Exiger d’abord la « discrimination positive » dans les campagnes électorales par Georges FELTIN-TRACOL

Depuis le 25 mai dernier a commencé la campagne officielle des élections au Parlement européen du 7 juin prochain. Les commentateurs politiques sont encore une fois unanimes : cette campagne électorale fluctue entre l’atonie et l’apathie. Les millions d’électeurs concernés paraissent surtout blasés, indifférents ou démotivés. Quant aux partis installés, ils relèguent au second plan les enjeux continentaux, pourtant essentiels à l’avenir de nos peuples, pour de basses considérations hexagonales strictement politiciennes. Déjà en effet se lèvent à l’horizon les régionales de l’an prochain et l’échéance présidentielle de 2012…

Ce dédain civique envers les questions européennes résulte de l’action néfaste des grandes formations politiques françaises. L’U.M.P., le P.S., le Modem, les Verts se focalisent exprès sur des polémiques accessoires afin de maintenir, sciemment, auprès de l’opinion une opacité, un éloignement, une distance du dessein européen. Si se dissipait cet épais brouillard, les électeurs s’apercevraient vite de la collusion profonde des partis du Système dans le processus globalitaire d’expansion illimitée du Marché et d’arasement continu des identités. Ils découvriraient une opposition factice qui les inciterait à choisir des candidats, réels (un humoriste soi-disant scandaleux) ou auto-proclamés (un certain facteur œuvrant dans l’Ouest parisien), hostiles au Système.

Les actuels partis dominants – l’« U.M.P.S. verte – orange » – s’entendent donc sur la neutralisation effective de la campagne électorale. Il s’agit en réalité d’accroître la béance entre les oligarchies transnationales et les peuples. En effet, plus l’abstention sera élevée, plus les hérauts officieux de la « bourreaucratie » européenne prendront prétexte de ce désintérêt massif pour justifier, poursuivre et accentuer l’adoption des traités euro-mondialistes par les Parlements dits nationaux.

Cette aboulie politique incombe aussi aux médias qui traitent toujours avec médiocrité et simplisme de l’Europe (à l’exception politiquement très correcte d’Arte, bien sûr). Presque contraintes et forcées, radios et télés couvrent la présente campagne d’une manière mièvre et inintéressante. Où sont donc les émissions spéciales à 20 h 30, les Grands Jurys, les face-à-face musclés entre Rachida Dati et Jean-Luc Mélanchon, Daniel Cohn-Bendit et Philippe de Villiers ou Vincent Peillon et Carl Lang ?

Les médias portent donc une lourde responsabilité dans l’insipidité de la campagne. Pis encore, ils favorisent ouvertement les grandes forces partisanes et négligent ce qu’ils appellent avec une once de commisération les « petites listes ». Qu’on se souvienne des récriminations des journalistes politiques au lendemain de la présidentielle de 2007. Ils déploraient publiquement que la loi attribue un temps d’antenne identique pour tous les candidats à l’Élysée, faisant de Gérard Schivardi l’égal de Nicolas Sarkozy. Certes, les radios périphériques contournaient habilement cette obligation en diffusant en pleine nuit, entre 3 et 4 h. par exemple, les propos d’Arlette Laguiller, de Frédéric Nihous ou de José Bové…

Pour les européennes, une pareille égalité de traitement n’existe pas. On l’a remplacée par l’équité. « Que vous soyez puissants ou misérables… », vous passerez ou non à la télévision ! Les rédactions s’appuient sur les sondages quotidiens pour inviter sur leurs plateaux telle ou telle personnalité en délaissant les listes les moins connues. En outre s’appliquent à la télévision des règles iniques. Bénéficient seules d’un temps d’antenne sur France Télévision les listes candidates à Bruxelles – Strasbourg qui concourent dans au moins cinq euro-circonscriptions sur huit parrainées ou si elles ont le parrainage de  groupes parlementaires nationaux. Ainsi, le Modem est soutenu par le groupe centriste au Sénat. Plus incroyable encore, les radicaux de gauche – ce « chancre mou » (pour reprendre la savoureuse, et juste, expression de Gabriel Matzneff) nuisible aux intérêts de la France – qui ne présentent aucune liste aux européennes participent à la campagne officielle pour ne rien dire. En revanche, ni les Verts – qui ont des députés et des sénateurs -, ni le Front national – qui a des élus européens depuis un quart de siècle – ne disposent de cette facilité. Et que dire de la mise à l’écart médiatique totale du Parti de la France, de la liste anti-sioniste de « Diabledonné », d’Europe – Démocratie – Espéranto ou du Parti de la Décroissance ? On est là en pleine démocratie biaisée, parodique et atrophiée.

L’air du temps dans nos contrées de moins en moins plaisantes serait à la « discrimination positive ». Sous les injonctions répétées d’une propagande permanente, l’école, l’entreprise, la télévision, la société civile devraient accepter la sacro-sainte diversité et laisser une large place aux minorités visibles. Puisque les partis officiels défendent peu ou prou cette mesure inique envisagée comme la panacée sociétale miraculeuse, pourquoi ne montreraient-ils pas l’exemple en acceptant un traitement préférentiel dans les campagnes électorales ?

Ne serait-il pas légitime – et justifié – qu’un mouvement récent ou sans grand moyen financier soit plus favorisé dans les médias que le parti au pouvoir ou son opposition ? Dans ces conditions, les « petites listes » ou les « petits partis » obtiendraient une présence radio-télévisée inversement proportionnelle à leurs résultats électoraux ou sondagiers. On peut même envisager qu’en période électorale, l’U.M.P. ou les socialistes soient quasiment exclus des chaînes de radio et de télévision en raison de leur notoriété et de leurs interventions incessantes tout au long de l’année. Il serait même possible que la majorité présidentielle ou l’opposition de gauche, réduites à une exposition médiatique minimale, aient l’obligation de financer Lutte ouvrière, Debout la République ou l’Alliance écologiste indépendante. Il ne fait guère de doute que la simple application de ces quelques propositions relancerait le débat public et stimulerait l’imagination des « gros partis » bousculés dans leur train-train fructueux par cette concurrence vive et novatrice. Voilà pourquoi, pour la circonstance, un tel traitement serait approprié et plus que jamais nécessaire.

Georges Feltin-Tracol