Compte-rendu de la IIe conférence Paneuropa (3e et dernière partie) par Olena SEMENYAKA

L’autre invité de marque était Greg Johnson, le moteur intellectuel derrière l’Alt-Right américaine, le théoricien du nationalisme blanc, le rédacteur en chef du remarquable site Counter-Currents et de la maison d’édition éponyme, un auteur très productif dont les livres seront traduits en ukrainien. Il est venu en Ukraine avec des exemplaires de son nouveau livre, The White Nationalist Manifesto (« Le Manifeste nationaliste blanc »). Et le sujet de son intervention était directement relié aux idées et suggestions exprimées dans ce manifeste, étant donné qu’elles étaient tombées dans le collimateur du cerveau de l’utopie libérale, Francis Fukuyama en personne, inquiet du développement de l’ethno-nationalisme et de l’identitarisme blanc aux Etats-Unis. Le titre de sa conférence renvoyait à celui du dernier ouvrage de Fukuyama, « Fukuyama sur les politiques de l’identité ».

La participation de Greg Johnson à cette deuxième conférence Paneuropa était extrêmement attendue et symbolique dans la mesure où l’Alt-Right a été longtemps été associée aux positions pro-Kremlin d’un de ses représentants les plus connus, Richard B. Spencer. Le soutien de Greg Johnson au programme géopolitique du Corps National, à savoir l’Intermarium Adriatique – Baltique – Mer Noire comme tremplin d’une intégration européenne alternative, aussi bien que la haute estime manifestée à l’égard de la troisième conférence du « Groupe de Soutien à l’Intermarium », ouvre de nouveaux horizons pour une réelle coopération « euro-atlantique » telle que nous la concevons.

Une voix d’outre-Atlantique

Une telle venue est très significative dans le contexte d’une montée des populismes de droite sur l’ensemble de la planète, à l’image de la récente élection de Jair Bolsonaro au Brésil. Une autre manifestation de ce phénomène s’est traduite par le soutien apporté par Donald Trump à l’« Initiative des Trois Mers » promue par les chefs d’État de la Pologne et de la Croatie, respectivement Andrzej Duda et Kolinda Grabar-Kitarovic, également perçus comme des « populistes de droite ».

Il n’est pas nécessaire de s’étonner que Francis Fukuyama, comme l’a souligné Greg Johnson, ait essayé d’assouplir les politiques d’immigration et d’atténuer le mécontentement croissant de la société qu’elles suscitent, en faisant des concessions. À la grande surprise de Johnson, c’était ce qu’il avait vraiment trouvé de mieux. Ni Fukuyama, ni les auteurs de livres aux titres éloquents tournant autour de l’idée du « populisme contre la démocratie », le summum étant représenté par le livre de Yascha Mounk, The People vs. Democracy. Why our Freedom is in Danger and how to save it (« Le peuple contre la démocratie. Pourquoi notre liberté est menacée et comment la sauver »), ne sont en mesure de trouver une faille dans le raisonnement des nationalistes blancs et des identitaires. De plus, Fukuyama, selon Greg Johnson, est en fait d’accord avec les arguments et prémisses de ces rivaux intellectuels, tout d’abord sur le besoin de chaque être humain de s’identifier à quelque chose de plus grand qui le dépasse. Sa principale contre-argumentation, outre d’être particulièrement faible, réside, d’après lui, dans le fait qu’il y a ou qu’il devrait y avoir quelque chose de plus fort que toutes ces identités qui divisent, à savoir une culture libérale mythifiée. Pour Greg Johnson, Fukuyama a échoué à la définir alors qu’il est un des esprits les plus sophistiqués du camp d’en face. Il est amusant de constater que le livre le plus populaire dans la section des sciences politiques d’Amazon est White Nationalist Manifesto de Greg Johnson alors que le plus vendu est celui de Fukuyama, On Identity !

Azov 1

Lors d’une conversation filmée d’une heure avec Olena Semenyaka et une intervention au club littéraire Plomin à la Maison Cosaque le 16 octobre, sur « Du nouveau sur le front de l’Ouest », Greg Johnson partagea ses impressions sur les activités du mouvement nationaliste ukrainien et fit quelques révélations sur le contexte particulier du renouveau des politiques de l’identité blanche, plus précisément au sujet de l’ascension et de la chute de l’Alt-Right américaine.

