L’Italie en jaune et vert par Georges FELTIN-TRACOL

Chers Amis de Radio-Libertés,

Plus de deux mois après des élections législatives et sénatoriales marquées par le double désaveu infligé au Parti démocrate libéral progressiste jusqu’alors au pouvoir et à Forza Italia de Silvio Berlusconi, l’Italie a enfin son 43e président du Conseil.

En raison d’un système électoral ubuesque qui associe les inconvénients de la proportionnelle à ceux du scrutin majoritaire uninominal, les tractations ont été longues et laborieuses entre les trois pôles qui structurent dorénavant la vie politique de la péninsule : le Mouvement Cinq Étoiles (M5S) qu’on aurait tort de comparer à La France Insoumise, la Coalition des Droites et un bloc de gauche divisé et affaibli. Après avoir tenté un vain rapprochement avec les démocrates défaits qui se réfugient dans une franche opposition, Luigi Di Maio, le chef du M5S, s’est finalement accordé avec Matteo Salvini de la Ligue, quitte à faire exploser la Coalition des Droites au niveau national.

Mvt 5 stelle

Les négociations entre les « Verts » de la Ligue et les « Jaunes » du M5S, une sorte de poujadisme lancé par un humoriste anti-berlusconien mâtiné de préoccupations écologiques et sociales ont finalement conduit à la nomination de Giuseppe Conte au poste de chef de gouvernement. Les observateurs parient sur le caractère bancal et éphémère de cette alliance populiste « anti-Système ». Sa majorité parlementaire est en outre ténue (seulement six sièges d’avance au Sénat), mais cette étroitesse peut favoriser une meilleure discipline à la condition de Luigi Di Maio puisse tenir ses élus.

Cet accord confirme l’obsolescence du clivage gauche – droite, remplacé par de nouvelles lignes de fractures. Comme brièvement en Grèce où la gauche radicale de Syriza s’associa aux souverainistes de droite des Grecs indépendants avant que ces deux formations ne se soumettent à l’Oligarchie ou en France avec le phénomène contre-populiste Macron qui a su réconcilier droite et gauche, soit le libéralisme économique et le libéralisme culturel, le cadre politique transalpin change lui aussi de références. Les résistances du « Vieux Monde » restent toujours vives. Elles se concrétisent autour du président de la République, Sergio Mattarella. Jouent aussi en défaveur de l’alliance gialloverde le poids des médiats, 75 ans de souveraineté limitée et un un appareil bureaucratique aux ordres de Washington. Favorable à la levée des sanctions contre la Russie, il n’est pas certain que la nouvelle entente gouvernementale bénéficie longtemps de la mansuétude des cénacles atlantistes.

Bonjour chez vous !

Georges Feltin-Tracol

« Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 81, diffusée sur Radio-Libertés, le 4 juin 2018.