evo Morales, le populisme social d’Hugo Chavez, le solidarisme nicaraguayen du « Commandant Zéro », alias Eden Pastora. S’y ajoutent « la troisième théorie universelle » du Libyen Mouammar El-Kadhafi, le solidarisme intégral de Nasser, le parti national-révolutionnaire syrien Baas du chrétien orthodoxe Michel Aflak, l’islamisme chiite iranien de Khomeiny et sunnite turc de Erdogan, etc.

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En France, le tercérisme ou solidarisme prend corps dans le corporatisme chrétien issu de la doctrine sociale de l’Église, le gaullisme social, l’associationnisme d’Hyacinthe Dubreuil, le distributisme ou Crédit social de l’Écossais Clifford Hugh Douglas. Le 11 juillet 1962, de Gaulle affirme : « Il faut trouver une troisième voie, entre les loups et les moutons […] La participation et la planification. La participation, parce qu’elle doit associer les travailleurs à la marche de l’entreprise, leur rendre une dignité que le capitalisme leur enlève, la planification, parce qu’elle permet de corriger les erreurs du marché, qui est aveugle si on en perd complètement le contrôle ». Cette troisième voie consistant à associer le capital et le travail dans une économie dirigée restera lettre morte dans sa réalisation. Seuls les gaullistes de gauche s’escrimeront à la défendre bec et ongles sans obtenir de résultat factuel. La participation à la gestion de l’entreprise, l’intéressement aux bénéfices et l’actionnariat populaire restent toutefois des pistes à explorer. Quant à la planification, il ne s’agit évidemment pas d’un calquage sur le modèle soviétique, mais la mise en place d’un État stratège.

Dans le dernier chapitre de son livre, Georges Feltin-Tracol se penche sur le trop méconnu paradigme ergoniste défendu par Jacob Sher. De quoi s’agit-il ? « Le modèle ergoniste, écrit Sher, ne correspond certes pas à l’exemple allemand de la cogestion. Il s’approcherait plutôt de la société coopérative et participative », ou « société coopérative ouvrière de production » ou encore « société coopérative de travailleurs ».

Et Feltin-Tracol de conclure : « L’ergonisme de Jacob Sher est bien une utopie, mais dans l’acception d’eu-topos, le lieu du Bon , cet endroit qui attend l’aurore au minuit de l’ultra-libéralisme (provisoirement) triomphant. »

Pour la troisième voie solidariste est un ouvrage particulièrement intéressant – malgré un certain tribalisme racial de l’auteur – parce qu’il avance des propositions utopiques et concrètes sur le plan économique et social face au capitalisme prédateur. Il mène une juste réflexion sur une matière que les milieux de droite ont abandonnée alors qu’elle demeure essentielle. La justice sociale étant indissociablement liée à l’identité nationale.

Arnaud Guyot-Jeannin

Georges Feltin-Tracol, Pour la troisième voie solidariste. Un autre regard sur la question sociale, Éditions Les Bouquins de Synthèse nationale, Coll. « Idées », 170 p., 20 €.

D’abord mis en ligne sur EuroLibertés, le 23 octobre 2018.