La France par-delà la République par Georges FELTIN-TRACOL

Jean-Noël Audibert vient de signer Euthanasier la République pour sauver la France ? « Pourquoi un tel titre ? Nous avons pu dresser le bilan de cette République : un pays non souverain, au bord de la faillite financière et aux ordres de l’étranger, incapable de faire face au terrorisme islamique par idéologie, le règne du matérialisme, le non-respect de la vie à tous les âges, un génocide culturel, une population immigrée importante inassimilable, une révolution permanente, etc. (p. 213) » L’auteur n’y va pas par quatre chemins. Il affirme avec audace dans cet essai politique l’impératif de distinguer la République dite française de la France à proprement parler. « La République est toujours en devenir et elle n’aboutira pas mais elle peut entraîner la France dans un effondrement et la faire disparaître (p. 222). » Il sait pertinemment que son propos choquera tous les chantres du politiquement correct qui le considéreront comme l’ennemi du genre humain, sinon trans… Il s’en moque plutôt et martèle même : « Que vous soyez un amoureux de la quenelle, un opposant au mariage pour tous, un bonnet rouge, un Français qui considère que l’Islam est incompatible avec la République, qu’il y a trop d’immigrés en France, que les juges sont laxistes et de gauche, vous appartenez à cette vermine : les anti-républicains (p. 5). » Anti-républicain, soit ! Surtout si « la République n’est qu’un système ou régime politique parmi d’autres et qu’il ne faut pas confondre la France avec ledit système (p. 6) ». L’actuelle République française est fondamentalement anti-française.

Sur l’Oligarchie cosmopolite

Jean-Noël Audibert voit se profiler derrière les desseins républicains l’ombre pesante du cosmopolitisme et du protestantisme. Ce catholique accuse en effet la Réforme et ses succédanées d’avoir introduit dans la pensée européenne le relativisme. Quant au cosmopolitisme, matrice philosophique du mondialisme, il œuvre par l’intermédiaire d’« une oligarchie mondiale dont le pouvoir est avant tout financier : c’est très précisément une ploutocratie (p. 45) ». Celle-ci se structure en une « super-classe mondiale », « un réseau mondial de personnes qui entretiennent des relations régulières, professionnelles, mondaines ou amicales, et qui partagent une vue du monde originale (p. 43) ». Elle favorise en outre « des des connivences financières et idéologiques qui regroupent ou associent des décideurs qui ont la même orientation (p. 40) ». Les belles âmes accuseront l’auteur de verser dans le complotisme et le conspirationnisme, mais il n’en a cure !

Audibert

L’Oligarchie mondialiste promeut en France et en Europe (voir au-delà, y compris aux États-Unis et en Australie) la diffusion virale, « épidémiologique », du libre échange mortifère (le CETA avec le Canada du Macron local, Justin Trudeau, au lieu du TAFTA torpillé par Donald Trump), de l’immigration de peuplement, de l’anti-racisme, de l’islamisation du continent, de la construction pseudo-européenne et des révolutions sociétales (la théorie du genre et la démesure féministe). Ayant infiltré les palais républicains et les administrations centrales de l’Hexagone, la super-classe mondiale favorise le « “ grand remplacement ” (la substitution de population); le “ grand effacement ” (la non-transmission de l’histoire et de la mémoire identitaire); le “ grand dérangement ” (la rupture des traditions, la dénaturation du mariage, la perversion des esprits, l’hyper-sexualité, l’art nouveau dégénéré…) (p. 45) ». L’auteur juge avec raison que « l’invasion migratoire ne cessera que le jour où les Français mettront un terme au système républicain (p. 71) ». Or qu’est-ce que la République en France ?

