Les Gilets jaunes par Jacques GEORGES

Le Mouvement des Gilets jaunes, en perte de vitesse depuis quelques jours, se résume finalement en une jacquerie fiscale à forte consonance anti-libérale, égalitariste et de haine de classe. Cela ressemble à un remake populaire de Mai 68, d’où l’immigration est curieusement, et provisoirement, et peut-être dangereusement absente. Un dernier baroud d’horreur de la France profonde de 93, celle qui veut faire la peau aux riches, avec un zeste léger de 68, qui veut consommer tout de suite sans payer.

Les revendications les plus rétrogrades, plates, irréalistes, sottes, contradictoires et confuses s’entremêlent. Toutes les sensibilités politiques, tous les publics y trouvent leur miel, ce qui serait comique si ce n’était tragique : ceux qui ont du mal à joindre les deux bouts et veulent plus d’aides et d’exemptions et ceux qui en ont marre de payer à tout bout de champ pour les premiers, ceux qui veulent plus de répression des abus et ceux qui dénoncent contrôles et flicages divers, les exilés des banlieues et les nostalgiques des petits bistrots de campagne, ceux qui veulent que ça pète et ceux qui serrent les fesses pour leur retraite menacée, les partisans de Mélenchon et ceux du général de Villiers, etc. On est dans le grotesque. Fantasmer est une spécialité française, pays de grands enfants bavards et amateurs d’idéalisme bidon. Il n’existe de consensus établi sur rien, mais les tabous restent solides au poste. Tout est discuté et mis sur la table, sauf l’essentiel, le remplacement de population et la discrimination dite positive, qui est négative pour les Gilets jaunes qui restent très timides sur le sujet, politiquement correct oblige. L’identité, c’est quoi au juste ?

Finalement, cette jacquerie trouvera son dénouement misérable dans quelques exemptions fiscales ou subventions supplémentaires, ruineuses pour le pays déjà à bout de souffle et payables par les générations à venir. Refus obstiné du changement quel qu’il soit, addiction folle à la dépense publique et accroissement sans limite de la dette laissée aux bons soins des faiseurs de miracles sont les revendications réelles de ce mouvement. La routine. Elles remettent en cause le bilan réformateur positif mais trop limité du jeune Macron en matière économique. Macron, disons-le tout net, a raison sur presque tout de ce qui constitue le débat politique quotidien, disons l’économique, sauf l’essentiel, disons l’identité, le long terme, le destin, dont les « Gilets Jaunes » et Macron se foutent également comme d’une guigne.

Anti-GJ

Cette agitation anarchique sur base d’idées confuses donne de ce pays une image digne du pays qui a cumulé bien des soulèvements immortels, 1789, 1792, 1830, 1848, 1870, 1945, 1968. Sac de l’Arc de Triomphe si mal nommé et pillage de magasins de produits de luxe donnent de ces émeutes une image significative. Ce qui va ressortir de ce désordre va être marqué par toujours plus de confusion, le déclassement mérité, et la faillite à terme, mais fort heureusement le plus tard possible. Les grosses bombes à retardement de la dette et de l’immigration n’en finissent pas, Dieu merci ! de ne pas éclater. « Pourvou qué ça doure », comme disait Laetitia. Ce pays apparaît de plus en plus comme l’homme malade de l’Europe. Son image s’aligne peu à peu sur sa réalité. Il me fait honte, ou plutôt rigoler, mais jaune. Ma famille et moi sommes malheureusement passagers de ce bateau si puissamment décrit par Carl Schmitt, dont je ne parviens pas à me lasser et que je soumets à ton admiration, lecteur :

« L’humanité est un navire balloté sans but sur les flots, chargé d’un équipage séditieux, vulgaire, recruté de force, qui braille et danse jusqu’à ce que la colère de Dieu précipite cette racaille révoltée dans la mer pour faire régner à nouveau le silence (Carl Schmitt). »

C’est du Shakespeare!

Jacques Georges