Compte-rendu de la première réunion « Paneuropa » (2e partie) par Olena SEMENYAKA

Discours inaugural, interventions des participants venus d’Europe occidentale et de Russie

La première conférence « Paneuropa » qui s’est déroulée à Kyiv le 28 avril 2017 sous les auspices du mouvement européen Reconquista, a accueilli des représentants de CasaPoundItalie qui entretient la flamme de la solidarité pan-européenne depuis sa création, du GUD (Groupe Union Défense), de la Nouvelle Droite française « historique », de l’organisation scandinave Nordisk Ungdom, des tercéristes allemands, un représentant de la branche suisse de Reconquista, du Centre russe et de la Wotan Jugend (Russie), de la Generacija Obnove croate, des membres des organisations polonaises SZTURM et Niklot, de l’Union nationaliste lituanienne et de Sinine Aratus (branche jeune du Parti conservateur du peuple estonien), ainsi qu’un certain nombre d’invités ukrainiens, bélarussiens, russes, lituaniens, lettons, polonais et même chilien, rejoints plus tard par un ressortissant espagnol. La visite attendue d’une délégation grecque aura lieu ultérieurement.

Au nom des hôtes ukrainiens de la conférence, l’événement a été inauguré par un mot de bienvenue de Mykola Kravtchenko, responsable du secteur « Idéologie et propagande » du Corps National. Il est revenu un peu en arrière pour rappeler que le projet Reconquista est le résultat d’un processus lancé il y a deux ans. Aujourd’hui, comme il l’a justement fait remarquer, il existe comme un large mouvement décentralisé et organisé selon le principe du réseau, constitué des branches nationales respectives et d’un bureau de coordination à Kyiv.

Cependant, la tâche à venir sera de le hisser au niveau d’une organisation paneuropéenne unique composée de délégations nationales et de groupes chargés d’initiatives. Les transformations géopolitiques rapides à l’échelle planétaire et surtout les menaces urgentes qui requièrent une réaction conjointe signifient qu’il est nécessaire de s’auto-organiser et de créer des structures de soutien pour un système alternatif de sécurité et d’intégration européenne.

Pour chasser les doutes des esprits de ceux qui restent rétifs à toute forme d’unité supranationale en tant qu’idéal, Mykola Kravtchenko a fait référence aux rivalités historiques du passé liées à la mise en concurrence des intérêts nationaux. « Aujourd’hui, a-t-il poursuivi, nous nous rencontrons en tant que représentants des mêmes nations, en tant que nationalistes souhaitant le meilleur pour leurs peuples. Mais, en tant qu’Européens, nos intérêts nationaux sont à présent les mêmes et coïncident au même titre que nos problèmes. Aussi, l’unité pan-européenne est avant tout dictée par des considérations pragmatiques et “ patriotiques ” compréhensibles par les nationalistes les plus passionnés. À moins d’unir nos efforts dès maintenant, la culture européenne et les peuples qui la portent ne pourraient jamais se remettre de la destruction délibérée en cours de la véritable identité européenne par des agents et des idéologies hostiles. »

Plus tard, Mykola Kravtchenko a laissé la place à Olena Semenyaka, secrétaire internationale du Corps national et coordinatrice du projet Reconquista pour la partie ukrainienne (la dimension des relations internationales qui renvoie à une « diplomatie et une géopolitique alternatives »).

Avant de révéler la vision des principes théoriques de l’unité pan-européenne selon le regard de la branche ukrainienne de Reconquista et des auteurs concernés, elle a prononcé quelques mots d’introduction avant d’inviter chaque participant à prendre la parole, en commençant par ceux venus d’Europe occidentale.

