Michel Poniatowski par Georges FELTIN-TRACOL

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La présence du prince Michel Poniatowski (1922 – 2002) parmi les « Grandes Figures identitaires européennes » peut paraître incongrue. Député français au Parlement européen entre 1979 et 1989, le bras droit de Valéry Giscard d’Estaing fut surtout de 1974 à 1977 ministre d’État, ministre de l’Intérieur. C’est à ce titre qu’il signa à la demande du Premier ministre Jacques Chirac et au nom du « libéralisme avancé » plusieurs décrets facilitant le regroupement familial des immigrés, point de départ à l’actuel « Grand Remplacement » ethno-démographique de la France et de l’Europe. L’ancien parachutiste au 1er Bataillon de choc de la France libre regrettera plus tard cette approbation et adoptera des positions très dures contre l’immigration.

Hostile à la Gauche, Michel Poniatowski prône dès la « surprise de Dreux » en 1983 une entente électorale entre la coalition RPR – UDF et le Front national. En 1998, il approuve la réélection de Charles Millon à la présidence du Conseil régional Rhône-Alpes avec les voix frontistes. Désavoué par les dirigeants de l’UDF et du Parti républicain dont il est le président d’honneur, il rejoint un temps la Droite libérale-chrétienne de Millon.

Favorable à la peine de mort et assez proche par l’esprit du Club de l’Horloge, Michel Poniatowski, tout giscardien qu’il était, appartenait au courant national-conservateur, très attaché à la forme régalienne de l’État. Alors en poste place Beauvau, cet ancien partisan de l’Algérie française envoya en août 1975 gendarmes et blindés à Aléria en Corse, cristallisant ainsi le mouvement national corse. Il était enfin l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages dont quelques-uns témoignent d’un engagement européen certain.

En 1991, dans Que survive la France (Éditions du Rocher), n’écrit-il pas que « le ventre mou qu’est aujourd’hui la CEE pourrait alors se transformer en un ventre d’acier. À la France, à l’Angleterre, aux autres membres de la Communauté, de faire comprendre à Berlin que l’Europe doit être une œuvre commune et non le lieu d’un exercice solitaire de la force germanique (p. 82) » ? Quelques années auparavant, en 1984, il affirmait dans L’Europe ou la mort (Albin Michel) que « l’Europe n’est pas facultative. Elle est mortellement nécessaire à chacune de ses parties, à chacune des nations qui la composent, menacées sans elle par l’anémie, l’épuisement et la mort. Il est urgent que les Français le comprennent (pp. 15 – 16) ». Dans le contexte de la Guerre froide, il pensait déjà que « l’Europe a les moyens de constituer une troisième puissance qui ne le céderait en rien aux deux autres. […] Cette troisième puissance en devenir est là à notre portée. Si nous le voulons, nous pouvons être ni rouges, ni morts, ni dépendants, fût-ce d’un allié sans lequel nous serions aujourd’hui l’un ou l’autre, et peut-être les deux (Idem, p. 51) ».

Poniatowski

« L’union politique souhaitée, note-t-il encore dans Que survive la France, pose le principe de la primauté du politique sur l’économique et le social. […] Les identités nationales doivent, dans leur propre intérêt, recourir à une identité européenne plus active pour se protéger. Elles ont des intérêts essentiels communs qui sont plus seulement économiques ou financiers : relations avec l’Est européen, relations Nord – Sud, désarmement nucléaire et armement traditionnel (p. 163). » Michel Poniatowski a dès 1978 abordé le domaine des idées avec son essai le plus polémique, L’avenir n’est écrit nulle part (Albin Michel). Plusieurs chapitres, en particulier ceux consacrés aux Indo-Européens et à la géopolitique, ont été rédigés par Bruno Tellenne, le fameux Basile de Koch du Groupe Jalons et aujourd’hui chroniqueur à Valeurs actuelles, Pierre Vial et Alain de Benoist. Les détracteurs de Michel Poniatowski y virent une adhésion aux thèses de la « Nouvelle Droite ». Or, Alain de Benoist rapporte dans Mémoire vive (Éditions de Fallois, 2012) que Michel Poniatowski « modifia ensuite [s]on texte au point de le rendre méconnaissable (p. 125) ».

La vision européenne de Michel Poniatowski repose sur une évidence géopolitique. « Le regroupement de pays en alliances, confédérations ou unions s’explique par un phénomène géopolitique simple : l’indépendance et la prospérité résultent d’une “ dimension minimale ” dont ne disposent pas la plupart des États. Pour survivre, ceux-ci sont alors contraints, soit de nouer entre eux des liens qui commandent et recommandent des solidarités géopolitiques de fait, soit de rechercher, s’ils en ont les moyens, une expansion territoriale qui leur procure cet “ espace vital ” dont ils manquent tant (Idem, pp. 97 – 98). » Par conséquent, « l’Europe libre doit impérativement “ compter sur ses propres forces ”, selon un des préceptes de Mao, c’est-à-dire développer son indépendance énergétique et disposer d’une défense nucléaire autonome (Id., p. 108) ».

À la fois projets politique et civilisationnel ambitieux, l’Europe, « creuset d’une culture et d’une civilisation originales, qui apparentent entre elles les populations de presque toutes les nations européennes (Id., p. 376) », peut éviter à ses populations autochtones d’entrer dans les limbes de l’Histoire. Tel était le pari européen de Michel Poniatowski.

Au revoir, bonnes vacances et au 11 septembre prochain !

Georges Feltin-Tracol

Chronique n° 18, « Les grandes figures identitaires européennes », lue le 19 juin 2018 à Radio-Courtoisie au « Libre-Journal des Européens » de Thomas Ferrier.