Républiques en revue

Jean-Noël Audibert examine les quatre premières républiques françaises. Avec la Première (1792 – 1804), il rappelle que « la révolution est une sorte de répétition générale des atrocités que le monde connaîtra avec les régimes totalitaires du XXe siècle (pp. 7 – 8) ». La comparaison entre la révolution française et les totalitarismes n’est pas nouvelle. Dès 1952, Jacob Leib Talmon avec Les origines de la démocratie totalitaire (1) en relevait les similitudes. Sous la Révolution précisément, « la République a pour objectif de régénérer l’homme et la société, elle veut la création d’un homme nouveau détaché donc de Dieu et de la morale naturelle dans un monde basé sur les idées du “ siècle des Lumières ”, rationalistes, individualistes, matérialistes et laïcistes (p. 8) » (n’est-ce pas les racines du libéralisme dont se réclame par ailleurs M. Audibert ?), d’où le génocide vendéen, ce trou noir de l’histoire française et ce crime – indéniable lui – contre l’humanité paysanne française.

Contempteur de la Ire République, l’auteur n’évoque jamais les autres régimes politiques (les royautés restaurées, les empires plébiscitaires, l’État français). D’une durée trop brève, la IIe République (1848 – 1852) avait cependant des assises conservatrices, mais elle fut fort heureusement emportée par deux fantastiques vagues bonapartistes, la première, le 10 décembre 1848, et la seconde après le remarquable coup d’État du 2 décembre 1851. Il apporte une appréciation étonnament nuancée à propos de la IIIe République (1870 – 1940). Certes, Georges Clemenceau, le père putatif d’Adolf Hitler, fut un « sinistre personnage qui faisait passer ses haines recuites personnelles avant le bien de la France (pp. 26 – 27) ». Mais cette république exerçait aussi « un rôle civilisateur auprès des populations indigènes, apporter ses lumières, tendre la main à l’indigène, éclairer son ignorance, l’éduquer, le soigner (p. 25) » Ce messianisme laïque s’accompagnait d’intérêts économiques parfois louches (trouver des débouchés commerciaux et piller des ressources naturelles) et patriotiques catastrophiques (préparer la sinistre Revanche avant 1914). En outre,durant l’Entre-deux-guerres, « il faut […] reconnaître que la IIIe République a su faire face sans faiblir à l’afflux des étrangers en France, n’a pas hésité à les interner si nécessaire, a défendu la préférence nationale pour les emplois et a respecté la vie (p. 30). » D’un avis tout à fait contraire, un historien officiel, Gérard Noiriel, s’en indignait (2).

L’auteur se montre plus élogieux à l’égard de la IVe République (1946 – 1958). « Travail, famille, défense de la patrie, identité nationale, apaisement au niveau de l’éducation, indépendance nationale, oui, nous pouvons donner un satisfecit à cette République si courte mais qui permit le relèvement de la France (pp. 35 – 36). » Cette assertion est discutable. Oublie-t-il qu’une grande partie des cadres administratifs ne faisait que poursuivre l’application de décisions adoptées en 1939, voire aux temps de l’État français ? Par ailleurs, la IVe République était-elle vraiment indépendante quand son ministre des Finances quémandait chaque mois à Washington une rallonge budgétaire afin de faire tourner la société hexagonale ? Et puis, la France en 1956 était-elle vraiment libre quand elle (et la Grande-Bretagne) dut retirer ses troupes du canal de Suez sous la pression conjointe des États-Unis et de l’URSS. Et pourquoi deux ans plus tôt à Dien Bien Phu, les Étatsuniens refusèrent-ils de sauver les paras français en déclenchant l’opération Vautour…

Vouloir une autre Ve République, nationale celle-là

Jean-Noël Audibert ne comprend pas que l’origine de la Ve République était proprement polémogène. Voulue par un penseur de guerre (voir Le Fil de l’épée, cet grand écrit de philosophie militaire), la présente République ne s’épanouit qu’en périodes de chaos, de tempêtes et de tragédies collectives. Les multiples et incessantes révisions constitutionnelles ont certes amoindri sa dimension verticale initiale de puissance qui perdure toutefois. L’auteur assigne un peu trop vite à Mai 68 la sape des fondations de la République gaullienne. Depuis, elle court vers le précipice, entraînant dans sa chute mortelle la France et les Français. Et en cas d’opposition, attention aux vigilants ! Si « le système gère très mal la France mais il sait se défendre et ne reculera pas devant l’utilisation de la violence vis-à-vis des patriotes (pp. 71 – 72) ». Il est même à craindre que dans quelques années, ce livre vaudra à son auteur une comparution immédiate devant la 17e chambre correctionnelle de Paris et la déchéance immédiate de citoyenneté !