Les débuts de l’Alt-Right furent en fait prometteurs et impressionnants. Greg Johnson a rappelé sans équivoque que l’Alt-Right a joué un rôle déterminant dans la venue au pouvoir de Donald Trump, en particulier dans la dernière phase des élections. À ce moment selon Johnson, l’Alt-Right a montré son meilleur aspect, celui d’un mouvement basé sur un réseau décentralisé, donc actif et créatif, qui a dévoilé les mensonges du gouvernement américain et a été apprécié de la société américaine pour son courage et son éthique. Le déclin a commencé avec la mise en place d’une centralisation sur ce qui n’était qu’un réseau souple et décentralisé. Le mouvement tenta de concurrencer le Système dans ses pires aspects : structures de pouvoir, fonctionnaires bureaucrates et ressources financières inépuisables. Greg Johnson n’a pas hésité à affirmer que ces changements, voulus par le chef auto-proclamé de l’Alt-Right, Richard B. Spencer, ont finalement conduit le mouvement au bord de l’effondrement. Cela s’est produit à la suite de la marche « Unite the Right » à Charlottesville en Virginie, les 11 et 12 août 2017, quand la police a ouvertement fait cause commune avec les antifas de service et à cause de la faiblesse de l’Alt-Right « réformée », devenue trop évidente pour attirer les sympathisants. Les signes du déclin s’étaient en réalité manifestés bien plus tôt. Greg Johnson a exprimé ses regrets d’avoir laissé passer l’occasion de transformer l’Alt-Right en un mouvement de masse en raison de la crainte de certains militants d’en altérer le noyau idéologique. Selon lui, tout mouvement qui lutte pour changer le cours de l’histoire ne doit pas craindre la « mainstreamisation » et doit au contraire être confiant dans sa capacité à éduquer ou à entraîner les masses. La fameuse envolée de Spencer « Heil Trump, Heil Victory ! » fut le premier écart limite qui contribua à éloigner l’Alt-Right de toute perspective de soutien et d’engagement populaire. La dénonciation des personnalités publiques qui osaient s’associer au mouvement fut aussi un nouveau test pour l’Alt-Right qui se révéla incapable de les protéger. Néanmoins, Greg Johnson pense que les aspects les plus solides de l’Alt-Right restent encore pertinents et qu’Internet continue, à cet égard, de jouer son rôle contre des mondialistes qui ne peuvent tout simplement pas le supprimer.

L’heure des jeunes nations ?

Bien d’autres sujets furent abordés avec Greg Johnson au cours de cet entretien filmé et de cette allocution : La peur de l’Occident et l’attirance secrète pour les « barbares de l’Est » comme les participants de la grande marche militarisée de la Nation à Kyiv, son prochain livre sur la justification philosophique des politiques de l’identité blanche, l’incompréhension autour du concept de nationalisme blanc, le cas de la dichotomie « ethno-nationalisme contre « melting-pot blanc » en particulier, les prémisses communes au nationalisme blanc et à la pensée écologique, le point sur les formes d’exutoire politique à droite et bien d’autres encore.

L’intervenant suivant, Bjorn Christian Rodal, représentant du jeune, mais hautement efficace, parti Alliansen – Alternativ for Norge, a prononcé une allocution intitulée « Fraternité en Europe ». En tant qu’intervenant à la conférence Intermarium deux jours auparavant, Bjorn Christian Rodal a réaffirmé son soutien total à cette alternative géopolitique, à la fois pour l’Ukraine et la Scandinavie, plus précisément entre l’Intermarium Adriatique – Baltique – Mer Noire et le bloc de défense scandinave. Selon lui, la Norvège qui n’est pas membre de l’Union européenne, a toujours été méfiante à l’égard de cette union multinationale. Il a mis l’accent sur le fait que lui et ses compatriotes comprennent très bien en général la nature de la confrontation qui oppose l’Ukraine à la Russie, ayant subi quatre cents ans de domination danoise, avant que la Suède ne prenne le relais pour un siècle. À cet égard, il conçoit parfaitement que les deux nations ukrainienne et norvégienne puissent être considérées comme « jeunes », ce qui signifie que même si le processus d’éveil de leur conscience nationale a été retardé, elles possèdent des qualités qui les placent au centre d’un renouveau à l’échelon régional. De la même manière, après une période consciente d’identification nationale négative par une opposition à leurs anciens dominateurs, il apparaît que la réconciliation ne devrait pas être difficile. « Au tout début du XXe siècle, nous étions prêts à partir en guerre contre la Suède en plus de notre indépendance. Mais une fois que vous avez mis en place de robustes fondations, vous pouvez vous acheminer vers une relative apaisée et amicale avec votre nation-sœur », a-t-il déclaré. Le plus grand ennemi des nations européennes, a conclu Bjorn Christian Rodal, est la forme-capital libérale mondialisée qui ruine les fondements de leur identification avec l’héritage et les traditions européennes. Dans ce contexte, il a accueilli favorablement la naissance d’une nouvelle génération de patriotes en Norvège et ailleurs en Europe, alors que précédemment, il était surtout question d’un patriotisme libéral façonné dans son pays, tout d’abord par les sociaux-démocrates, puis les sociaux-libéraux. Les ennemis communs nécessitent une réponse commune, a-t-il souligné, afin « qu’une fois qu’une nation ait pu s’extirper de l’architecture mondialiste, elle puisse affaiblir la mainmise que les parasites ont établi sur nous tous ».

