Courte histoire d’un écologisme politique par Georges FELTIN-TRACOL

Connues pour leur sens de l’esthétique et leurs belles couvertures, les Éditions Akribeia ont publié Piété pour le cosmos, un ouvrage qui affirme que l’écologie n’est pas de gauche parce qu’elle sort de la « Droite essentielle». Ce livre se compose de deux textes très différents. Le premier est le plus substantiel. Le second n’apporte pas grand-chose pour celui qui connaît déjà l’histoire de la pensée écologique européenne.

En pleine célébration excessive et exagérée de Mai 68 – ce non-événement historique – qui vit la question écologique surgit sur la scène médiatique grâce aux premiers pétards fumés et aux hippies qui s’installaient dans une bergerie sur le plateau du Larzac, il est bon de rappeler que l’écologie a un ADN plus que droitiste. C’est ce qu’affirme et démontre dans le premier texte l’Italien Giovanni Monastra de sensibilité traditionaliste radical. Sa réflexion remarquable, « Les racines révolutionnaires-conservatrices de la pensée écologique », démonte la « subversion de la nature (p. 14) ». Oui, « l’écologie n’est pas l’apanage de la gauche (p. 17) ». Les premiers « écologistes » « apparaissent comme porteurs d’une culture de la qualité et de la forme (p. 18) ». Ils s’élèvent par conséquent contre le progressisme, l’industrialisme, le matérialisme, etc. Les frères Jünger (Ernst et Friedrich-Georg), le Suédois Knut Hamsun, l’Allemand Ludwig Klages, l’Autrichien Konrad Lorenz, le Français Alexis Carrel… dénoncent la volonté de puissance de l’Occident moderne. Dans cette perspective, l’auteur confond volontiers dans la même négativité la démarche prométhéenne et l’esprit faustien. Le destin de l’Européen survivant n’est-il pas cependant dans un surhumanisme faustien, seul apte à défier les délires transhumanistes de Palo Alto en Californie ?

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En traduisant ce bel article, le dénommé Philippe Baillet s’est cru permis d’ajouter sa propre contribution intitulée « Conservation, conservatisme, national-socialisme, écologie : des liens très étroits » (ouf ! Il aurait pu faire encore plus long). Cet auteur rappelle par une insidieuse paraphrase que l’écologiste véritable veut « conserver ce qui nous est donné, à savoir notre Mère la Terre (p. 75) ». Plusieurs numéros de Terre & Peuple Magazine ont déjà abordé ce sujet. Pensons au n° 6 (hiver 2000) sur la chasse, au n° 19 (printemps 2004) « Le monde enchanté de la forêt », au n° 36 (été 2008) « La Terre, elle, ne ment pas » ou au n° 41 (automne 2009) « Notre écologie », etc.

Baillet souligne que « l’écologisme allemand d’inspiration révolutionnaire-conservatrice, ou, plus spécifiquement encore, d’inspiration völkisch, présente […] la particularité […] d’associer étroitement, au point que l’on peut parler ici d’une espèce de triade inébranlable et récurrente, trois aspects : la défense du pays natal (Heimatschutz), la défense de l’environnement (Umweltschutz) et la défense des espèces animales (Tierschutz) (pp. 74 – 75) ». Cette triade originelle doit désormais s’ouvrir à un quatrième aspect : la défense de l’ethnodiversité du monde. Ce n’est pas que l’Européen qu’il importe de sauvegarder dans son écosystème bien profané, mais l’ensemble des peuples surtout quand ceux-ci préfèrent rester chez eux pour combattre les affres de la mondialisation libérale capitaliste. Le traducteur monomaniaque n’aborde pas ce thème majeur.

S’il était conséquent, il aurait pu insister sur l’influence déterminante de la Pachamama (Terre-Mère) auprès des mouvements indigénistes et sociaux-territoriaux souvent bien plus identitaires, holistes et païens – syncrétistes que révolutionnaires socialistes présents dans les États andins. Ignorant cette réalité surprenante depuis l’Europe, il se focalise sur le IIIe Reich, ce régime plus qu’ambigu par ses orientations idéologiques. Par ailleurs guère au courant de l’histoire de l’écologie politique, Baillet n’évoque pas l’écologiste conservateur suisse Robert Heinard ou l’écosceptique régionaliste français Bernard Charbonneau.

L’amateurisme est toujours un fléau, surtout quand il s’agrémente d’une préciosité ridicule. Piété pour le cosmos dans sa variante Monastra seule n’en constitue pas moins une belle introduction à une riche pensée qui est plus que jamais la nôtre. Inutile par conséquent de gaspiller 15 € pour l’acquérir. Avec les moyens modernes d’enregistrement, on peut photographier les bonnes pages et délaisser le reste très accessoire.

Georges Feltin-Tracol

Giovanni Monastra – Philippe Baillet, Piété pour le cosmos. Les précurseurs antimodernes de l’écologie profonde, Éditions Akribeia, 2017, 170 p.