Paschal Grousset un libertaire contre l’ahurissement par le sport par Pierre LE VIGAN

Paschal Grousset fut un des hommes de gauche des plus connus en son temps. Il est fort oublié dans nos temps de sous mémoire en maints domaines et d’hyper-mémoire en quelques autres domaines.

Paschal Grousset est né en Corse en 1844, mais fut élevé dans le Tarn-et-Garonne, sa région paternelle (le Tarn-et-Garonne est un des rares départements qui ne date pas de 1790 puisqu’il a été créé en 1808 pour satisfaire les notables de Montauban). Pascal Grousset est, dès sa jeunesse, un opposant au régime de Napoléon III, au demeurant un des plus avancés au plan social qu’ait connu la France.

Paschal Grousset est rédacteur en chef du journal de Henri Rochefort, La Marseillaise, quand son journal se retrouve en pleine polémique avec Pierre Bonaparte, un cousin de Napoléon III.

Henri Rochefort envoie à Pierre Bonaparte un témoin, Victor Noir, pour convenir d’un duel. Victor Noir ressort de cette entrevue très abattu, au sens propre, puisque le fils furieux de Lucien Bonaparte, frère pas commode du Grand Empereur le tue d’un coup de pistolet (à moins qu’il ne s’agisse d’un revolver, inventé en 1837).

Paschal Grousset est ensuite volontaire pour combattre les Prussiens puis membre de la Commune de Paris. Il y est « délégué aux relations extérieures » – sorte de ministre des affaires étrangères (le terme sera repris en 1981 pour le ministre Claude Cheysson). La dite Commune étant encerclée, les « relations extérieures », cela ne voulait bien sûr pas dire grand-chose. Ceci amène tout de même Paschal Grousset, après la victoire des Versaillais, à être déporté très à l’extérieur de la métropole, en Nouvelle-Calédonie, que l’on atteignait à l’époque après quelque cinq mois de voyage. Il s’en évade en 1874. Il s’installe alors en Angleterre où il vit de travaux d’enseignement. Il rentre en France avec l’amnistie de 1880.

Il publie alors toutes sortes de livres sous un nombre incroyable de pseudonymes : André Laurie, Philippe Daryl, Robert Caze, Tiburce Moray, etc., co-signe des romans avec Jules Verne et même les écrit parfois entièrement. Il avait publié son premier roman dés 1869. Il a aussi beaucoup traduit de livres de Robert-Louis Stevenson et de l’excellent capitaine Mayne Reid, de délicieux récits de voyage et d’aventure qui étaient souvent offerts comme des prix d’honneur ou d’excellence aux bons et bonnes élèves des années 1900 (ma grand-mère paternelle en avait un).

La grande originalité de Pascal Grousset a été d’avoir créé en 1888 la Ligue nationale d’éducation physique. Il défend l’idée des bienfaits du plein air et de l’éducation physique du peuple et s’oppose au « sport », basé selon lui sur la compétition. Il se situe ainsi à l’opposé de Pierre de Coubertin, aristocrate cocardier, ultra-colonialiste, antiféministe et darwinien, qui le détestait cordialement. Coubertin écrivait : « Monsieur Paschal Grousset [qui] est un homme que je méprise et avec lequel je ne veux point avoir de rapports ».

Pierre de Coubertin meurt heureusement suffisamment tard, en 1937, un an après les Jeux Olympiques de Berlin, pour être à la fois ruiné et désespéré par l’évidence de la faillite de son idéal néo-« olympique ». Paschal Grousset, de son côté, reste fidèle à son idéal sain, troisième voie entre le « never sport » de Churchill et l’obsession de la compétition qui donne le sinistre spectacle que l’on voit aujourd’hui. Fidèle à ses idées, Paschal Grousset est député socialiste indépendant de Paris en 1893 et réélu en 1898, 1902 et 1906. Il se marie en 1908 et meurt l’année suivante. Par excès de gymnastique conjugale ? L’homme était en tout cas représentatif d’une gauche alors plutôt sympathique.

Pierre Le Vigan