Oswald Mosley par Georges FELTIN-TRACOL

Bonsoir,

C’est un personnage sulfureux selon les canons de la doxa dominante qu’on évoque aujourd’hui. Noble anglais né en 1896 et décédé en 1980, Sir Oswald Mosley fait partie des premiers aviateurs militaires de la Grande Guerre avant de connaître l’horreur des tranchées. Élu député conservateur en 1918, cet arrière-cousin de la future reine Elisabeth II appartient d’abord à la ligne unioniste proche du Premier ministre libéral Lloyd George. Mais, dès 1919, le calamiteux traité de Versailles et la féroce répression des nationalistes en Irlande le conduisent à rompre avec son parti. Indépendant, il développe à la Chambre des Communes des positions impérialistes sociales. Ce redoutable orateur exige en effet le salaire minimum, la réduction du temps de travail, la destruction des taudis ouvriers, la nationalisation du secteur énergétique et des transports ainsi qu’une politique agricole protectionniste.

En 1924, Mosley adhère au Parti travailliste et retourne à la Chambre. Figure montante du Labour, il entre en 1929 au gouvernement en tant que Chancelier du duché de Lancaster. Cependant, l’incapacité ministérielle à résoudre le chômage élevé due à la crise de 1929 l’amène à rompre avec les travaillistes en 1930. Vaincu aux législatives, il fonde en 1931 le New Party. Un an plus tard, il lance l’Union des fascistes britanniques avec l’aide de sa seconde épouse, Diana Mitford. Ils se marieront d’ailleurs en 1936 en Allemagne chez leur cher ami Joseph Goebbels. Commence la légende noire de Mosley.

Arrêté au début de la Seconde Guerre mondiale, Mosley est libéré à la fin du conflit. L’épreuve de l’emprisonnement sans aucun jugement – au mépris de l’habeas corpus – n’a pas tari son goût pour la politique. Résidant tantôt en Grande-Bretagne, tantôt en France, il fonde en février 1948 le Mouvement de l’Union dont le thème majeur est l’indispensable unité européenne. En mars 1950, il part pour Rome à l’invitation du MSI. En compagnie du Suédois Per Engdal, de l’Allemand Karl Heinz Priester, du Français Maurice Bardèche et des néo-fascistes italiens, il participe à une conférence préparatoire paneuropéenne qui aboutit en mai 1951 au Congrès de Malmö et à la création du Mouvement social européen qualifié par la presse mensongère d’« Internationale noire (ou brune) ».

Oswald Mosley encourage tous les contacts européens. Il publie divers ouvrages dont l’un, La Nation Europe, rédigé en 1958, est traduit par les Nouvelles Éditions latines en 1962. Le titre, nullement anodin, se réfère à la revue allemande Nation Europa défavorable à toute restauration nationale-socialiste. Candidat aux législatives en 1959 où il obtient 8,1 %, Mosley subit ensuite un échec définitif aux élections suivantes. Depuis longtemps, son mouvement était groupusculaire.

La Nation Europe (Les Nouvelles Éditions Latines, 1962) expose un point de vue politique, économique et social favorable à une nation européenne. Anticommuniste virulent, Mosley s’oppose à l’URSS tout en se montrant méfiant envers les États-Unis. À propos de l’esprit étatsunien, il estime justement qu’« il serait faux de se représenter celui-ci comme le brassage énorme de plusieurs peuples que l’on aurait jetés ensemble dans un sac tout neuf afin de produire une nation nouvelle. Ce fut une chose bien différente. Ce fut la réduction de toute valeur venue d’Europe ou d’ailleurs à l’échelle puritaine apportée en Amérique par le Mayflower (pp. 8 – 9) ».