Ce fut après le tour du représentant du parti panukrainien Svoboda, Iouriy Noievyi, de prendre la parole. Son propos éloquemment intitulé « L’unité géopolitique comme base de l’unité des nationalistes en Europe », était dédiée à la nécessité de mettre en place une formation commune en politique étrangère à laquelle pourrait adhérer toutes les forces nationalistes européennes. De fait, il a proposé d’organiser un congrès des nationalistes européens, au printemps prochain, durant lequel un manifeste pour une Europe unie pourrait être adopté. La troisième voie géopolitique pourrait, par voie de conséquence, constituer une feuille de route obligatoire de ce document programmatique et le soutien qui lui serait apporté serait, de l’avis de Iouriy Noievyi, le critère principal pour juger qui a le droit de se qualifier de véritable nationaliste européen ou pas.

Cette journée fructueuse a été conclue par l’intervention d’Anton Badyda et David Sidak, représentants de la Karpatska Sitch (la « Sitch Carpatique »), une organisation nationaliste-révolutionnaire ayant son siège à Oujhorod, dans la région de Transcarpatie. Dans leur allocution énergique intitulée « La question hongroise aux yeux de la Sitch Carpatique », ils ont expliqué la nécessité de coopérer avec les forces nationalistes hongroises de bonne volonté, pour faire un pied de nez aux tentatives mondialistes de diviser les nations ukrainienne et hongroise en utilisant la question des droits de la minorité hongroise en Transcarpatie comme prétexte. Ils ont précisé au public qu’ils faisaient de leur mieux pour expulser de la région les représentants des forces chauvines hongroises comme les députés tristement connus du Jobbik, qui n’ont cependant jamais représenté la menace principale, constituée par les mondialistes qui ont décidé d’empêcher toute unité des forces nationalistes dans la région afin de prévenir toute attaque coordonnée contre les institutions et l’agenda multiculturalistes. Après le discours de Denis Vikhorev, coordinateur du Centre Russe, les participants ont exprimé leur désir de continuer leur coopération dans le cadre du projet Reconquista, en commençant par prendre part aux autres moments de cette semaine paneuropéenne kyivéenne.

In fine, nous sommes honorés de conclure ce compte-rendu avec ces mots de soutien envoyés par l’organisation grecque bien connue Pro Patria :

« Athènes, le 12 octobre 2018.

Nous saluons la tenue de la deuxième conférence Paneuropa qui se tiendra à Kyiv. Avec cette lettre, nous voudrions manifester notre soutien total à cette conférence au nom de la communauté militante Pro Patria. Malheureusement, nous n’avons pu nous retrouver parmi vous, estimés camarades européens, mais nous sommes avec vous en esprit à Kyiv. Nous croyons vraiment que de telles conférences sont nécessaires pour créer des liens forts entre toutes les communautés nationalistes européennes. Les nationalistes sont sur la ligne de front contre la suprématie de l’Union européenne et des oligarques de Poutine. Ce sont eux qui se lèvent, défenseurs contre les forces de l’Est et de l’Ouest. Les nationalistes à travers l’Europe luttent pour l’indépendance et l’intégration nationale contre les nations divisées.

La Grèce et l’Ukraine sont deux pays qui ont tous deux une partie de leur sol national assujetti. En tant que nationalistes, nous nous battons pour l’indépendance nationale et la capacité pour chaque nation, avec la liberté de décider elles-mêmes de ce que sont leurs intérêts, de former leurs alliances et de ne pas succomber aux centres de contrôle opaques et aux grandes forces géopolitiques. En tant que nationalistes européens, nous devons créer des liens forts pour une bataille commune de toutes les nations européennes. Une bataille pour réveiller tous les Européens qui ont été égarés du fait de la télévision, des drogues et du capitalisme. Notre bataille est une bataille en dehors du système.

En 2014, ici à Kyiv, les nationalistes ukrainiens ont montré la manière de combattre pour la cause et cela reste un exemple pour nous tous. Notre bataille doit être politique, mais par-dessus tout culturelle. Pour venir à bout du mal qui a été ancré dans l’âme du peuple. Pour extraire le poison qui s’appelle marxisme culturel. Un de nos objectifs doit être d’opérer un retour de nos racines à la tradition européenne, le retour à nos valeurs comme jadis celles de l’épée, de la plume, du guerrier et du philosophe. Dans chaque pays doivent être créées des structures qui feront la promotion du nationalisme comme mouvement à part entière, et pas seulement sur la scène électorale. La bataille pour la reconquista européenne a commencé et nous attend pour le combat. »

Olena Semenyaka

Traduction et adaptation de Pascal G. Lassalle.