Marine et la politique par Claude BOURRINET

Je viens de lire l’entretien qu’a donné Marine à Haaretz le 7 janvier. Dans l’absolu (ou dans le relatif !), je ne suis assez sot pour ne pas accepter la logique politique : c’est une cuiller dont il ne faut pas se servir si on a le goût délicat. Que Marine ait toujours soutenu le sionisme et l’État d’Israël n’était pas une information qui m’était parvenue jusque là. En tout cas, elle n’a pas été claironnée. Maintenant, pourquoi pas ? Mussolini l’a bien fait, avant les lois raciales. Et puis, le sionisme n’est pas forcément, de nature, un suppôt de l’occidentalisme conquérant : il n’est qu’une tentative de retour aux sources, comme la nôtre l’est aussi. En revanche, je reproche à Marine ses omissions, son mutisme au sujet des agressions dont font l’objet l’Iran, le Liban, la Palestine, même si elle évoque, du bout des lèves, et désapprouve, l’implantation des colonies. Du reste, cette dernière position est celle du gouvernement français et de l’Union européenne.

Pas de quoi fouetter un chat. Plus grave : elle condamne l’« occupation », l’immigration massive et l’islamisme qui, selon elle, l’accompagne; ce qui ne peut que faire plaisir aux Juifs de France qui se plaignent de l’antisémitisme musulman. Sans qu’elle condamne également l’anti-islamisme vulgaire et souvent raciste. Encore pire : aucun mot sur les relations plus qu’intimes entre la communauté juive et l’État (sans compter les accointances personnelles), incarnées par le dîner annuel du C.R.I.F., dernièrement l’accord entre la L.I.C.R.A. et le ministère de l’Intérieur, et la politique étrangère de la France, complètement inféodée à l’État sioniste.

Cet entretien veut donc signifier, implicitement, sinon même clairement, une allégeance au peuple élu, sans laquelle il n’est envisageable aucun accès au pouvoir. L’entretien au quotidien de la gauche israélienne apparaît comme une préparation à un voyage, beaucoup plus engagé, celui-là, qui passe pour être une savonnette à vilains.

Au fond, je m’en moque, n’ayant aucune considération exagérée pour les politiques. À la rigueur, on doit suivre le chef en toutes circonstances, et lui faire confiance. Il sait ce qu’il fait. Je doute néanmoins que si Marine parvenait dans les sphères du pouvoir, elle ait la possibilité d’émettre des critiques à l’égard d’Israël. On l’attendra au tournant.

Toutefois, je m’aperçois que le terrain sur lequel je me suis battu, c’est-à-dire en substance la croyance qu’on peut inverser la logique destructive de la civilisation, est un faux problème. On pense se diriger dans une direction, et on s’aperçoit qu’on échoue dans le port qu’on ne convoitait pas.

Le vrai combat est celui de l’âme, celle de chacun, et celle de la France et de l’Europe, voire, finalement, du monde. Bloy, Péguy et Bernanos me semblent diablement actuels. La situation est pourtant pire qu’il y a un siècle. La décadence a dissous les peuples, les nations, les intelligences, les énergies, et peu de repères restent, comme des éminences hors de l’eau, pour ceux qui veulent se raccrocher à un rocher. La mystique s’est vraiment transformée en politique. Je ne veux plus jouer au plus malin, et calculer comment je peux me glisser dans telle ou telle coterie, admirer certains, en haïr d’autres, même si tout ce beau monde est souvent médiocre. À trop se frotter à la piétaille, on finit par lui ressembler. Une simple odyssée dans la mer des Sargasses qu’est la toile suffit à prendre la mesure des bouillies d’algues qui l’empuantissent, et des dangers subséquents de perdition. Il faut être bon navigateur !

En gros, la France est foutue, et avec elle l’Europe, le catholicisme est traîné dans la boue, y compris par ceux-là mêmes qui prétendent l’illustrer, il n’est plus guère de place, sauf exception, pour l’indépendance, le caractère, la liberté, dans cet univers orwellien, bref, la situation est désespérée : eh bien ! c’est le moment de ramasser l’épée ! Le reste, on s’en fout ! Je parlerai de l’âme, de l’honneur (y compris d’aider les immigrés en détresse, comme il fallait aider les Juifs pendant l’Occupation), je mépriserai les tartuffes et les pharisiens, surtout quand ils sont prêts, pour parvenir, ou par détestation, à tremper leurs mains dans le sang innocent. Inutile de préciser que je n’accorde aucun degré de sincérité aux anti-racistes professionnels. Là n’est pas le problème. Il existe simplement (simplement !) des actes qui tuent l’âme. Chaque geste, chaque parole, chaque pensée peut l’anéantir. Et qu’a-t-on de plus précieux que notre âme ? Cette chose surannée, dont se moquent les cuistres et les renards est notre seul trésor. Sans lui, le reste, nos paysages, nos vins, notre peuple, notre ciel, ne sont que des coquilles vides, sans signification, sans cœur.

La France ne peut être délivrée qu’en oubliant ses intérêts matériels, son égoïsme, pour faire don de sa personne à Dieu, comme chacun. Ce fut son destin, et un destin est plus fort que les dieux. La France ne peut être qu’au plus haut, ou ne plus être.

Claude Bourrinet