De la nécessité des médiations sociales par Arnaud FERRAND-LÉGER

Dans cette brochure, André Gandillon résume l’ouvrage de Michel Creuzet, paru en 1964 et aujourd’hui épuisé, Les Corps intermédiaires. Prenant acte que nous vivons « dans des sociétés atomisés où n’existe plus qu’une multitude d’individus isolés face au seul État et à ses démembrements administratifs », l’auteur considère que cette atomisation a stimulé le jacobinisme, producteur d’anomie sociale, son aboutissement étant le totalitarisme puisqu’il « résulte de la seule lecture quantitative du réel, procède du triomphe de cette conception réductrice de la raison qu’est sa limitation à la seule raison géométrique, rapetisse l’être humain, personne à l’identité unique, en en faisant une unité arithmétique potentiellement interchangeable avec ses semblables » : l’individualisme.

Pour A. Gandillon, le remède consiste dans le retour aux corps intermédiaires. « Ce sont des groupes sociaux, des groupements humains, situés entre l’individu ou la famille, cellule de base, et l’État. Ils sont constitués, soit naturellement, soit par accord délibéré en vue d’atteindre une fin commune aux personnes qui les composent. » Voilà pourquoi ils s’inscrivent dans des territoires, des professions, des cultures, des domaines religieux, récréatifs et sportifs. Complémentaire, leur assemblage engendre au final une société organique. « L’ordre social est un véritable buisson de corps intermédiaires. Le citoyen d’une commune appartient en même temps aux autres corps locaux tout en étant membre d’un corps socio-économique. Cet enchevêtrement ne fait que refléter la complexité de la vie. » La coopération des différents corps sociaux repose sur le principe de subsidiarité.

Dans cette étude, l’auteur dénonce au passage les corps intermédiaires factices développés par le corporatisme des années 1930 et 1940. Ce corporatisme autoritaire n’est qu’un corporatisme de façade et l’alibi d’un étatisme oligopolistique. Toutefois, on se surprend d’y trouver l’U.R.S.S. parmi les États incriminés alors qu’elle n’a jamais privilégié ce genre d’organisation sociale… L’auteur évoque enfin la décentralisation. « Décentraliser ne consiste pas pour l’État à rétrocéder des autonomies dont il n’a pas le pouvoir de disposer. » Il est regrettable que le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin n’est pas pris la peine de lire cet opuscule si pertinent.

Arnaud Ferrand-Léger

André Gandillon, Une société de corps intermédiaires, Sauvegarde et promotion des métiers, 1998, 20 p., 2 €. ( Commander à l’Alliance sociale : 11, rue du Bel-Air, F – 94230 Cachan, Île-de-France).