La caméléon à la rescousse par LE RÉSEAU CITOYEN DU CERCLE NORMAND DE L’OPINION

Alors que le Prof Salomon-Tournesol finissait par lasser en débitant, chaque soir, sur le petit écran, d’une voix monocorde, ses vérités contradictoires, mais toujours anxiogènes et que Dame Sibeth nous tenait ses propos lénifiants et ses truismes insignifiants, ces deux commentateurs de la crise virale accentuent maintenant l’infantilisation de l’opinion par la projection de cartes multicolores et changeantes des départements jugés aptes à sortir plus ou moins vite d’un confinement, nécessaire sans doute, grossier cependant dans son application.

Le ministre de la Santé, Olivier Véran, en rajoute une couche aujourd’hui en tançant les citoyens confinés qui, s’ils ne sont pas sages, seront responsables du report de la date de déconfinement, tout en rappelant, qu’à tout moment, des mesures de rigueur pourraient être prises à nouveau…

Tout cela pour masquer – et, là, il s’agit de vrais masques – la totale responsabilité d’un État, de ses gouvernements successifs et d’une haute administration sanitaire qui, le moins qu’on puisse dire, n’ont pas vu venir la pandémie – chose admissible –, mais, surtout, ont désarmé le pays par leur impéritie, leur manque d’anticipation et de précaution.

Au lieu du profil bas qui conviendrait en la circonstance, on devient péremptoire, dirigiste jusqu’à l’absurde, et on tente, en haut-lieu, à refiler la responsabilité de la gestion du déconfinement aux collectivités locales en lesquelles, d’ailleurs, on ne fait pas confiance.

Coronavirus

Il y a, en effet, un double paradoxe : pour confiner, on a tout globalisé nationalement, avec les mêmes règles partout, sans nuances, avec et y compris l’obligation de l’humiliante « attestation de déplacement dérogatoire », qui rappelle l’Ausweis d’une certaine période, et le recours à la répression par l’amende pour les négligents. Est-ce ainsi que l’on éduque un peuple à la notion de responsabilité individuelle ? La crise est suffisamment grave pour que les citoyens prennent conscience de l’utilité des « gestes-barrières » et, même, des mesures intelligentes de confinement. Pour déconfiner, on fait appel aux maires. Bien. En ne leur donnant pas les moyens de rouvrir les établissements scolaires. 12 à 15 millions de personnes à déconfiner « partiellement et progressivement ». À l’initiative des élus, mais subtilité jacobine, avec la validation a priori des préfets : une façon comme une autre de décentraliser les responsabilités tout en gardant un contrôle tatillon d’une administration faussement déconcentrée.

En Normandie, il est urgent de déconfiner les commerces, les marchés, les filières industrielle et touristique. Il faut libérer les plages, la filière hippique, rouvrir les cimetières et permettre l’exercice des cultes, etc., le tout en prenant les précautions d’usage et en faisant appel au bon sens de chacun.

Sur la carte, définie selon les critères de l’ARS, la Normandie est devenue entièrement verte, depuis que le Calvados a été repêché de la couleur intermédiaire. Tant mieux. Mais que nous réservent les semaines à venir : les élus devront-ils faire pression pour que leurs départements restent verts ? L’ARS – Normandie est-elle plus perspicace que ses consœurs des autres Régions ? Aurons-nous assez de lits disponibles suffisamment de masques et de tests, serons-nous fournis en gel hydroalcoolique ?

La Région, les autres collectivités locales, la mobilisation des entreprises textiles, le système D et le volontarisme des particuliers permettent d’espérer. Que l’État fixe le cadre général et qu’il nous laisse les coudées franches. Le caméléon des cartes de couleurs est une sordide plaisanterie…

Le Réseau citoyen du cercle normand de l’opinion

D’abord mis en ligne sur TVNC, le 4 mai 2020.