Europe occidentale

Sébastien Magnificat, bien connu en Europe en tant que responsable en charge des activités internationales de CasaPound Italie a été le premier conférencier d’Europe occidentale à s’exprimer. CasaPound Italie (CPI), qui représente « le fascisme du XXIe siècle au-delà de la gauche et de la droite », possède une longue histoire dans la mise en place d’« eurosynergies » par un travail social bien compris et des activités métapolitiques sur Internet, qui contribuent à attirer des visiteurs étrangers venus du monde entier à CPI. Plusieurs d’entre eux ont abouti ici et depuis lors, opérer sous la bannière de CasaPound est naturellement perçu comme une contribution à la cause européenne en général et à chaque nation d’Europe en particulier.

Ce mouvement nommé d’après Ezra Pound, poète américain renommé et sympathisant du potentiel révolutionnaire du fascisme italien, actif avant tout, dans le domaine de la culture et de l’économie, a toujours illuminé l’idée de la solidarité pan-européenne, en prenant soin de ne jamais homogénéiser, mais seulement mettre en valeur chaque caractère national et particulier impliqué. Après avoir relaté l’histoire de CasaPound Italie établie le 26 décembre 2003 avec l’occupation d’un immeuble vacant rue Napoléon-III à Rome, pour contribuer à résoudre les problèmes de logement des familles italiennes, Sébastien Magnificat a fait le point sur ses activités et ses principes de base : « Culture, solidarité, sports et (évidemment) politique ». Si l’activisme social et culturel exemplaire mené par CPI, orienté en particulier vers la jeunesse, a gagné une notoriété qui va bien au-delà de l’Italie, tout le monde ne sait pas que leur conception de la politique reste unique. Pour CasaPound, la politique ordinaire, réduite à une lutte médiocrement menée pour des sièges au Parlement et plombée par le fardeau de la bureaucratie, est en phase terminale. Obsédés par la manie « d’être accepté », les politiciens modernes se détachent des véritables buts de la politique : garantir le bien commun et changer le monde. Cela ne signifie pas que CPI n’a aucune ambitions parlementaires ou souhaite rester dans l’underground.

En tant que mouvement qui compte plus de 6 000 membres et a obtenu 6,6 % des voix aux élections de Bolzano/Bozen/Bolzane l’année dernière, CasaPound n’est pas sur le point de se retrancher de la politique. Comme l’a souligné Sébastien Magnificat, redéfinir la politique (au niveau du langage, du symbolisme et de l’esthétique) est au contraire ce qui doit être entrepris. Ainsi, les aspirations révolutionnaires consistent-elles à surmonter les déceptions communes concernant la politique et s’en évader en ouvrant une ère nouvelle dans la lutte sociopolitique.

CasaPound Italie est une organisation pionnière dans son soutien apporté à la lutte des nationalistes ukrainiens pris en étau entre le néo-soviétisme de Poutine et le marxisme culturel d’Occident, en observant de près les développements du Maïdan et en jouant à bien des égards le rôle d’élément déclencheur pour la naissance du jeune mouvement pan-européen Reconquista à Kyiv. D’ailleurs, la Maison cosaque ukrainienne (Kozatskiy Dim) n’est-elle pas désignée d’après la maison de Pound italienne, le cœur de CPI

L’attention du public s’est ensuite redirigée du Sud vers le Nord de l’Europe, vers la Scandinavie représentée à la conférence par les Suédois de Nordisk Ungdom (Jeunesse nordique) ainsi que par Sonic, un volontaire suédois du régiment Azov. Nordisk Ungdom (NU) est une autre organisation qui fut l’une des premières à rédiger un communiqué de soutien « à une Ukraine libre » parmi ses homologues européennes et à envoyer une délégation sur le Maïdan révolutionnaire et qui possède une histoire assez riche de coopération avec les nationalistes ukrainiens. Pas seulement d’ailleurs : NU participe par exemple régulièrement aux festivités organisées par les nationalistes polonais et accueille favorablement le processus de réconciliation entreprise entre nationalistes polonais et ukrainiens.

