Le « Corps National » contre la police : le combat pour Atek a commencé par Olena SEMENYAKA

À la veille des élections, le régime post-révolutionnaire en Ukraine dirigé par Petro Porochenko a finalement déclenché une guerre ouverte contre un mouvement bien organisé et en croissance rapide, le Corps National, seul parti politique d’Ukraine à posséder une branche militaire, le régiment Azov. Le 23 mars 2018, à 6 h du matin, environ 300 représentants de la police (Ministère de l’Intérieur), du Service de sécurité (SBU) et du Bureau du Procureur de l’Ukraine ont bloqué les locaux de l’ONG « Corps Civil Azov », plateforme de toutes les organisations publiques (projets sociaux) mises en place par le mouvement Azov, le Centre de recrutement du régiment Azov et l’école militaire Colonel-Evhen-Konovalets, ont pénétré par effraction dans les bâtiments et ont entrepris une fouille illégale à l’intérieur sans la présence d’un enquêteur, ni de témoins diligentés. Ils ont, entre autres, confisqué les effets personnels de volontaires ukrainiens qui font respecter la loi et l’ordre dans les rues du pays et sont pour l’instant cantonnés à cet endroit. Les forces de l’ordre se sont même emparés des décorations militaires des combattants de l’ATO [« Opération anti-terroriste », terme officiel désignant les opérations militaires menées dans le Donbass par les forces ukrainiennes – NDT] exposées sur les murs. En réponse à ces agissements, les propriétaires de ces locaux, qui, il faut le préciser, les ont complètement remis à neuf et reconstruits, ont invité un groupe d’enquête à prendre acte de ces agissements illégaux.

Le chef du Corps National, Andriy Biletskyi, a personnellement pris part à la défense du quartier général du Mouvement et a clairement précisé dans son allocution aux militants et sympathisants que tout cela n’était rien d’autre qu’une tentative de répression politique des forces nationalistes. De plus, des activistes du Corps National ou issus d’autres formations nationalistes ukrainiennes (C14, Svoboda, Secteur Droit), rejoints par des membres motivés des bataillons Aidar et Dnipro, et de simples citoyens ont érigé une barricade et bloqué les policiers présents à l’intérieur de l’enceinte même d’Atek afin de ne pas les laisser partir avec les effets confisqués, volés devrions-nous dire, pendant la fouille. Les représentants des forces de l’ordre n’ont pas osé engager une épreuve de force avec les manifestants présents en nombre croissant et ces derniers ont formé un « corridor de la honte » autour des représentants de la loi invités à vider les lieux. Pour le moment, ils ont tous quitté l’enceinte, mais ce n’est probablement que partie remise. Les locaux sont situés dans la zone industrielle de Kyiv, sur le territoire de l’usine Atek où ont eu lieu les départs des premiers volontaires du bataillon Azov. Les épreuves du fameux brevet « Sparta » accomplies par les nouvelles recrues se sont régulièrement déroulées dans la cour et les allées autour du bâtiment. En 2015, les autorités avaient déjà tenté d’expulser des lieux les nationalistes qui se battaient à l’Est et accomplissaient leur devoir au quotidien dans l’intérêt de la nation et de l’État ukrainiens. Mais du point de vue du public, le choix fut aisé à faire entre eux et un affairiste qui avait eu l’intention de transformer les lieux en un ensemble de bureaux à louer, sans parler des liens financiers avérés de ce monsieur avec la Crimée annexée.

Azov 2

Aujourd’hui, après que les représentants de la loi aient quitté Atek, le porte- parole de la police nationale a déclaré que les ONG qui avaient leur siège à cet endroit ne représentaient « aucun intérêt » pour eux. Seule le documentation sur place était de nature à les intéresser depuis que le tribunal du district Chevtchenkivskyi de Kyiv a donné satisfaction à une requête du SBU [Service de sécurité de l’Ukraine – NDT], le 13 mars 2018, pour mettre fin aux activités de la base d’entraînement du régiment Azov sur le site de l’usine Atek. Cependant, il devient évident que le régime a déclenché une répression planifiée du Corps National et du Mouvement Azov, avec un calendrier précis qui ne doit rien au hasard. Pour l’instant, l’attention du public se focalise sur le cas de Nadia Savtchenko, l’ancienne pilote militaire et combattante de l’ATO qui fut captive dans une prison russe.

