La définition du peuple. Qui est le dirigeant de l’aile nationaliste de l’AfD Björn Höcke ? par Lionel BALAND

L’aile nationaliste du parti patriotique allemand Alternative pour l’Allemagne (AfD) a annoncé son auto-dissolution afin de contrer les persécutions organisées à son encontre par l’Office de protection de la Constitution. En 2019, le magazine allemand Compact, dont le rédacteur en chef est Jürgen Elsasser, a publié un numéro spécial consacré au chef de file de cette aile nationaliste : Björn Höcke. Cette parution est l’occasion de faire plus ample connaissance avec les idées et la personnalité politique de ce dernier, qui est également le co-dirigeant de l’AfD dans l’État de Thuringe et le chef de file des élus de son parti au sein du Parlement de Thuringe.

Bjorn Höcke

Un parcours

Si la Thuringe est dans l’est de l’Allemagne, Björn Höcke est né en 1972 en République fédérale allemande à Lünen, une ville située au nord de Dortmund, dans l’État de Rhénanie du Nord – Westphalie. Il a étudié le sport et l’histoire à Marbourg et Giessen, deux villes de Hesse. Il a ensuite été enseignant dans ces deux disciplines à Bad Sooden-Allendorf en Hesse, jusqu’en 2014, tout en obtenant une maîtrise en gestion d’école.

Bad Sooden-Allendorf étant à la lisière de la Thuringe, sur l’ancien Rideau de fer, Björn Höcke est cofondateur en avril 2013 de l’AfD de Thuringe, un parti créé en tant que formation politique eurosceptique et libérale de droite adepte de l’économie sociale de marché. En août 2013, Höcke devient porte-parole de l’AfD de Thuringe. Lors des élections de septembre 2014 pour le Parlement de Thuringe, il est tête de liste et entre au sein de cette assemblée. Il devient le chef de file des élus de l’AfD au sein du Parlement de Thuringe.

En mars 2015, Björn Höcke, le dirigeant de l’AfD de Saxe-Anhalt de cette époque André Poggenburg et 1 300 autres membres de l’AfD publient la « Déclaration d’Erfurt », le document de fondation de l’aile nationaliste du parti, dénommée « L’Aile (Der Flügel) ».

En 2015 et 2017, la direction fédérale de l’AfD tente d’expulser Björn Höcke du parti. La dirigeante de l’AfD Frauke Petry quitte cette formation politique fin septembre 2017.

Patrie et peuple

Issu d’une famille de réfugiés de Prusse orientale, Björn Höcke a entendu les histoires racontées à propos de l’ancienne patrie perdue par ses grands-parents. Il estime que définir le peuple est difficile, mais que cela ne signifie pas qu’il n’existe pas. Le peuple est, selon lui, une réalité empirique fondée sur l’origine, la langue, la culture et une histoire commune vécue ensemble, mais il n’est pas aussi étroit qu’un clan ou une tribu locale, ni non plus une abstraction éloignée comme l’humanité. Il est un ordre de grandeur situé entre l’individu isolé et cette dernière. Höcke rejette l’étiquette « völkisch » que la presse du système tente de lui coller : il n’est pas partisan du réductionnisme biologique et considère, comme Arnold Gehlen, les gens avant tout comme des êtres culturels, mais la progéniture vient des parents et il précise que les personnes de même origine ethnique tendent à vivre ensemble et que cette « endogamie relative » dont parle la science est de 70 % chez les cosmopolites allemands et plus élevées chez les Turcs vivant en Allemagne, tout en ajoutant que l’entre-soi est également fort important dans les autres régions du monde. Höcke rejette la vision de l’« idéal d’un peuple pur », qu’il considère être un non-sens historique – lors de l’ethnogenèse des Allemands entre 800 et 1 200 après J-C, à côté de la substance de base germanique, ont figuré des éléments importants celtes, romains et slaves – tout en mettant en avant le fait que ceux qui désirent le mélange généralisé nient la réalité puisque les humains tendent à l’« endogamie relative ».

Il estime que le peuple est une unité dynamique. Celui-ci évolue au fil du temps. Des individus le rejoignent et d’autres le quittent. Le peuple allemand a connu une séparation avec les Néerlandais alors que des Polonais et des protestants français se sont fondus en son sein.

Höcke distingue l’immigration faible en nombre d’autrefois et l’arrivée massive, au cours des dernières années, de personnes issues d’autres continents. Le fossé qui sépare ces nombreux arrivants et les autochtones est, selon lui, trop grand.

Il estime que le peuple allemand n’a pas d’unité phénotypique, mais connaît une très large variété de phénotypes.

Lionel Baland

D’abord mis en ligne sur EuroLibertés, le 3 avril 2020.