Par-dessus tout, ils se définissent comme une organisation identitaire scandinave et pensent que la Scandinavie tirera des bénéfices uniquement d’un dépassement des divisions nationales modernes au plus haut niveau organique. Il n’est donc pas surprenant de constater que NU se positionne en faveur de la création d’un bloc scandinave et considère comme « naturels » ses liens avec les pays de l’Intermarium (territoires compris entre les mers Adriatique, Baltique et Noire). De plus, ses membres sont sans équivoques au sujet des lacunes relatives à la mégalomanie et aux rivalités des « vieux nationalistes » au moment où nous assistons à l’effondrement de la civilisation européenne dans son ensemble.

Fredrik Hagberg, chargé des relations internationales au sein de l’organisation et son collègue Christian Mattsson ne sont pas des nouveaux venus en Ukraine. La première allocution à la nation ukrainienne de la part de Fredrik Hagberg se produisit de la manière la plus directe et publique, sous la forme d’un discours prononcé devant les révolutionnaires ukrainiens dans le bâtiment capturé de l’administration municipale de la ville de Kyiv durant les événements dramatiques de 2013 – 14. Le point principal développé par son message, facile à deviner consistait en une description détaillée et choquante pour une mentalité européenne orientale des législations et pratiques imposées par l’agenda ultralibéral au sein de la société suédoise et un appel aux Ukrainiens de refuser de choisir entre l’Union européenne et la Russie, à propos desquelles il n’est pas question de « moindre mal », et encore moins de « paradis » qui n’existe en aucun cas.

La réaction des mondialistes occidentaux ne s’est pas fait attendre : Fredrik Hagberg a été exclu de l’armée suédoise à son retour chez lui après un « voyage politique » en Ukraine. Par chance, le cap en direction d’une union pan-européenne alternative défini à Kyiv après la révolution et la guerre avec les forces soutenues par Poutine montre que les graines semées par les amis européens de l’Ukraine donneront une récolte fructueuse pour toute l’Europe et ses patriotes dévoués comme Hagberg.

Cette fois, Fredrik Hagberg n’a pas eu à ouvrir les yeux de quiconque sur ce qui se passe en Suède et dans le monde en général. La mondialisation agressive mise en œuvre par le gouvernement porte aussi ses fruits. À la veille de la conférence, un demandeur d’asile (connu des services de renseignements suédois) a précipité un camion volé sur la foule déambulant dans les rues bondées du centre de Stockholm. Il a, en plus, commenté les propos scandaleux du président turc Recep Tayyip Erdogan qui a averti les Européens qu’ils ne pourraient plus se promener en toute sécurité dans les rues si l’Union européenne continue à ergoter et à repousser la Turquie.

Pire encore, comme l’a justement fait remarquer Hagberg, la situation en Suède ressemble aux conditions sous lesquelles se sont tenues les dernières élections présidentielles en France : les populations allogènes des pays européens peuvent facilement mettre en minorité le vote de la population de souche autochtone malgré les décisions de cette dernière. C’est une des raisons pour lesquelles NU ne participe pas au jeu parlementaire et ne compte pas plus sur lui pour changer véritablement l’état d’esprit actuel de la société suédoise. Défiant le blocus informationnel mis en place par les médiats du système, aussi constant que les actions de NU sont brillantes et créatives, ils continuent à attirer l’attention du public sur les issues criminelles des politiques menées par l’Union européenne et le gouvernement suédois qui approuvent « le choc des cultures » en Europe.

Les deux conférenciers suivants sont venus de France, le pays qui a renoncé à son héritage à la suite de la révolution anti-féodale de 1789, qui a inspiré les bouleversements les plus sanglants du XXe siècle, et a simultanément donné naissance à la première synthèse de la tradition politique européenne avec l’esprit de la modernité, l’Action Française, dans la mesure où celle-ci ne peut pas être considérée comme contre-révolutionnaire (ce qui n’est pas synonyme de restauration).