Après sa libération, elle s’est d’abord trouvée élevée au statut de martyr de la guerre menée à l’Est par les autorités ukrainiennes, une Jeanne d’Arc nationale, avant de se voir conférer un siège de député à la Rada (Parlement). À présent, elle encourt une sentence d’emprisonnement à vie pour « avoir planifié une attaque terroriste sur le Parlement ukrainien ». Le 22 mars, Andriy Biletskyi s’est exprimé sur ce sujet sur la chaîne de télévision ukrainienne 112. Selon lui, le matériel vidéo affirmant présenter les plans de Savtchenko pour détruire deux loges dans le Parlement ukrainien en utilisant des grenades et des armes automatiques ne peut être pris au sérieux. En effet, ce n’est pas un secret de dire que l’actuel président et son gouvernement sont extrêmement impopulaires et que des conversations de ce type ressortant du registre émotionnel peuvent être entendues partout. L’état mental de Savtchenko, consécutif à sa sortie de prison, a suscité de nombreuses interrogations à plusieurs reprises, a-t-il ajouté, ainsi que des conversations enregistrées ne prouvaient rien. Le seul motif pour poursuivre l’enquête était lié aux armes transportées par elle et Volodymyr Rouban, des territoires occupés des régions de Donetsk et de Louhansk jusqu’à Kyiv. Au lieu de s’appesantir sur ce point, Andriy Biletskyi a préféré attirer l’attention sur le cas beaucoup plus scandaleux d’un autre Savtchenko, prénommé Oleksiy, placé à la tête de l’administration d’État de la région de Mykolayiv dont les agissements ont mené au suicide de Vladislav Volochyne, alors directeur de l’aéroport international de Mykolayiv, ancien pilote militaire et vétéran de la guerre du Donbass. Des informations font qu’Oleksiy Savtchenko aurait fait pression sur Volochyne pour l’impliquer dans une affaire de corruption de haut vol. Le 21 mars, le Corps National, Svoboda et le Secteur Droit ont établi des piquets devant l’administration présidentielle pour exiger la démission d’Oleksiy Savtchenko. Ils ont mis en évidence que les autorités ont créé des scandales artificiels pour faire diversion de leurs faits de corruption à même de choquer véritablement l’opinion. Le 22 mars, la police a entrepris des perquisitions dans les logements de deux jeunes activistes du Corps National résidant à Dnipro [anciennement Dnipropetrovsk – NDT], Denys Kotenko et Daryna Sloutskovska, alors qu’ils étaient à Kyiv. Le prétexte était ridicule et apparemment inspiré par le cas de Nadia Savtchenko : rechercher des grenades et des explosifs. Le 23 mars, la branche locale du Corps National à Dnipro a organisé une manifestation avec un slogan d’une pertinence de plus en plus évidente : « Perquisitionnez les maisons des criminels, pas celles des patriotes ! ».

Du reste, il n’y a pas si longtemps qu’au cours d’une conférence de presse, le président ukrainien, Petro Porochenko, a exprimé sa préoccupation au sujet de l’aggravation de la situation sécuritaire dans le pays due, selon lui, à l’avènement des unités de la Droujina Nationale, constituées de volontaires du Corps National qui effectuent des patrouilles dans les rues. Auparavant, les autorités s’en étaient tenues à la stratégie d’ignorer la montée en puissance rapide du Corps National ainsi que ses critiques du régime. Cependant, depuis récemment, il est devenu impossible de prétendre que le Corps National ne puisse pas constituer une menace politique directe pour le gouvernement actuel qui perd rapidement en crédibilité. L’attaque inexpliquée du 23 mars sur le QG du Mouvement Azov qui a été présentée comme la simple « mise en œuvre d’une décision de justice », était indubitablement de nature à vouloir intimider les activistes de cette force politique en pleine ascension et les nationalistes en général. À la suite de la légalisation du bataillon Azov, devenu ensuite régiment, sous les auspices de la Garde nationale d’Ukraine rattachée au ministère de l’Intérieur, de nombreuses voix malveillantes se sont élevées pour commencer à propager des rumeurs sur le fait que le Corps National – Mouvement Azov aurait bénéficié de la « protection » du ministre du l’Intérieur Arsen Avakov.

D’aucuns attribuaient cette présumée bienveillance à une rivalité entre le clan Avakov et celui de Porochenko. Il est devenu maintenant évident que, premièrement, ce protectorat n’a jamais existé, deuxièmement que les autorités ne peuvent conjurer plus longtemps le défi politique que constitue l’alliance des forces nationalistes [accord conclu entre le Corps National, Svoboda et le Secteur Droit ainsi qu’avec d’autres organisations moins importantes – NDT]. Cela signifie que la perspective d’une prochaine phase de la révolution nationale ukrainienne n’est pas si éloignée.

Olena Semenyaka

Traduit et adapté par Pascal G. Lassalle