Compte-rendu de la IIe conférence Paneuropa (2e partie) par Olena SEMENYAKA

En fait, Denis Vikhorev a fait directement écho à un des principaux messages d’Olena Semenyaka qui a avancé que les eurosceptiques pro-Kremlin (le « Con-Intern », « l’Internationale conservatrice ») n’ont aucun avenir et qui a appelé les forces nationalistes européennes à se rallier à la géostratégie de la Reconquista, unie autour de l’union de l’Intermarium comme une alternative à l’UE. Son principal mot d’ordre était décliné ainsi : pendant que l’Occident et la Russie continuent de considérer l’Ukraine comme une aire de jeu pour leurs ambitions, les forces nationalistes européennes devraient unir leurs efforts avec le potentiel représenté par le mouvement nationaliste ukrainien et contribuer à transformer la « zone tampon » entre les super-puissances en une confédération souveraine de la Paneurope.

Le message d’Olena Semenyaka a été confirmé par Mykola Kravtchenko, bras droit d’Andriy Biletskyi, qui a rappelé notamment à l’auditoire qu’une force politique sérieuse et à l’œuvre derrière le projet de la Paneurope. Il a souligné que le conflit entre l’Ukraine et la Russie n’est pas tant une tragédie qu’une opportunité, une fenêtre de tir, pour l’Ukraine et l’ensemble de l’Europe, et que cette chance historique unique ne doit pas être gaspillée. Pour l’heure, le mouvement Reconquista se compose de ramifications variées et réalise son objectif au moyen d’activités de réseau coordonnées pour aboutir au final à une confédération paneuropéenne de nations libres. Mykola Kravtchenko a conclu par « le soleil de l’Europe se lève à l’Est ».

L’exemple italien

Olena Semenyaka a ensuite invité Alberto Palladino dit « Zippo » à prendre la parole. Il est le correspondant pour l’étranger de CasaPound – Italie (CPI), un vieux militant de ce qui est probablement le premier mouvement nationaliste moderne à avoir développé un programme paneuropéen et des projets tels Zentropa. Le Corps National a une longue histoire de coopération avec CPI, et, comme de nombreux mouvements nationalistes européens, a puisé son inspiration dans les initiatives des camarades italiens, en mettant en place en particulier son centre pour la jeunesse dénommé « Maison Cosaque ».

Après avoir écouté le discours d’Alberto Palladino au Forum JungEuropa de Dresde, Olena Semenyaka lui a demandé de revenir sur les principaux points abordés dans le cadre de cette session, tant de la situation post-électorale en Italie qu’aux projets actuels de CPI, thèmes extrêmement intéressants pour tous les nationalistes d’Europe. Aussi, son allocution était-elle intitulée, « Élections et mouvement nationaliste-révolutionnaire : le point de vue de la CasaPound ».

Le succès des forces populistes de droite en Italie, regroupées au sein de la Lega était plutôt inattendu, ayant porté au pouvoir Matteo Salvini aux postes de vice-président du Conseil et ministre de l’Intérieur. Au premier abord, le résultat électoral de CPI pourrait paraître modeste comparé à celui de la Lega, n’ayant pu franchir le palier nécessaire pour être présent au Parlement. Mais Alberto Palladino a précisé clairement que les principaux slogans qui ont suscité l’adhésion populaire pour la Lega, ont été volés à CPI, comme celui déclarant « L’Italie d’abord ! ». En effet, pour les sympathisants nationalistes, il est aisé de se rappeler que son slogan couplé avec la campagne pour un retrait de l’Italie de l’Union européenne et l’exigence de fermer les frontières, a été lancé par CasaPound. D’ailleurs, il faut savoir que dans plusieurs provinces, CPI a obtenu entre 6 et 10 % des suffrages. À cet égard, la situation est très similaire à celle des résultats électoraux post-révolutionnaires du Praviy Sektor (« Secteur Droit »), qui a plafonné à moins de 2 % alors que certaines forces patriotiques nouvelles (on ne pense pas au vieil oligarque Petro Porochenko), ont accédé au pouvoir.

Actuellement, la défense de la langue et de la culture ukrainiennes, la glorification des « collaborateurs du IIIe Reich » de l’OUN-UPA ou la décommunisation ont été menées par les autorités officielles du pays, tandis qu’avant la révolution, la salutation « Gloire à l’Ukraine » ne pouvait être entendue que dans des cercles nationalistes marginaux. Aussi, il est naturel que CasaPound soit sur le point de préparer les changements stratégiques, bien que ces forces populistes de droite, qu’elles soient italiennes ou ukrainiennes, puissent être considérées comme des brise-glace pour laisser à terme libre cours à une « artillerie lourde » originale. Dans un tel contexte, Alberto Palladino a mis l’accent sur le fait que le succès électoral n’a rien à voir avec le fait d’apparaître « modéré ». Pour lui, la clé pour comprendre CasaPound dans toutes ses dimensions, mais aussi l’identité italienne en général, réside dans le fascisme. En contraste avec les autres mouvements nationalistes européens qui rejettent clairement ces qualifications médiatiques comme dénigrantes et diabolisantes, les membres de CasaPound se qualifient eux-mêmes de fascistes, avec fierté et sincérité. La popularisation du fascisme et de la figure de Mussolini grâce, entre autres, aux activités de CPI est un fait rapporté par de nombreux médias mainstream comme le Guardian britannique.