La Nouvelle Droite française « historique » [c’est-à-dire non réductible à la figure d’Alain de Benoist et à son positionnement actuel, à maints égards en rupture avec la Weltanschauung qui a constitué le socle axiologique du GRECE de la fin des années 1970 à la première moitié des années 1980 – NDT] liée à nous par la figure de Dominique Venner, à la fois intellectuel encyclopédique et homme d’action, montre encore le chemin à travers ses trop rares représentants qui n’ont pas renoncé à transmettre l’héritage de la classique troisième voie aux prochaines générations de tercéristes.

Le Groupe Union Défense (GUD), représenté à la première conférence « Paneuropa » à Kyiv par Steven Bissuel, le chef du GUD – Lyon, est proche des nationalistes révolutionnaires emblématiques du siècle dernier. Fondé au cours de la turbulente année 1968 comme une organisation étudiante radicale contre l’esprit de l’époque, elle a toujours combiné la métapolitique avec les initiatives sociales et l’action directe dans la rue. « La révolte contre la fatalité » léguée par Dominique Venner, bien longtemps avant sa mort, est devenue le principe cardinal de cette communauté de Français qui, selon les mots de Steven Bissuel, ne veulent pas renoncer à des siècles de vieille civilisation par la faute de la mondialisation. Depuis octobre 2016, le mouvement a établi sa forteresse, « Le Pavillon noir », à Lyon. Loin de toute intention de se calmer et de se contenter d’activités plus paisibles, le GUD a marqué le quatrième anniversaire du « suicide de puissance » de Dominique Venner du 21 mai 2013 par l’occupation d’un bâtiment vide au 18, rue du Port-du-Temple à Lyon, pour fournir des conditions de logement décentes aux Français dans le besoin.

Comme Steven Bissuel l’a expliqué dans plusieurs entretiens, beaucoup considéraient que cela était impossible en France, et le 13 juin dernier, après plusieurs tentatives avortées de pénétrer dans les lieux, la police a finalement expulsé brutalement les défenseurs barricadés. Cependant, suivant en cela l’exemple innovant de CasaPound Italie (Gianluca Iannone, président de CPI , s’est fendu d’une visite symbolique au Bastion social), aussi bien que celui du Hogar social espagnol, le GUD n’a pas seulement réussi à s’emparer d’un immeuble renommé Bastion social, mais également à lancer un mouvement social sous cette même dénomination visant à recenser et réquisitionner les bâtiments laissés à l’abandon dans toute la France, tout en facilitant les conditions d’acquisition de logements pour les étudiants et les familles de condition modeste. Aussi, après l’expulsion par la police, le GUD a annoncé se donner un petit délai afin de trouver une nouvelle alternative qui puisse offrir un logement gratuit convenable aux personnes nécessiteuses.

Des douzaines d’organisations dans le monde entier ont déjà exprimé leur soutien passionné au mouvement Bastion social. Selon le Bastion social, plus de 8,8 millions de Français vivent sous le seuil de pauvreté, soit une personne sur sept, entre 140 000 et 150 000 personnes sont sans domicile fixe. Il faut dire que l’État français possède actuellement un parc de 78 millions de mètres carrés, dont 11 millions sont officiellement vacants, en incluant un million correspondant à des logements. Le gouvernement dépense des millions d’euros pour répartir des « réfugiés » économiques allogènes qui continuent à arriver quotidiennement en France, puisque aucune restriction n’a été imposée après les horribles actes terroristes de Paris et de Nice. C’est pourquoi le GUD considère pleinement justifié de lancer un programme social à long terme, pour édifier, de ce fait, un « État dans l’État » et se préparer pour une guerre « civile » à venir tout à fait possible dans les pays européens noyés sous les flots de migrants.