Jean-Noël Audibert en appelle à la rédaction d’une nouvelle constitution dont le préambule rappellerait les « racines gréco-romano-judéo-chrétiennes (p. 183) » de la France. Et les apports germaniques, vikings et slaves ? Pourquoi les oublie-t-il ? Par son histoire et sa géographie, la France est une Europe miniature. Grâce à ce préambule, « la laïcité ne peut s’interpréter qu’à la lumière des racines de la France (p. 184) ». Il propose une nouvelle devise – « Liberté et Patrie (p. 184) » – à la place de l’abjecte devise maçonnique qui salit les frontons des mairies et des établissements scolaires d’enseignement de l’ignorance. L’auteur conteste l’euro, souhaite sortir la France de l’OTAN, prône la préférence nationale, réclame l’introduction du référendum d’initiative populaire et défend l’élection des magistrats. Son programme reste néanmoins timoré, car il pourrait aussi envisager afin de court-circuiter l’hégémonie des partis politiques le mandat impératif révocatoire et le tirage au sort, et le recours indispensable au vote familial dans le cadre du droit du sang complet et d’une dénaturalisation opérée sur un demi-siècle.

Cet ancien conseiller municipal MPF de Versailles n’accorde aucun espoir au FN qu’il juge trop social-étatiste. « Ni Juppé, ni Sarkozy, ni Marine Le Pen sont des candidats de la vraie droite, un boulevard s’ouvre pour un candidat patriote à la fois conservateur et raisonnablement libéral (pp. 219 – 220) ». L’auteur applaudit la tentative à Béziers de réunir une soi-disant « droite hors des murs » qui se planta magnifiquement dans une magnifique impasse conceptuelle, n’en déplaise à Patrick Buisson (3) et à François Bousquet (4). « Dans [d]es conditions politiques où les deux partis traditionnelles sont décrédibilisés sans véritable programme, où le troisième est dans un cul-de-sac stratégique par sa volonté de vouloir gagner seul et de se dédiaboliser, la naissance d’un nouveau parti Démos (signifie peuple en grec) serait possible. Il se situerait dans le cadre du système républicain en affichant sa volonté de mettre en place un véritable démocratie (pp. 217 – 218). » Il est étonnant – et même paradoxal – qu’un national-conservateur libéral se réfère ensuite à la formation populiste transversale mi-droite mi-gauche italien Mouvement Cinq Étoiles et aux forces populistes espagnoles de gauche radicale Podemos ! Il semble surtout attendre une personnalité charismatique, voire providentielle. Mais il n’y a pas de sauveur suprême ! Le Système l’a bien compris puisqu’il a fait surgir sur la scène politique l’artefact Macron pour sauver précisément cette république à bout de souffle. Mais est-il nécessaire de sauver la République ? Son destin n’est-il pas plutôt de se fondre dans un ensemble impérial européen identitaire, solidariste et enraciné crédible et révolutionnaire ?

Sans entièrement partager l’intégralité des opinions de l’auteur, force est de constater que Euthanasier la République pour sauver la France ? offre quelques solutions de redressement. Alors pourquoi pas Audibert président cette année ?

Georges Feltin-Tracol

Références bibliographiques

1 : Jacob L. Talmon, Les origines de la démocratie totalitaire, Calmann-Lévy, 1966.

2 : Gérard Noiriel, Les origines républicaines de Vichy, Hachette, 1999.

3 : Patrick Buisson, La cause du peuple, Perrin, 2016.

4 : François Bousquet, La droite buissonnière, Le Rocher, 2017.

Jean-Noël Audibert, Euthanasier la République pour sauver la France ?, Éditions DMM (Dominique Martin Marin : BP 263, 86000 Poitiers), 2015, 257 p., 22 €.