Mosley

Parce qu’il soutient « une politique réaliste qui sache limiter notre sphère d’influence à l’Europe et à l’Afrique et renoncer à s’opposer aux Soviets en Asie.[…D’où cette expression révélatrice] L’Europe à Charlemagne, à Mahomet l’Asie (p. 15) », Mosley revendique, toujours fidèle aux idées zonistes des années Trente, une aire autarcique qui coïnciderait à ce qu’il appelle l’Eurafrique, même s’« il est maintenant tout à fait clair qu’il faut renoncer à toute solution multi-raciale (p. 12) ». Influencé par la théorie des grands espaces autocentrés, il suggère donc qu’un tiers du continent africain revienne aux Blancs, ce qui correspondrait au maintien de l’Algérie française, du Congo belge, de la Rhodésie, du Sud-Ouest africain, de l’Afrique du Sud et des possessions impériales portugaises. Le reste du continent relèverait d’ethnies africaines émancipées. Affirmant avec détermination que « l’Europe est une nation (p. 37) », il pense que « l’unification de l’Europe se fera par la rencontre de la volonté populaire avec la nécessité et l’opportunité (p. 14) ». Mieux, « seule l’idée de la nation européenne, précise-t-il, peut éveiller une réponse dans les profondeurs vitales des peuples (p. 38) ». Ainsi conçoit-il un gouvernement central continental dont les ministres seraient élus par les électeurs à l’exemple des exécutifs cantonaux suisses. Ce gouvernement s’occuperait de l’essentiel, à savoir la diplomatie, la défense, la police et les finances, soit une lutte impitoyable contre les spéculations financières mondiales.

S’il considère que « le patriotisme, qui est un sentiment, et le nationalisme, qui en est la justification méthodique et doctrinale, sont en eux-mêmes d’excellentes choses (p. 23) », il assène clairement que « mon patriotisme anglais n’entrave nullement aujourd’hui mon patriotisme britannique. Demain, il s’accordera parfaitement avec mon patriotisme européen (p. 18) ». Il devine déjà l’indispensable articulation des trois patries essentielles enchâssées de l’homme européen : la patrie ethno-culturelle vernaculaire régionale, la patrie politico-historique nationale, la patrie géopolitique – civilisationnelle continentale. En 1962, Mosley s’entend avec Jean Thiriart et fondent un Parti national européen, bien éphémère du fait de sections italiennes et allemandes qui rechignent à suivre les décisions de la direction centrale.

Plus que Thiriart, Oswald Mosley, en lecteur attentif des inspirations non-conformistes du socialisme des guildes anglaises, se soucie toujours de la condition ouvrière. Il juge ainsi inévitable la réduction du temps de travail par la pression croissante de la mécanisation et de l’automation de la production. Favorable aux syndicats corporatistes, il développe une vision économique autour de la formule salaire – prix. Mosley note qu’après la disparition de l’entrepreneur-pionnier, « il ne convient pas que son entreprise passe sous le contrôle d’aucune bureaucratie, qu’il s’agisse d’une bureaucratie d’État ou d’une bureaucratie privée. L’entreprise deviendra donc la propriété des travailleurs. Ils ont été les compagnons du pionnier. Ils en sont les héritiers naturels et les successeurs. La famille aussi de ce créateur pourrait continuer à diriger l’entreprise, pour autant qu’elle s’en montre capable (p. 129) ». Il se réclame en outre du socialisme européen « mise en œuvre, par une Europe totalement unifiée, de toutes les ressources contenues dans le continent, en Afrique blanche et en Amérique du Sud, pour le bénéfice des peuples d’Europe et des peuples de ces deux autres continents, avec toute l’énergie et le stimulant qu’un gouvernement de l’Europe unie pourrait donner soit aux entreprises privées, soit à des entreprises syndicalistes, soit à toute autre forme d’entreprise industrielle que le pouvoir, vigilant et dynamique par sa structure même, jugerait plus efficace, la fin suprême de cette vaste organisation étant l’ascension de la civilisation européenne vers des formes de vie toujours plus hautes (p. 128) ». Oswald Mosley liait avec une belle acuité questions politiques et enjeu social.

Bref, il est temps de redécouvrir ce réprouvé pour qui « la parole d’honneur est chose sacrée. C’est le véritable fondement de toutes les valeurs européennes (p. 144) ». De belles paroles d’un Anglais très excentrique puisque Européen convaincu.

Au revoir et dans quatre semaine !

Georges Feltin-Tracol

Chronique n° 4, « Les grandes figures identitaires européennes », lue le 28 mars 2017 à Radio-Courtoisie au « Libre-Journal de la Nuit des Européens » de Thomas Ferrier.