Azov 2

Les principaux messages délivrés dans le discours de Steven Bissuel ont eu trait à l’étau qui se referme autour des Français, des oligarques qui vendent le pays au capital étranger et le remplacement de population aggravé par la déstabilisation du Moyen-Orient menée par les États-Unis. Mais l’attention aiguisée du public a été attirée par son commentaire sur l’élection présidentielle en France, le deuxième tour s’étant déroulé à la suite de la conférence de Kyiv, car les opinions concernant le Front national mené par Marine Le Pen sont très polarisées. Pas seulement en ce qui concerne les Ukrainiens qui sont bien conscients de l’alliance politique entre le Kremlin et ce parti, ainsi que du changement infâme de partenariat politique après la visite de Marine Le Pen en Crimée en 2013 et l’obtention d’un prêt de 9 millions d’euros de la part de la « Première Banque russe » en République tchèque en 2014. En 2005, le parti nationaliste ukrainien Svoboda avait été le premier à faire une déclaration publique de soutien au Front national qui condamnait les bandes violentes d’immigrés mettant le feu à des centaines de voitures dans les rues et la politique d’immigration sans limite dans son ensemble. Cette année-là, une rencontre avait eu lieu dans la ville ouest-ukrainienne de L’viv entre une délégation du Front national et Oleh Tiahnybok, le chef de Svoboda. En 2009, Jean-Marie Le Pen, qui avait souligné des attitudes politiques communes, avait signé un mémorandum de coopération entre Svoboda et le FN.

En 2011, après que Marine Le Pen ait pris la tête du mouvement, Oleh Tiahnybok avait pu la rencontrer au siège du parti dans la banlieue parisienne et avait étendu leur partenariat. L’année suivante, quand le Parlement européen avait adopté un amendement visant à dissuader les partis démocratiques de participer à une coalition avec le parti Svoboda qualifié de « raciste, xénophobe et anti-sémite ». Le FN avait renvoyé l’ascenseur à Svoboda et n’avait pas adopté ce texte.

Les nationalistes français et européens comprennent également que le « nationalisme civique » modéré du Front national pourra difficilement produire un quelconque changement en France qui, à certains égards, a déjà dépassé le point de non-retour. Cependant, Steven Bissuel a souligné que son organisation ne se faisait aucune illusion à propos du FN, mais considérait que la candidature de Marine Le Pen valait toujours mieux que celle d’Emmanuel Macron, mais, plus important, qu’elle croyait qu’en cas de victoire du FN, le climat politique français serait plus favorable aux forces nationalistes, y compris dans le cas d’une collaboration avec les nationalistes ukrainiens et une promotion graduelle de leur point de vue.

De tels plans sont de toute façon en œuvre. Après tout, le GUD a été une des premières organisations françaises, et surtout européennes à soutenir la lutte des nationalistes ukrainiens pour la troisième voie, pour leur pays et pour l’Europe.

Citons juste un extrait d’une déclaration du GUD relative à la guerre menée par l’Ukraine contre les séparatistes soutenus par Poutine en 2014 : « Dans ce contexte, il a semblé naturel au GUD de soutenir l’initiative du Praviy Sektor et l’armée ukrainienne qui combattent pour le droit de l’Ukraine à l’auto-détermination et contre l’ingérence des milices terroristes pro-russes. Le GUD est composé de jeunes activistes qui pourraient trouver de nombreux points d’accord avec le Bataillon Azov, aussi constitué de jeunes volontaires luttant avec des moyens improvisés et qui ne sont pas financés, comme le prétendent certains ragots, par la CIA, le Mossad et Soros. L’histoire a montré que les jeunes gens qui se battent pour leur terre et meurent pour elle, comme c’est la règle, sont rarement soutenus par les puissances mondiales. Il est étrange qu’en cherchant plus en avant au sujet des partisans des milices pro-russes, on finisse par rencontrer de bizarres relations avec les antifascistes de tous les pays… Cependant, nous aimerions dire que nous ne sommes pas dupes du jeu des grandes puissances mondiales. Nous sommes contre toute ingérence en Ukraine et n’importe où ailleurs des agents russes et occidentaux (OTAN, Union européenne), notre seul parti étant celui du peuple. À l’opposé de ceux qui veulent forcer les peuples à s’inscrire dans un système bilatéral rigide, la Russie ou l’Occident, nous portons notre troisième voie, au-delà de l’échiquier géopolitique du moment. »

