Compte-rendu de la première réunion « Paneuropa » (1re partie) par Olena SEMENYAKA

Prolégomènes

De la solidarité militaire à la solidarité politique

Le 28 avril 2017, sous l’égide du mouvement européen Reconquista, s’est tenue à Kyiv la première conférence « Paneuropa » qui a réuni des nationalistes et, en même temps, des paneuropéistes venus de toute l’Europe : de France, d’Italie, de Suède, de Suisse , d’Allemagne, d’Ukraine, de Lettonie, de Lituanie, d’Estonie, de Pologne, du Belarus, aussi bien que de Russie.

Pour les fidèles lecteurs et soutiens du blogue Reconquista tumblr et des ressources affiliées, une telle conférence était naturelle et attendue depuis longtemps, si ce n’est même tardive.

Après tout, il s’agissait de matérialiser la synergie en cours entre les patriotes de l’Ouest et de l’Est de l’Europe qui, sous l’impulsion de problèmes similaires, se sont rencontrés à Kyiv en quête d’une place forte, d’un « Piémont » [NDT], d’un quartier général pour la Reconquista européenne qui devrait être réalisée séquentiellement dans les deux directions.

Ce n’était, cependant, pas la première manifestation concrète de la solidarité européenne dans le cadre du projet Reconquista.

La première vague fut inspirée par le déclenchement de la révolution hivernale de 2013 – 14 à Kyiv suivie par l’annexion de la Crimée par la Fédération de Russie et la guerre du Donbass avec les néo-Soviétiques soutenus par le Kremlin.

Perçu à juste titre par les volontaires étrangers comme une attaque venue de l’Est contre la culture européenne, ce conflit a réactivé la tradition de la résistance anti-communiste européenne datant des deux guerres mondiales, incarnée d’abord et avant tout par le mouvement des « Corps francs » allemands (Freikorps) qui a stoppé la propagation de la menace bolchevique dans les régions de la Baltique [le « Baltikum » – NDT] et en Europe orientale.

Ce ne sont pas uniquement des Européens occidentaux qui ont pris les armes pour se tenir aux côtés des Ukrainiens contre les occupants néo-soviétiques : il existe un pourcentage considérable de volontaires russes et bélarussiens dans les forces armées ukrainiennes. Pour eux, en particulier les Russes, il s’agit de lutter pour leur propre patrie volée par les Bolcheviks en 1917 et cela constitue une chance de se réconcilier avec l’Europe dans les conditions du défi sans précédent posé à l’existence même de la culture et des peuples européens.

Voilà comment a été engendré le premier slogan de la Reconquista, « Aujourd’hui, l’Ukraine, demain la Rous’ et toute l’Europe ! »

La communication avec les nationalistes russes, dont la venue en Ukraine s’était faite sans possibilité de retour, a aidé les volontaires venus d’Europe occidentale à perdre leurs dernières illusions sur le régime poutinien conçu comme un « moindre mal » et une alternative à l’Occident pour l’Europe.

L’unité militaire qui a mérité d’être désignée comme leur seconde patrie, a été, par dessus tout Azov, d’abord en tant que bataillon, puis en tant que régiment (en fait, l’équivalent d’une brigade) de la Garde nationale d’Ukraine.

Le seul bataillon de volontaires ukrainiens qui ait été promu à l’échelon régimentaire occupe une place unique dans la nouvelle histoire de l’Europe qui s’écrit sous nos yeux en tant qu’unité de volontaires patriotes disposant de compagnies de reconnaissance, d’infanterie, d’artillerie, de chars [des T-64B1M – NDT] et plus encore.

C’est pourquoi les premières pages du mouvement Reconquista ont initialement rempli le rôle de plateforme civile pour soutenir le front et les combattants blessés. Cependant, depuis que le conflit à l’Est de l’Ukraine a été artificiellement gelé pour satisfaire aux accords de Minsk, la composante politique de la lutte de libération ukrainienne est également devenue de plus en plus importante.

Par conséquent, les vétérans du Régiment Azov ont joint leurs forces aux soutiens civils en lançant le parti politique Corps National, dirigé par Andriy Bilestkyi, fondateur et premier commandant du régiment, député et membre du Conseil national de Sécurité et de Défense d’Ukraine. Ce n’est, de plus, pas un hasard si cette dénomination (« Corps ») renvoie au registre militaire.

La mise en place d’une légion étrangère ukrainienne a, comme cela était prévisible, été incluse dans le programme politique du Corps National.

Son congrès fondateur s’est tenu le 14 octobre 2016, avec la participation de nombreux soutiens et partenaires étrangers.

Pourquoi l’Intermarium ?

Ainsi, le moment de la conférence pouvait-il maintenant se mettre en place en second lieu. Comme beaucoup d’entre vous s’en souviennent, le 17 décembre 2016, à la veille de la nuit la plus longue et la plus sombre de l’année, un événement culturel remarquable s’est tenu à Kyiv : la conférence « Pacte d’Acier » (c’est-à-dire entre l’Europe de l’Est et l’Europe de l’Ouest), qui s’est déroulée avant le festival musical Asgardsrei V. Elle fut divisée en deux parties : des échanges ouverts comprenant une séance de questions – réponses avec les légendes française et russe du Black Métal, Peste Noire et M8L8TH, puis des allocutions prononcées par les différents conférenciers invités.

