On demande d’urgence d’authentiques érudits… par Georges FELTIN-TRACOL

L’heure est grave, le sursaut indispensable ! La République française est en danger : les sectes seraient en train d’outrager Marianne, d’où de temps en temps des livres qui invitent à la vigilance républicaine et à la nécessaire éradication. Poursuivre les sectes constitue en effet un sport hexagonal que pratique avec volupté une classe dirigeante faillie et des esprits des plus faibles.

Scientifique de formation, titulaire d’un doctorat de mécanique, membre de l’Éducation nationale (sic !), auteur chez le même éditeur des Sectes ufologiques 1950 – 1980, Cyril Le Tallec présente quelques sectes qui auraient eu entre 1965 et 1995 des prétentions politiques. Il connaît son sujet, le bougre ! Sa bibliographie témoigne du sérieux du travail : Les assistantes sociales dans la tourmente (1939 – 1946), La communauté arménienne de France (1920 – 1950), Les écoles de service social (1910 – 1940). On sent ici l’incontestable spécialiste

En raison de la multiplicité des groupes « sectaires », l’ouvrage est loin d’être un dictionnaire ou un précis. Si c’était seulement une étude. Hélas ! on subit une compilation, peu pertinente, de mouvements qui n’ont guère l’heur de plaire à l’actuelle pensée unique totalitaire. Mal écrit, mal construit, vague et confus, s’appuyant sur une littérature majoritairement hostile (bonjour l’impartialité !), ce livre est d’une rare médiocrité intellectuelle.

Le sujet méritait mieux, car il n’est pas anodin. Encore fallait-il qu’il fût traité par un érudit et non par un tâcheron qui suit aveuglément les conclusions des différents rapports de commissions parlementaires alors que tout un chacun sait pertinemment que les députés actuels sont plus des trous noirs d’ignorance que des puits de science.

En lisant la table des matières, on a l’impression que l’auteur veut analyser La Nouvelle Acropole, le Parti de la Loi naturelle, Tradition – Famille – Propriété, le Club des Surhommes, la Contre-Réforme catholique au XXe siècle de l’abbé Georges de Nantes, le Parti humaniste, le Parti ouvrier européen, etc. Or chaque chapitre survole la secte en question avant de s’enliser dans l’énumération fastidieuse de soi-disant concurrences. On trouve alors pêle-mêle Solazaref, le Mouvement nouvelle civilisation, la Sainte Église normande, la Commission d’études Ouranos, les « néo-Gaulois », les sédévacantistes (catholiques traditionalistes qui considèrent que le siège pontifical est vacant depuis le concile Vatican II et que le pape actuel est illégitime) et les fidèles des actuels antipapes. Par ailleurs, pourquoi s’arrêter à 1995 ? Peut-être en raison d’un manque d’informations ou de simple curiosité… Le Tallec ignore donc la dérive récente de l’abbé de Nantes qui voudrait associer la Vierge Marie à la Sainte Trinité ou la candidature à la présidentielle en 1995 de Jacques Cheminade, le responsable français du P.O.E. !

Certes, certaines sectes sont démentes ou de véritables escroqueries. Elles relèvent en tout cas du simulacre. Par bien des aspects, elles participent à la Modernité mortifère. Or dénoncer comme le fait Le Tallec des groupes « religieux » en marge de l’opinion dominante démontre une incontestable intolérance, un rejet insupportable du pluralisme des valeurs en vigueur dans nos sociétés colorées. « Grand démocrate », Le Tallec demande une réforme restrictive du financement public des partis politiques afin d’en empêcher les détournements. Ne faut-il financer que les seuls partis installés ? Voilà une brillante proposition de notre génial expert qui risque d’élargir la béance déjà considérable entre le « pays légal » et le « pays réel ».

On ne peut que regretter qu’une maison d’édition prestigieuse, respectable et souvent courageuse (elle a édité une Histoire politique de la Jeune Droite de Nicolas Kessler ou Julien Freund. Penseur « machiavélien » de la politique de Sébastien de la Touanne) arrive à publier de pareilles inepties, mais il faut de temps en temps donner des gages au Système pour éviter de possibles épurations dévastatrices.

Ce bouquin, par l’insipidité de son style et l’absence honteuse de méthodologie, démontre que la lutte anti-secte est une arme de guerre totalitaire destinée à pourchasser toutes les oppositions philosophiques, spirituelles et politiques au monde moderne. On est toujours surpris que les plus ardents zélateurs de l’« anti-sectarisme », outre un sectarisme qui ne cède en rien à celui du camp adverse, ignorent de façon systématique l’emprise, quoique déclinante, de la franc-maçonnerie. Plus que les religions établies, ne serait-elle pas une secte qui a réussi ?

Georges Feltin-Tracol

• Cyril Le Tallec, Les sectes politiques 1965 – 1995, L’Harmattan, coll. « Questions contemporaines », 2006, 147 p., 14 €.