De manière assez surprenante, Jean-Luc Mélanchon, le candidat de l’extrême gauche, a raflé plus de 19 % des votes au premier tour des présidentielles. En accord avec l’éclairage de Sébastien Magnificat sur les « politiciens » modernes, Steven Bissuel a fait remarquer que ce résultat ne montrait pas tant la force de la gauche que la désorientation complète d’une société et l’absurdité des partis « idéologiques » actuels complètement coupé de l’action sociale. « Vous ne pouvez pas être un révolutionnaire quand vous avez été un sénateur de la gauche traditionnelle pendant 30 ans. »

La disposition décisive qui façonne le courant national-révolutionnaire et qui transcende les étroites divisions idéologiques est ce qui a véritablement attiré les mouvements d’avant-garde de notre temps comme le GUD et CasaPound, d’abord dans la rue, ensuite vers le combat frontal des patriotes ukrainiens.

Il existe néanmoins quelques pionniers de la Nouvelle Droite française qui ont aussi soutenu les nationalistes ukrainiens. Pascal Lassalle, militant depuis plus d’un quart de siècle dans les structures ayant composé la Nouvelle Droite française « historique » ou issues de ses rangs (GRECE, Synergies Européennes, Terre et Peuple) et ardent défenseur de la cause ukrainienne dans ce milieu intellectuel traditionnellement orienté vers la Russie (il suffit de mentionner Alain de Benoist, Guillaume Faye et un auteur lié à cette mouvance comme Jean Parvulesco), est un des cofondateurs de la Web-radio Méridien Zéro, directeur d’une émission sur Radio Courtoisie et s’implique actuellement dans le nouveau projet européen de Gabriele Adinolfi qui se décline avec la Guilde des Lansquenets et le « think tank » Eurhope. Il ne s’est pas seulement contenté de faire une allocution devant le public de la conférence, mais il a également lu un message adressé à la révolution ukrainienne par le légendaire cofondateur de l’organisation italienne Terza Posizione qui, au temps de la révolution du Maïdan, avait été assez avisé pour voir que « l’Eurasie est une utopie, le Kremlin et la Maison blanche sont les héritiers de Yalta ».

Du reste, Pascal Lassalle a co-organisé et pris part à de multiples manifestations en France, Suisse et Ukraine visant à souligner les fondements historiques du droit des Ukrainiens à l’autodétermination, avec des développements autour de la lutte des nationalistes ukrainiens pour la troisième voie géopolitique entre l’euro-atlantisme et l’eurasisme. Parmi ces conférences, citons celles qui se sont tenues, d’abord en novembre 2014, organisée par le GUD à Paris avec un ancien volontaire du Bataillon Azov, puis à Kyiv en juillet 2015 avec une allocution intitulée « Pour une troisième voie pan-européenne. La solidarité française avec l’Ukraine en guerre », enfin en septembre de la même année à Lausanne, invité par Bjorn Sigvald, le représentant suisse du mouvement Reconquista, étroitement connecté au segment français des tercéristes européens en tant que Romand francophone. Pascal Lassalle a aussi lancé la branche française de Reconquista et assuré régulièrement sa présence lors d’événements organisés par des organisations comme le GUD ou Synthèse Nationale [dernières en date, les rencontres intitulées « Une autre Europe est impérative » tenues à Paris en juin 2017 à l’initiative de Gabriele Adinolfi – NDT].

