Dominique Venner par Georges FELTIN-TRACOL

Bonsoir,

Pour commencer cette série sur les grandes figures identitaires européennes, on ne peut qu’évoquer une personnalité fréquemment invitée à Radio Courtoisie au point que son portrait se trouve dans le studio aux côtés de Jean Ferré, de Serge de Beketch, de l’abbé Wartel et de Jean Dutourd : il s’agit de Dominique Venner.

Tout au long de sa vie, le fondateur d’Enquête sur l’histoire et de La Nouvelle Revue d’Histoire s’est affirmé européen. De son opuscule anonyme de 1962, Pour une critique positive, à ses essais, Histoire et tradition des Européens (2002) et Un samouraï d’Occident (2013) sans oublier la préface qu’il accorda au livre de Gérard Dussouy Contre l’Europe de Bruxelles. Fonder un État européen en 2013, ainsi que sa remarquable autobiographie Le cœur rebelle (1994), Dominique Venner insiste régulièrement sur l’impératif européen.

C’est dans les djebels algériens que Dominique Venner comprend l’exception européenne. Il remarque assez vite que les Pieds-Noirs ainsi appelés en Métropole préfèrent se qualifier d’« Européens d’Algérie ». À l’encontre des thèses assimilationnistes et métisseuses d’un Jacques Soustelle, la défense de l’Algérie française selon Venner repose sur l’absence d’équivalence sociologique entre les Européens, les Kabyles, les Arabes et les nomades du Sahara. Plutôt que partie intégrante d’une France multicontinentale une et indivisible, il concevait à la fois le territoire de l’Algérie comme le bastion avancé de la civilisation européenne, une occasion inouïe de redynamiser la société française en attirant au-delà de la Méditerranée une jeunesse prête à succomber aux charmes vénéneux de l’américanisme et une réactualisation du concept grand-continental d’« Eurafrique » imaginé pendant l’Entre-deux-guerres.

Les temps de l’activisme, puis de la détention, ne lui font pas perdre la mystique en une Europe organique forte dégagée du double carcan soviétique et étatsunien. Le 5 janvier 1963, aidé par les militants de la FEN (Fédération des étudiants nationalistes), il lance une revue au titre explicite : Europe Action. Pendant quatre ans, cette revue défend les peuples d’Europe ainsi que la présence blanche sur tous les continents, faisant de cette revue l’une des matrices méconnues de l’actuel nationalisme blanc anglo-saxon.

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Après Europe Action, Dominique Venner s’associe dès l’automne 1968 à l’académicien non-conformiste des années 1930 Thierry Maulnier afin de diriger l’Institut d’études occidentales. Pour Venner, l’Occident ne correspond pas à l’entité globalitaire régie par l’Oligarchie financière, mais à l’assise géographique et spirituelle des descendants des Boréens enracinés en Europe, en Afrique australe, en Amérique du Nord et en Océanie. Cependant, à partir de 1971, il se détourne de l’action métapolitique et se consacre pleinement aux études historiques. Ainsi décline-t-il à la fin de l’été 1972 la proposition des responsables d’Ordre nouveau de devenir le président du jeune Front national. S’il avait accepté, le Front national aurait sûrement pris une autre tournure, avec une orientation plus radicale, plus européenne, plus identitaire.

Sur l’identité précisément, Dominique Venner demeure un visionnaire incontestable. Le 1er février 1999, dans une tribune libre parue dans Le Figaro, puis dans un entretien donné à Rivarol, le 19 février suivant, il distingue avec netteté l’identité de la souveraineté et prend exemple sur la longue résistance des Canadiens-Français au Québec. À quoi bon d’être souverain si le peuple originel disparaît et se voit remplacé par des populations différentes venues d’ailleurs ?

Outre l’aspect déterminant de préserver la substance ethnique du « peuple-noyau », Dominique Venner envisage avec sérénité une souveraineté continentale européenne, garante et protectrice des nombreuses identités populaires autochtones, nationales et vernaculaires. « L’État, écrit-il dans Le Figaro, a sa logique, qui n’est pas celle de la nation vivante. Celle-ci n’a rien à craindre des abandons de souveraineté, pour cette bonne raison que la souveraineté ne se confond pas avec l’identité. »

Par son sacrifice devant le maître-autel de la cathédrale gothique de Notre-Dame de Paris, le 21 mai 2013, Dominique Venner voulait que son geste enclenchât un réveil européen. Guère compris par le plus grand nombre, seule une avant-garde a entamé un travail long, fastidieux, mais néanmoins indispensable de reconquête psychologique, de renaissance culturelle et de résistance politique.

En Européen de langue française, Dominique Venner a très tôt compris l’importance de l’enjeu européen. Ce précurseur demeure plus que jamais une boussole pour les combattants identitaires européens d’aujourd’hui et de demain.

Au revoir et dans quatre semaines !

Georges Feltin-Tracol

« Les grandes figures identitaires européennes », n° 1, chronique lue le 3 janvier 2017 à Radio-Courtoisie au « Libre-Journal de la Nuit des Européens » de Thomas Ferrier.