Finisterre par André WAROCH

Finisterre. Peut-être ce mot ne trouve-t-il son sens le plus profond qu’une fois arrivé aux extrêmes de la Californie.

Il y a le bleu du ciel. Il y a le vent qui souffle. Il y a le bruit des vagues qui s’écrasent en rouleaux sur le sable blanc. Il y a l’immensité de l’océan Pacifique. Et quand on se retourne, on n’a derrière soi que le désert de Mojave.

L’Européen a toujours voulu découvrir ce qu’il y a après l’horizon, ce qu’il y a au-delà des murailles que la nature a édifié pour lui barrer la route qui menait à ses mystères. Il a défriché ses forêts, aplani ses montagnes, expulsé de ses temples les dieux de la pluie et de la foudre. Ainsi a-t-il forcé l’hymen de la Terre-Mère. Ainsi a-t-il défié et terrassé l’océan Atlantique.

Après avoir foulé le sol d’un continent qui jusque là n’était parcouru que par une autre race d’hommes, éparse, à demi-nue, dont les membres naissaient et mourraient sans laisser plus de traces que des chiens de prairie, après y avoir bâti ses villes d’acier, il s’aventura au-delà de la côte Est, puis encore plus loin. Et finalement, il arriva ici. Ici s’arrête l’histoire. Ici se termine le Nouveau Monde. Ici se termine la quête de l’homme blanc.

Ses yeux bleus délavés alors se confondent et se brouillent, noyés dans le bleu océanique.

C’est peut-être à cet instant, cet instant où l’Occident s’achève, que l’histoire du monde se termine.

André Waroch