Le nouveau roman d’Érik L’Homme par Bastien VALORGUES

Longtemps auteur destiné à la jeunesse, reconnu et récompensé pour des ouvrages populaires (les trilogies Le Livre des Étoiles, Les Maîtres des Brisants ou Terre-Dragon), Érik L’Homme a peut-être surpris son lectorat en écrivant en 2018 Déchirer les ombres, un roman âpre et intense rédigé sous une forme dialoguée. Il propose cette année un nouvel ouvrage au titre mystérieux, Un peu de nuit en plein jour.

Il s’agit d’un roman d’anticipation décalé. Une catastrophe non expliquée a plongé le monde entier dans une obscurité permanente. De ce grand désordre est sortie une société particulièrement violente. Une classe bénéficiaire de nombreux progrès médicaux coexiste avec une population laborieuse fragmentée en clans qui vivotent au jour le jour ou, plus exactement, à la nuit la nuit. « La communion des caves, cette sauvagerie qui seule subsiste une fois quittée la grisaille de la surface où les clans survivent dans des boulots plus pourris qu’une charogne oubliée sur un piège, des boulots qu’on leur laisse, comme des faveurs. »

Erik

Le récit se passe dans un Paris assombri et fantastique. On y croise Féral, un quadragénaire, « un homme colossal aux muscles saillants, aux veines épaisses » qui se souvient des temps anciens diurnes et qui joue à la cogne, des combats organisés dans les caves. Il y rencontre Livie, une belle combattante de vingt ans sa cadette venue de l’Ouest francilien. Cette « jeune femme en débardeur, tatouages complexes, visage amoché […] est blonde, regard brûlant elle aussi, sombre comme du charbon, avec le fond des lueurs rougeâtres, des braises palpitant sous la cendre noire ». Quant au troisième personnage principal, Clarisse avec « ses cheveux roux, sa peau pâle et ses yeux verts », elle appartient à cette caste favorisée des humains augmentés – transformés. L’artiste-peintre hédoniste, amatrice de femmes, apprécie sa vie dans cette ambiance post-apocalyptique.

On peut regretter la relative brièveté de l’intrigue. L’auteur pourrait se justifier par le phénomène littéraire de la Rentrée : les libraires doivent choisir entre plus de cinq cents livres. En proposant une histoire de moins de deux cents pages, Érik L’Homme peut intéresser des professionnels du livre chaque année submergés par ce véritable tsunami d’imprimés.

Outre d’indéniables qualités littéraires et un rythme haletant, Un peu de nuit en plein jour ouvre enfin sur un arrière-plan social. La narration s’inscrit dans une « société en sablier » dans laquelle les catégories socio-professionnelles moyennes (ou intermédiaires) se sont comme le jour diurne évaporées, laissant face à face une clique nantie d’hyper-riches maniérés et des masses serviles à l’espérance de vie abrégée. Il est par conséquent évident que ce roman relève non pas d’une quelconque littérature « survivaliste », mais plus sûrement d’un réalisme fantastique familier et obsédant.

Bastien Valorgues

Érik L’Homme, Un peu de nuit en plein jour, Calmann-Lévy, 2019, 174 p., 17 €.