Le piège de l’union des droites par Vincent VAUCLIN

Marion Maréchal fait son grand retour. Après son « retrait de la vie politique », la voilà qui ressurgit dans les médias et dans les esprits comme le recours providentiel au naufrage de la droite républicaine et à l’impasse du RN.

Des Machiavels d’opérette s’activent en coulisses. Les médias lui déroulent le tapis rouge. Le Medef l’invite à son université d’été avant de rétro-pédaler. Des élus LR se pressent à sa table. Et voici qu’un serpent de mer refait surface : « l’union des droites », dont elle serait le nouveau visage (un peu plus vendeur, il est vrai, que celui de sa tante). L’union des droites, qu’est-ce que c’est ? En théorie : il s’agit de faire sauter les digues entre la droite républicaine et les populistes, et déjouer ainsi « le piège de Mitterrand » pour conquérir le pouvoir. En pratique : un Mitterrand peut en cacher un autre, et avant de fomenter des combinaisons d’appareils ou de personnalités en additionnant des points de sondages, il conviendrait de se souvenir de l’effondrement du PCF à l’issue de l’Union de la gauche de 1981.

En d’autres termes, si l’édification d’un front commun de résistance au mondialisme libéral est évidemment souhaitable, encore faut-il s’entendre au préalable sur ce qui est de droite et ce qui ne l’est pas, et distinguer ce qui relève d’un projet authentique de refondation idéologique et de reconquête identitaire de ce qui ne relève finalement que de stratégies carriéristes et d’une démagogie proto-sarkozyste, bref d’une imposture intégrale qui reviendrait à livrer sur un plateau les millions d’électeurs RN à cette « droite républicaine » qui ne sait que trahir et mentir.

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Car quand on sait lire entre les lignes, il ne fait guère de doute que le projet idéologique qui sous-tend « l’union des droites », c’est celui d’un libéralisme-sécuritaire vaguement conservateur qui fera miroiter au bon peuple quelques milliers de caméras de surveillance et d’expulsion de clandestins en plus, qui lui promettra une bonne dizaine de lois inutiles contre le halal et la burqa, et l’excitera avec quelques sorties sur « l’identité nationale » et les « racines judéo-chrétiennes de l’Europe ». Au mieux. La contrepartie ? Un pack de réformes libérales, une accélération de la dérégulation et des privatisations et, évidemment, le démantèlement méthodique du droit du travail. Vous en avez marre des racailles ? Promis, cette fois c’est juré, on va vous en débarrasser ! Mais d’abord, on va s’occuper de vos retraites, de vos services publics et du Code du Travail, on verra pour le reste après. La révolution conservatrice ? Bien sûr ! Et à grands renforts de trompettes et de drapeaux tricolores ! Mais dans le respect des valeurs républicaines, et surtout des critères de convergence de Maastricht et de Goldman Sachs.

La mode est donc à cette sorte de néo-populisme low cost qui se garde bien de franchir les bornes du politiquement correct et de défier véritablement la lobbycratie cosmopolite. Après l’invitation du Medef, bientôt celle du CRIF ? On imagine déjà ces défenseurs zélés de la « laïcité » et des « valeurs occidentales » en appeler à l’union sacrée contre le « fascisme islamiste », et pourfendre l’antisionisme pour s’attirer les bonnes grâces de leurs sponsors. Les éternels cocus de la droite-crustacée (dure dehors et molle dedans) en jubilent d’avance.

À mille lieues de ces forfaitures, loin des plateaux TV et des combines d’appareils, c’est une toute autre bataille qui s’est engagée. Partant de la base et innervée d’une volonté de rupture, la dynamique de refondation et de décloisonnement du nationalisme français que nous avons amorcé prend le contre-pied de ce néo-populisme mondain, et s’oriente délibérément vers une radicalité opérative. Dans la rue comme dans les urnes, La Dissidence Française déploie une stratégie de guérilla idéologique destinée à brusquer le conformisme ambiant, à imposer des thématiques nouvelles dans le débat public et à proposer une alternative intégrale au mondialisme libéral. Dans la période de recomposition politique que nous traversons, l’enjeu est d’enfoncer les lignes adverses pour y établir nos positions. C’est dans cet esprit de reconquête que nous préparons les élections municipales de 2020, et que nous développerons dans les mois qui viennent de nouvelles formes d’activisme et de militantisme.

Vincent Vauclin

D’abord mis en ligne sur La Dissidence Française, le 13 juillet 2019.