L’auditoire venu de l’Ouest et de l’Est de l’Europe, de Russie et du Canada, unis par sa passion pour le Black Métal et ce qui en découle, à savoir l’aspiration à un changement culturel, ont écouté des interventions sur la philosophie du Black Métal, les horizons du renouveau païen et les perspectives d’une unité tout d’abord régionale, puis à l’échelle paneuropéenne dans le cadre de la « Grande Reconquista » basée sur une nouvelle noblesse et un élitisme paneuropéens.

Cette partie conclusive, qui a résumé les points clés de la conversation avec Peste Noire et M8L8TH en tant que voix respectivement venues d’Europe occidentale et de Russie, peut être également considérée comme la première conférence « Paneuropa », ou du moins comme une introduction à ce projet.

Un des principaux messages de la conférence « Pacte d’Acier » à l’auditoire venu de l’Ouest a été celui d’un changement rapide du statut géopolitique des pays d’Europe centrale et orientale suivi par les encouragements à utiliser ce potentiel dans la perspective d’un renouveau pour l’ensemble du continent européen.

Azov 1

La première conférence du Groupe d’assistance au développement de lIntermarium [IDAG en anglais – NDT] s’est ainsi tenue à Kyiv le 2 juillet 2016, toujours à l’initiative d’Andriy Biletskyi et a servi un double objectif : garantir une alternative géopolitique pour l’Ukraine, rendue improbable par l’actuel gouvernement pro-UE et créer un centre pour autre intégration européenne.

À cet égard, l’IDAG se positionne en faveur des tendances autonomistes à l’encontre de Bruxelles des « Quatre de Visegrad » (Pologne, Hongrie, Slovaquie et République tchèque) qui ont refusé les quotas de migrants étrangers imposés à tous les pays membres de l’Union européenne et ont été accusés par les technocrates bruxellois d’ériger un nouveau « Rideau de fer » contre les politiques de la porte ouverte de la véritable patronne de l’UE, la chancelière allemande Angela Merkel. En effet, les dirigeants de ces États sont bien connus pour leur déclarations « politiquement incorrectes » au sujet des flux de migrants dépeints dans les médias libéraux comme une simple question humanitaire. Quelques exemples peuvent être mentionnés : le Premier ministre slovaque, Robert Fico, a déposé un recours auprès de la Cour européenne de justice contre l’UE au sujet du plan des quotas alors que le Premier ministre hongrois Viktor Orban a lui organisé un référendum contre les quotas de réfugiés et que Jaroslaw Kaczynski, le leader du parti Ordre et Justice (PiS), a juré de manière répétée que la Pologne n’accueillerait aucun réfugié pour des raisons de sécurité, en ce qui concerne en particulier les agressions prévisibles de femmes polonaises par les demandeurs d’asile. La présidente croate Kolinda Grabar-Kitarovic, qui a mis en place le Groupe Adriatique – Baltique – Mer Noire composé de 12 pays membres de l’UE, ayant eu cette idée pratiquement au même moment que le président polonais Andrzej Duda, croit aussi que la solution au problème des réfugiés sera trouvée au-delà de l’Europe de Bruxelles.

Grâce à ses activités, la Croatie est souvent considérée comme le cinquième membre informel du « Groupe de Visegrad », qui de plus a le vent en poupe et dont l’influence ne cesse de croître. Le jeune ministre autrichien des Affaires étrangères, Sebastian Kurz, a aussi appelé à l’ouverture de centre de réfugiés à l’extérieur des frontières de l’UE, mettant ainsi par son entremise l’Europe occidentale en connexion avec un vecteur d’intégration européen alternatif. Peu de temps auparavant, les présidents polonais et croates avaient lancé l’« Initiative des Trois Mers » visant une pleine intégration macro-régionale dans tous les domaines stratégiques (économie, énergie, autarcie, infrastructures, etc.) et à l’élargissement du poids géopolitique des pays d’Europe centrale et orientale devenus ainsi capables de s’opposer aux diktats politiques de Bruxelles, en particulier au sujet de la politique des réfugiés.

En outre, Andrzej Duda a invité le président ukrainien Petro Porochenko à rejoindre la résistance incarnée par les alliés régionaux naturels de son pays, suggestion qui a été, sans véritable surprise, rejetée par ce fidèle vassal de Merkel. Cependant, cette division entre ces deux Europe s’est plus que jamais durcie : il suffit de se rappeler la tentative du président français nouvellement élu Emmanuel Macron d’imposer des sanctions à la Pologne pour avoir refusé la politique d’accueil des réfugiés imposée par l’UE et d’accepter de partager les demandeurs d’asile.

