Philibert Besson par Georges FELTIN-TRACOL

Bonsoir,

En 1936, dans une célèbre chanson de Georgius, Au Lycée Papillon, véritable préfiguration de l’enseignement secondaire français après le passage de Luc Chatel, de Vincent Peillon et de Najat Vallaud-Belkacem, l’élève Trouffigne, féru de géographie, place la Moselle en Normandie et conclut par « Et c’est là qu’mourut Philibert Besson ». Cette petite notoriété n’empêche pas que Philibert Besson demeure un grand Européen inconnu. En 1999, Bruno Fuligni lui a consacré une belle et sympathique biographie, Le feu follet de la République. Philibert Besson, député, visionnaire et martyr (Librairie-Édition Guénégaud). Vingt ans plus tôt, un historien local, René Dumas, publiait un Philibert Besson, le député terrible. Précurseur de l’Europe (Le Hénaff éditeur, 1980).

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Né d’un père décédé en juin 1898 à Vorey-sur-Arzon, une commune du Nord-Est de la Haute-Loire, Philibert Besson s’engage dans l’artillerie en 1917 et combat sur le front italien. Il finit la Grande Guerre en sous-lieutenant avec la Croix de Guerre accrochée sur son uniforme. Cet officier mécanicien dans la marine marchande traverse divers océans. Après s’être enfuit de l’hôpital psychiatrique du Puy-en-Velay, il passe plusieurs mois aux États-Unis avant de rentrer chez lui.

D’un caractère entier et explosif, Besson se fait connaître par des excentricités qui plaisent à ses compatriotes. En 1928, il est élu conseiller d’arrondissement, puis, l’année suivante, maire de Vorey. Il bataille alors contre la préfecture du Puy et conteste l’électrification en cours des campagnes à l’initiative des seules compagnies privées d’électricité qu’il surnomme les « Vautours ». Sa notoriété franchit vite les limites de sa commune pour s’étendre à tout le département. En 1932, Philibert Besson se présente à la députation dans la 1re circonscription de la Haute-Loire. « Candidature fantaisiste » proclame la presse locale qui raille ses rencontres avec les électeurs grâce à une puissante moto. Ce bon orateur, plein de bon sens, séduit le public et remporte finalement la victoire sur le député sortant de plus de 2 500 voix d’avance !

Au Palais-Bourbon, outre une défense acharnée des intérêts paysans, Besson entend y présenter le fédérisme. Il s’enthousiasme en effet pour la théorie politique de Joseph Archer, le maire sans étiquette de Cizely dans la Nièvre. Le fédérisme veut les États fédérés d’Europe. Mais il faut au préalable « créer une nouvelle monnaie, qui sera le véritable signe de leur indépendance. Accepter la monnaie de César, l’or, c’est accepter la domination de la Finance internationale (Dumas, op. cit., p. 27) ». Cette monnaie, matrice du rapprochement des peuples européens, s’appelle l’europa. « Première monnaie européenne jamais mise en circulation […], l’europa […] fut aussi la seule unité de compte gagée sur le travail et ses fruits (Fuligni, op. cit., p. 111) ». Circulant à Cizely et dans plusieurs boutiques et bistrots de la Loire et de la Haute-Loire sous la forme de pièces de monnaie et de billets, l’europa privilégie un cadre économique fermé, voire autarcique. Cette monnaie improbable est aussi l’ancêtre des monnaies complémentaires qui se développent à l’heure actuelle dans tout l’Hexagone et des systèmes d’échanges locaux (SEL). Conçu en réponse au primat de l’étalon-or, un europa vaut « deux kilos de blé, cinquante centilitres de vin à dix degrés, deux cents grammes de viande, deux cents grammes de coton, trente centigrammes d’or, dix kilowatts-heure, cent grammes de cuivre, une tonne kilométrique, deux kilos d’acier et trente minutes de travail (Fuligni, op. cit., p. 111) ». Une conception économique originale !

À la suite de Joseph Archer, Besson estime que « la fédération […] devrait unir non des États constitués, mais directement les individus et les peuples, au sein d’un système d’association scientifiquement organisé, tendant à garantir la paix et la prospérité par l’échange des produits ou prix de revient (Fuligni, op. cit., pp. 61 – 62) ». Les compères envisagent même une Union des républiques fédéristes fédérées qui réactive le vieil idéal communard – proudhonien.

Les idées de Philibert Besson s’inscrivent dans le courant réaliste des « relèves des années 1930 (Olivier Dard) » qui incluent aussi la tendance spiritualiste, c’est-à-dire les non-conformistes. Le républicain syndicalistes et ancien fasciste Georges Valois suit avec attention les réflexions d’Archer et de Besson.

Le député Philibert Besson condamne les monopoles économiques privés. Il irrite ses collègues politiciens. Une machination autour d’un carnet à souche falsifié provoque sa déchéance en 1935 en dépit de la brillante défense assumée par le député de l’Ardèche, l’avocat royaliste Xavier Vallat. Condamné parce qu’il dérange, Besson se soustrait à la justice et entre dans la clandestinité pendant plus de dix mois, aidé par de nombreuses familles vellaves, ardéchoises et foréziennes. Pendant ce temps, des comités de soutien en sa faveur se forment dans tout le pays tandis que Joseph Archer avec qui il s’est fâché peu de temps auparavant gagne la législative partielle dans la circonscription de Besson.

Finalement gracié par le président Albert Lebrun, Philibert Besson se porte candidat aux législatives de 1936 dans la 1re circonscription de la Loire en tant que fondateur du Parti capitaliste-travailliste. Ses affiches le proclament « fasciste intégral anti-doriotiste » (Doriot, exclu du PCF, défend encore le « Front unique » avec les socialistes). Il dénonce « le communisme aux ordres de la Finance internationale, avec la main tendue au Pape. Le fascisme défendant le Capitalisme National – Travailcontre la Finance internationale qui les exploite… (Fuligni, op. cit., p. 241) » Besson porte bien des thématiques économiques de troisième voie qui, après-guerre, produiront l’association capital – travail chère au RPF, l’intéressement ouvrier aux profits de l’entreprise, la participation gaulliste de gauche, voire le pancapitalisme, la doctrine de Marcel Loichot, approuvée par l’essayiste Raymond Abellio, selon laquelle les salariés des entreprises doivent progressivement devenir les propriétaires, par l’attribution fréquente d’actions. Faisant jeu égal avec le candidat communiste, Besson est cependant battu au second tour par le maire de Saint-Chamond, un certain Antoine Pinay.

Mobilisé en septembre 1939, Besson avait dès 1936 annoncé que « la guerre, nous y allons tout droit. Ce sera pour 39 ou 40 (Fuligni, op. cit., p. 246) ». C’est dans un café de sa commune natale qu’il critique publiquement et en uniforme le gouvernement français. Dénoncé, il est arrêté, jugé par un conseil de guerre et condamné à trois ans de forteresse à Riom. Il y meurt en 1941, victime des brutalités commises par les matons.

À la place de monuments abstraits sans histoire, le visage de Philibert Besson mériterait de figurer sur tous les billets en euro en hommage à ce précurseur. Dernier détail : sa maison natale à Vorey-sur-Arzon se trouve, Impasse de l’europa…

Au revoir et dans huit semaine !

Georges Feltin-Tracol

Chronique n° 7, « Les grandes figures identitaires européennes », lue le 20 juin 2017 à Radio-Courtoisie au « Libre-Journal de la Nuit des Européens » de Thomas Ferrier.