L’ACRE en embuscade par Georges FELTIN-TRACOL

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Le Parlement européen élu en 2014 comprend huit groupes parmi lesquels celui de l’Alliance des conservateurs et réformistes en Europe (ACRE). Fort de 75 membres, ce qui en fait la troisième formation juste derrière le Parti populaire européen (PPE) et les socialistes, ce groupe apparaît en 2009 quand les Tories, les conservateurs britanniques, abandonnent un PPE qu’ils jugent trop euro-fédéraliste et pas assez libéral.

Craignant cependant d’être relégués chez les non-inscrits, les Tories parviennent à former un ensemble eurosceptique avec l’Union chrétienne néerlandaise, le Parti unioniste d’Ulster, les libéraux-conservateurs hongrois et les représentants de l’ancien président tchèque, l’ultra-thatchérien Vaclav Klaus. En 2014, le groupe voit son audience s’accroître avec l’adhésion des tenants défaits de la ligne libérale anti-euro de l’AfD, des fondamentalistes bibliques protestants néerlandais, des Flamands belges de la NVA, des Vrais Finlandais, des Démocrates de Suède, des Polonais du PiS (Droit et Justice) et des souverainistes conservateurs de Frères d’Italie.

CRE

Depuis cinq ans, la présidence de l’ACRE revient au conservateur britannique Syed Kamall. Ultra-libéral, ce musulman originaire de la Guyana (anciennement Guyane britannique) soutient l’atlantisme, le libre-échangisme et le multiculturalisme. Le départ prochain des 19 Britanniques pour cause de Brexit risque de provoquer sa disparition, ce que ne veut pas le PiS. Ce dernier s’affaire dès à présent pour le maintenir et le renforcer. Il a déjà approché les Espagnols de Vox, les Néerlandais du Forum pour la démocratie et Debout la France de Nicolas Dupont-Aignan. Les Polonais rêveraient que le Fidesz de Viktor Orban les rejoigne, surtout si le PPE l’exclut définitivement. Ils aimeraient en outre attirer la Lega de Matteo Salvini qui romperait par conséquent avec le groupe Europe des nations et des libertés. Ce scénario ferait des députés européens du RN les dindons de la farce. Il faut dire que les nationaux-conservateurs polonais n’apprécient ni ce groupe, ni celui d’Europe de la liberté et de la démocratie directe de Nigel Farage et du Mouvement 5 Étoiles. Le PiS se félicite de refuser tout contact avec le Rassemblement national de Marine Le Pen qu’il accuse pêle-mêle d’avoir des origines néo-fascistes du fait de l’implication initiale d’Ordre Nouveau, un programme économique socialisant et un alignement sur Moscou.

Dans ces conditions, croire en une majorité eurosceptique au Parlement européen relève de la chimère. Qu’y a-t-il en commun entre le PiS, le Jobbik hongrois, le RN et Aube dorée ? Liée à la « Grande Coalition » PPE – socialistes – libéraux centristes avec qui ils partagent des sommes considérables provenant de multinationales telles AT&T, Triple A, Estiom, MTI, Wastech, Galerie Gema, QED – Systems, Without Limits et AWS Holding, l’Alliance des conservateurs et réformistes en Europe constitue une opposition factice. Ce groupe va à l’encontre du principe même de l’Europe albo-boréenne. Il symbolise toute la vacuité nationale-droitarde, éternelle supplétive de l’Oncle Sam. Le Parlement européen mériterait mieux que ces conservateurs patriotards attardés.

Bonjour chez vous !

Georges Feltin-Tracol

« Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 122, mise en ligne sur TV Libertés, le 25 avril 2019.