Histoire de la décentralisation en France par Maximilien MALIROIS

Cet ouvrage rassemble les contributions du colloque du Centre organisé à Caen les 28 et 29 novembre 2002 portant sur un sujet d’actualité : la décentralisation. Bien que certains intervenants soient de sensibilité national-souverainiste et s’inquiètent des effets d’une décentralisation qui, liée à la construction européenne, mettraient en péril le cadre national, les textes abordent maints aspects du sujet.

On y lit ainsi une remise en question de l’interprétation tocquevillienne faisant de l’Ancien Régime le précurseur des Républiques dans la centralisation administrative. La réalité est plus compliquée, dépendante des distances, des moments, des personnes. Une autre interprétation erronée est démontée. Les Girondins ne sont que des centralisateurs modérés. Leur projet politique ne propose pas une véritable décentralisation. Celle-ci est défendue au XIXe siècle par les libéraux qui la considèrent, avec le fédéralisme, comme les seuls gages de garantir à la fois les libertés et le patriotisme, et par les différentes sensibilités catholiques, principalement attachées à revitaliser les corps intermédiaires et à résoudre la question ouvrière. Sujets d’étude captivants, Proudhon et Maurras sont deux grands penseurs fédéralistes, même si leurs analyses aboutissent à des modèles sociaux contraires. Pour Maurras, le fédéralisme est un antidote à l’individualisme républicain alors que pour Proudhon, il couronne le mutualisme, c’est-à-dire il applique une solidarité entre les individus.

Outre d’intéressants éclairages sur le Félibrige provençal, l’autonomisme alsacien entre 1870 et 1940, et l’ancêtre du Mouvement normand : l’Association normande, cheville ouvrière d’un premier mouvement fédéraliste en France, on se penche aussi sur un exemple méconnu de déconcentration en Algérie entre 1896 et 1900 avec les Délégations financières. Toujours aussi percutant, François-Georges Dreyfus démontre que le régime de Vichy a essayé de conduire une certaine décentralisation. Cette politique est reprise et appliquée successivement par le gaullisme, puis par la gauche.

Pour sa part, Christophe de La Mardière explique qu’une décentralisation réelle bute en France sur la lancinante question du financement des collectivités locales. Au-delà des beaux discours, celles-ci ne cessent de dépendre du bon vouloir de l’État. Or leur autonomie financière suppose la possibilité de lever l’impôt ou de fixer le taux de perception des taxes. Enfin, Gilles Lebreton juge que le régionalisme européen, présumé anti-étatique (c’est-à-dire hostile à l’État-nation), va à l’encontre de la « décentralisation à la française ». Cette autre exception française se justifierait ce particularisme par « le principe révolutionnaire d’unité et d’indivisibilité de la République ». On ne peut que rester sceptique sur ce dernier point.

Maximilien Malirois

• Sous la direction de Christophe Boutin et Frédéric Rouvillois, Décentraliser en France. Idéologies, histoire et prospective, François-Xavier de Guibert, coll. « Combats pour la liberté de l’esprit », Paris,  2003, 308 p., 20 €.

• Paru dans L’Esprit européen, n° 12, été 2004.