L’écologie vue par Alain de Benoist par Thierry DUROLLE

Il y a un peu plus de dix ans, Alain de Benoist faisait part de ses vues sur l’écologie dans Demain, la décroissance ! Penser l’écologie jusqu’au bout (Edite). Il étudiait la question d’une manière qui lui est particulière, c’est-à-dire du point de vue des idées. Cet ouvrage, depuis lors épuisé, vient d’être réédité chez Pierre-Guillaume de Roux sous le titre nouveau de Décroissance ou toujours plus ? Penser l’écologie jusqu’au bout.

Il convient d’abord de signaler la présence d’une nouvelle introduction, dont l’intérêt est sans nul doute la réactualisation de certaines données, ainsi que le bilan de la décennie écoulée entre la parution initiale et sa réédition. Incluant les statistiques exposées, ce bilan n’est guère réjouissant. En dépit d’une exposition médiatique accrue et d’une agitation politique (on ne peut décidément pas parler d’une authentique action puisque les causes du problème ne sont jamais abordées franchement), l’écologie a pris une place plus importante dans la vie de tous les jours. Ne soyons pas totalement négatif : des gestes bienvenus, tels la suppression des sacs plastiques et/ou l’abandon de l’emploi de produits phytosanitaires toxiques par les communes vont dans la bonne direction.

AdB Décroissance

Alain de Benoist n’a probablement pas souhaité écrire sur l’histoire des courants écologiques; son intérêt se porte principalement sur les idées. La principale constitue d’ailleurs le titre de l’ouvrage, Décroissance ou toujours plus. Nous pouvons qualifier cette dernière expression ontologiquement d’anti-écologique. Libéralisme, philosophie des Lumières, Idéologie du Progrès et technicisme appartiennent à ce camp du toujours plus. C’est sans peine que nous pouvons les identifier, à l’instar de l’auteur, à l’hubris. En employant le terme de décroissance, Alain de Benoist entend peut-être montrer sa préférence pour l’école écologique, fort intéressante au demeurant, représentée en France par Serge Latouche.

L’auteur critique à juste titre cette « écotartufferie », cet oxymore que l’on appelle parfois de « capitalisme vert ». Les énergies renouvelables ne représentent pas non plus une réponse aux défis énergétiques et écologiques qui nous attendent. L’une des questions centrales mise en lumière par Alain de Benoist concerne bien évidemment le rapport Homme/Nature, rapport qui fonde deux écoles de l’écologisme, l’une anthropocentrée et l’autre biocentrée. L’écueil typique de la première est d’envisager la nature comme une ressource à disposition, comme une chose que l’on utilise à sa guise. À ce titre, Benoist rappelle à juste titre la responsabilité du monothéisme dans cette conception du rapport entre l’homme et la nature, et plus particulièrement celle du christianisme. Quant au biocentrisme, celui-ci s’illustre par un égalitarisme absurde qui met au même niveau un être humain et un puceron comme ironise l’auteur. Sans rentrer dans les détails quant à une conception particulière des rapports Homme/Nature, il nous semble juste d’adopter une position intermédiaire ou médiane dans laquelle holisme et humilité seraient les points de départ.

Le livre d’Alain de Benoist a le mérite de cadrer le débat écologique en le recentrant sur les enjeux réels et non pas sur des préoccupations superficielles. On retrouve évidemment les thématiques chères à l’auteur comme la critique du libéralisme ou encore l’effacement du clivage droite – gauche. En revanche, Alain de Benoist n’expose pas, ni ne se penche sur les idées fondatrices des différentes branches de l’écologie. Seule est évoquée l’écologie profonde remarquablement pensée par Arne Naess. Quid cependant du biorégionalisme ? Pourquoi ne pas avoir évoqué plus en détail la pensée de Jacques Ellul et surtout celle de Bernard Charbonneau ? Malgré ces oublis dommageables, La décroissance ou toujours plus ? Penser l’écologie jusqu’au bout d’Alain de Benoist délivre d’excellents arguments pour quiconque souhaite critiquer radicalement, et sous un angle écologique, le libéralisme et ses corollaires.

Thierry Durolle

Alain de Benoist, La décroissance ou toujours plus ? Penser l’écologie jusqu’au bout, Éditions Pierre-Guillaume de Roux, 2018, 228 p., 23,90 €.