Cette fois-ci, le discours de Pascal Lassalle a incorporé le thème de l’imperium en tant qu’archétype de grande puissance pour l’Europe. Sur ce point, la différence entre les visions ouest-européennes d’une union continentale tournant autour d’un empire européen, « au-delà des conceptions des nationalismes et des souverainismes étriqués », et le projet plus répandu en Europe orientale d’une « Europe des nations », a d’emblée donné matière à nourrir la réflexion.

Le point de départ de Pascal Lassalle fut le constat du déclin de l’aire romano-germanique du continent européen, en particulier son noyau carolingien franco-allemand. Dans la cas de la France, les problèmes intérieurs bien connus sont aggravés par une orientation pro-Kremlin inhérente à la mentalité collective des élites et d’une bonne partie de l’opinion (une « passion française »), qui, de l’avis de Pascal Lassalle, s’explique par une vision romantique du pays de Poutine (le mythe de la « Sainte Russie »), une certaine identité de vue dans le domaine politique (conception statolâtrique centralisatrice et messianique) et un ADN égalitaire qui court de la Révolution française jusqu’au communisme soviétique, dans les tournants historiques des deux derniers siècles. Même la Nouvelle Droite et de nombreux nationalistes français, induits en erreur par « l’autocratisme patrimonial » inhérent à la tradition politique russe fort éloignée de la tradition européenne en ce domaine, et dont le système oligarchique domestiqué de Poutine ne constitue que l’ultime avatar, tout cela combiné au « traditionalisme » naturel pour les Européens orientaux, sont gravement affectés par cette inclinaison inconsciente et parfois irrationnelle.

Pascal Lassalle s’était penché plus en détail dans son discours à Kyiv en 2015 sur le fait que l’historiographie française, reprenant purement et simplement les schémas classiques russes, ne pouvait que mettre en place des conditions favorables pour une ignorance et une indifférence largement répandues à l’égard du mythe national ukrainien.

À l’opposée de l’Ouest, l’Europe orientale a le vent en poupe

Pascal Lassalle a reconnu que l’agression de la Russie poutinienne constituait à la fois une tragédie et une chance pour l’Ukraine : « Il fallait connaître la guerre pour gagner la nation ! » Et les forces politiques qui ont réussi à saisir cette occasion sont devenues le mouvement Azov qui a mis en place il n’y a pas si longtemps son parti politique, le Corps National.

Selon lui, ce courant incarne un « nationalisme soldatique » du XXIe siècle, mais aussi un néo-nationalisme avec de forts penchants pour l’unité des Slaves orientaux (la nouvelle Rous’ de Kyiv, l’Intermarium) et le pan-européisme. De plus, le Corps National n’approuve pas le « vieux nationalisme » provincial qui nourrit trop souvent des attitudes chauvinistes.

En tant que résultat d’une synergie fructueuse entre le mouvement Azov et les nationalistes polonais (qui ont tendance à considérer leurs équivalents ukrainiens comme des ennemis après le conflit ethnique en Volhynie dans les années 40 du XXe siècle), on a vu prendre forme la contrepartie de l’alliance nationale du noyau Ouest-européen, une alliance entre les deux plus vastes pays d’Europe orientale, l’Ukraine et la Pologne.

De la même façon que le Corps National développe « un État dans l’État » pour subvertir « le système d’occupation interne », les quatre pays du groupe de Visegrad (V4), en particulier la Pologne et la Hongrie, ébranlent de l’intérieur l’agenda politique de l’Union Européenne, remettant en cause ses diktats économiques et culturels (avant tout, la politique des réfugiés). Ainsi, l’autonomisation croissante du V4 et les efforts du « Groupe d’Assistance pour le Développement de l’Intermarium » lancé par le Corps National offrent un corridor d’opportunités géopolitiques pour l’Europe occidentale. Dans ce contexte, Pascal Lassalle se réfère métaphoriquement à l’Ukraine comme possible « Piémont » de l’Europe : le pays, qui ayant débuté aux niveaux national et régional, pourrait être en mesure d’impulser de manière décisive un mouvement d’intégration continentale capable d’entraîner ensuite les autres pays restants dans une nouvelle union paneuropéenne.