La critique des politiques économiques de l’UE par les pays de l’Intermarium est aussi largement compréhensible, étant donné sa relation intrinsèque aux valeurs culturelles et aux dynamiques démographiques. Un exemple éclatant mettant en évidence l’importance de ce problème est représenté par l’initiative de l’Union des salaires (« Wage Union ») mise en place par 8 pays d’Europe centrale et orientale (Hongrie, Croatie, Lettonie, Estonie, Slovaquie, Bulgarie et Roumanie) avec l’objectif d’équilibrer les salaires sur l’ensemble du continent et d’empêcher les jeunes citoyens éduqués des pays d’Europe centrale et orientale d’émigrer irrévocablement.

Il est aisé de deviner que le vieillissement de la population n’est pas la seule conséquence de ce processus en cours : le manque croissant de jeunes en âge de travailler implique un remplacement par des immigrants non européens si l’on suit en cela les plans infâmes échafaudés par l’ONU. Aussi, ce qui peut apparaître comme des aspirations séparatistes des pays d’Europe centrale et orientale à l’égard de leurs voisins de l’Ouest, sert en réalité l’objectif d’une intégration plus poussée à l’échelle de toute l’Europe sur la base d’une nouvelle axiologie.

De plus, là réside la différence entre le « Groupe Adriatique – Baltique – Mer Noire » conçu comme autonome au sein de l’UE et l’idéal d’un Intermarium souverain que le Corps National appelle de ses vœux, pour lequel la vocation de la région est de restaurer le système de sécurité européen et de devenir un « tremplin » pour une union alternative des nations européennes, la Paneurope.

Prenant en compte le fait que le régime de Poutine reste encore fort et qu’il continue à emprisonner les derniers nationalistes russes ayant pignon sur rue qui ne se sont pas encore exilés à l’étranger, le second slogan de Reconquista s’est alors imposé en ces termes : « Aujourd’hui l’Ukraine, demain l’Intermarium et la Paneurope ! ».

ll n’est ainsi pas surprenant de constater que de nombreux participants à la conférence de Reconquista ont aussi pris part à la deuxième conférence du IDAG qui a eu lieu la veille, le 27 avril.

La Paneurope contre « la Paneurope »

Il n’en reste pas moins encore que la différence entre un Intermarium souverain et l’autre qui ne serait que simplement autonome n’est pas aussi frappante que celle qui existe entre la Confédération pan-européenne des nations souveraines suggérée par la première conférence « Paneuropa » qui s’est déroulée à Kyiv et le mouvement paneuropéen fondé par le diplomate austro-japonais Richard von Coudenhove-Kalergi, trois ans après la publication en 1923 de son livre intitulé Paneuropa.

Un simple coup d’œil permet de constater qu’à la fois la dénomination et le symbole choisis par Kalergi, pour son mouvement combinant des éléments renvoyant à la mythologie traditionnelle (la croix solaire) et à l’imagerie monarchique (les couleurs bleue et or), sont de nature à inspirer pleinement confiance. On peut, au terme d’un recherche rapide, retrouver ses appels visionnaires, formulés en 1923, en faveur d’une Europe politiquement unie et militairement protégée capable d’échapper au destin d’être divisée « entre une colonie soviétique et un protectorat américain ».

De même, on pourrait être induit en erreur en découvrant parmi les références de Kalergi, des sommités intellectuelles comme Oswald Spengler, Rudolf Kjellen, Friedrich Nietzsche, et Giuseppe Mazzini ou par le fait que l’archiduc autrichien Otto de Habsbourg-Lorraine fut le cofondateur du Mouvement paneuropéen et son second dirigeant. Cependant, il faut précisément affirmer que, sans l’ombre d’un doute, les principes défendus par Kalergi ont été adoptés par l’Union européenne et sous-tendent sa politique suicidaire menée sur la question des réfugiés.

Serait-il encore de ce monde que le comte Coudenhove-Kalergi qui appelait de ses vœux en 1925 « la race du futur négroïdo-eurasienne, d’apparence semblable à celle de l’Égypte ancienne » qui « remplacera la diversité des peuples par une diversité des individus », ne se sentirait pas désemparé devant les politiques culturelles adoptées par l’UE et aurait le plus grand mal à établir un lien entre ses valeurs et priorités de base et le récent attentat terroriste de Manchester ? Aussi, la restauration de la signification originelle des symboles utilisés par le Mouvement paneuropéen du siècle dernier, grâce aux efforts conjugués des nationalistes et des paneuropéistes d’aujourd’hui, doit être considérée comme un acte de justice historique. Les Habsbourg, en tant qu’incarnation vivante d’une unité européenne traditionnelle passée, pourraient aussi accueillir favorablement ce tournant identitaire en direction d’une véritable Paneurope.

La popularité croissante des discussions paneuropéennes dans la mouvance tercériste actuelle, combinée aux processus de désintégration au sein de l’Union Européenne, promettent de voir advenir de nombreux changements positifs.

Olena Semenyaka

Responsable du Département international du Corps National [branche politique du mouvement Azov – NDT] et coordinatrice du projet Reconquista.

Traduction et adaptation par Pascal G. Lassalle