À ce moment, Pascal Lassalle en vint au point principal de son intervention lorsqu’il déclara que nous n’avons pas seulement besoin d’un « bloc continental », mais de la mise en œuvre sur une grande échelle du principe de l’imperium. Il a rappelé que d’éminents penseurs comme Julius Evola et Dominique Venner ont aisément défini l’empire comme le noyau de la tradition politique et historique de l’Europe. Les peuples européens au cours de leur longue histoire ont pu assister à l’édification d’empires véritables (Empire romain, Saint Empire romain de nation germanique) ou d’autres qui n’en avaient que le nom (Premier Empire napoléonien, IIIe Reich, URSS). Les véritables empires doivent respecter plusieurs critères comme s’appuyer sur un principe traditionnel relevant de la sphère du sacré et un pouvoir surplombant capable d’unir tout en les protégeant les identités de peuples apparentés mais divers sur la base d’un modèle fédéral bien pensé et du principe de subsidiarité.

Pour assurer notre avenir continental, il est vraiment nécessaire de se donner le maximum de moyens afin de rendre possible la réalisation de cet idéal supérieur qui pourrait s’étendre jusqu’aux rivages de l’océan Pacifique, dans une perspective grande-continentale eurosibérienne. L’actuelle Union européenne est indubitablement à l’extrême opposée de cette conception traditionnelle de l’Empire : elle est artificielle, maintenue par un système policier et dépourvue de fondements culturels.

En plein accord avec Gabriele Adinolfi, Pascal Lassalle a souligné que l’Europe ne s’est jamais vraiment libérée de la partition mise en place après-guerre par le monde de Yalta, entre les zones dominées par Washington (de pair avec ses marionnettes bruxelloises) et Moscou. De son point de vue, les Ukrainiens, nonobstant les empiètements chauvinistes en cours de la Fédération russe néo-soviétique, doivent aussi prendre garde à la menace représentée par la mondialisation américanocentrée.

Les Européens de l’Ouest ont subi depuis fort longtemps les effets délétères du néo-totalitarisme libéral et de ce fait, leurs représentants les plus conscients et les plus lucides peuvent partager utilement leur expérience avec leurs frères d’Europe orientale qui croient souvent naïvement que l’Occident est la terre de la Liberté à l’opposé de l’espace post-soviétique.

À leur tour, les Européens orientaux devraient être en mesure de démystifier le « village Potemkine » russe, en ouvrant les yeux de leurs frères de l’Ouest sur la réalité oppressive et antinationale de la Fédération russe de Poutine qui a retourné l’infâme article « anti-extrémiste » du code criminel contre les Russes eux-mêmes.

La connaissance par certains Européens de l’Ouest du véritable visage de la « démocratie » d’après-guerre, combinée avec l’expérience de la résistance anti-soviétique des Ukrainiens, Polonais ou Baltes pourra donner naissance à la Troisième Voie si longtemps attendue, au-delà de l’euro-atlantisme et du néo-eurasisme.

À ce propos, Pascal Lassalle a fait une observation juste concernant les points forts de chacun des pôles européens : les peuples d’Europe orientale ont préservé leur « passionarité » telle que conceptualisée par l’eurasiste russe Lev Goumilev, à savoir une capacité à réagir de manière adaptée face aux défis majeurs de dimension historique et vitale; les Européens de l’Ouest possèdent un arsenal intellectuel plus élaboré pour améliorer et promouvoir la « Weltanschauung » archéofuturiste. Unis, ils seront en mesure de l’emporter sur l’hydre aux deux têtes tournée vers l’Est et l’Ouest.

Olena Semenyaka

Responsable du Département international du Corps National [branche politique du mouvement Azov – NDT] et coordinatrice du projet Reconquista.

Traduction et adaptation par Pascal G. Lassalle