Pour conclure son propos, Alberto Palladino a admis qu’à un certain moment, la direction de CPI avait banni toutes « discussions géopolitiques » autour du conflit russo-ukrainien qui divisaient le mouvement et contribuaient à paralyser l’activisme quotidien des membres. Cependant, il a affirmé clairement qu’un développement confiant de la troisième voie géopolitique en Ukraine pourrait rendre inutile tout débat à venir, et que même, des activistes de droite, nouveaux venus sur cette question, pourraient rejoindre ses propos en soutien à une Ukraine libre sans Poutine et l’Union européenne.

Témoignages allemands

Olena Semenyaka a ensuite donné la parole aux représentants du parti Der Dritte Weg (« La Troisième Voie »), qui connaît un grand dynamisme en Allemagne et qui a toujours été un allié du Corps National. À la suite de cette semaine paneuropéenne à Kyiv, Der Dritte Weg a enregistré un entretien radiodiffusé avec Olena Semenyaka sur les raisons du développement rapide du Mouvement Azov et son programme géopolitique.

L’année dernière, trente militants du mouvement ont pris part à la marche annuelle de la Nation le 14 octobre, qui est le jour férié des défenseurs de l’Ukraine et du guerrier cosaque traditionnel, puis se sont recueillis dans un cimetière militaire allemand près de Kyiv. Cette année, quatorze d’entre eux étaient présents sous les bannières vertes caractéristiques de la Dritte Weg aux côtés des organisations nationalistes ukrainiennes. Le contexte du discours prononcé par le représentant de la Dritte Weg renvoyait aux événements de Chemnitz et la délégitimisation des politiques migratoires de la chancelière Angela Merkel du point de vue des citoyens. C’est pourquoi son allocution s’intitulait « Allemagne : la révolution ou l’effondrement ». Nous savons maintenant que Merkel a annoncé que pour la première fois dans l’histoire de la CDU, un changement de direction du parti était envisageable.

Le 1er mai 2018, les rangs disciplinés de la Dritte Weg ont donc battu le pavé de la ville de Chemnitz avec des slogans en faveur de la justice nationale et sociale. Plusieurs mois plus tard, ils sont revenus se mettre à la tête de la protestation populaire contre les crimes des migrants favorisés par l’État et les mensonges médiatiques. Cette fois-ci, le terrain qui avait toujours été prédisposé aux idées nationalistes, était encore plus sensible à la présence de la Dritte Weg. Après avoir parlé des activités du parti, de la croissance de ses cellules et de son réseau, de ses projets sociaux et électoraux, le porte-parole de l’organisation a souligné qu’elle constitue, avant tout, un mouvement nationaliste-révolutionnaire capable de répondre au défi de la « guerre civile » en Allemagne. Pour conclure son allocution, il a fait remarquer qu’il ne voyait aucun obstacle au développement d’une coopération internationale : non seulement avec le Corps National et CasaPound – Italie, mais aussi avec Aube Dorée et le Mouvement de résistance nordique (NRM).

La parole a ensuite été donnée à une autre force nationaliste allemande, les jeunes nationalistes des JN-NPD (Jeunes nationalistes – Parti national démocratique d’Allemagne). Maik Schmidt et Remo Matz ont présenté les activités de l’organisation de jeunesse du NPD, force reconnue volant désormais en autonomie. Après s’être présentés et avoir décrit leurs itinéraires respectifs au sein du mouvement nationaliste, Maik et Remo ont abordé les codes distinctifs de leur organisation introduits par ses membres pour en finir avec les stéréotypes concernant les représentants de la droite radicale allemande. Ils ont en particulier mentionné un style particulier et un code vestimentaire avec des polos et des maillots estampillés JN, car il est, aujourd’hui, interdit en Allemagne pour une organisation de jeunesse de porter un uniforme.

Plus tard, Maik et Remo ont mis l’accent sur diverses activités des JN, des marches de protestation anti-gouvernementales aux projets sociaux. Par exemple, ils ont, d’une manière créative, attiré l’attention de la société allemande sur le fait que le 9 mai ne constitue pas un « jour de victoire » pour les Allemands. Ils ont finalement achevé leur survol des activités des JN avec la projection d’un reportage vidéo sur leur dernier événement paneuropéen, le congrès international REGeneration Europa qui s’est tenu les 11 et 12 mai 2018, auquel ont participé entre autres, Olena Semenyaka et Viktoria Polounina en tant que représentantes ukrainiennes du Corps National. Remo Matz et Maik Schmidt ont également participé à la Marche de la Nation du 14 octobre, sans tenir compte des divergences, au sein du NPD, autour du conflit russo-ukrainien, se posant ainsi comme une authentique avant-garde paneuropéenne de leur mouvement, non seulement au sens d’une ouverture à la coopération avec toutes les forces nationalistes européennes, mais aussi à celui d’une compréhension claire de l’origine du conflit et d’une alliance à long terme avec l’un des plus puissants mouvements nationalistes de la planète.

Azov 2

La « section allemande » fut close par Thomas Rackow, ex-membre du NPD qui joue actuellement un rôle extrêmement important et véritablement « paneuropéen » en tant que coordinateur de la coopération entre militants nationalistes norvégiens, allemands et ukrainiens. Après avoir entendu le discours d’Olena Semenyaka au congrès REGeneration Europa, il a invité cette dernière à venir s’exprimer ainsi devant des nationalistes norvégiens dans la partie orientale de la patrie de Knut Hamsun. Aussi, à son initiative, un projet caritatif ukraino-germano-norvégien est-il né sous le nom de « Kraftquell (« La source de la puissance »), qui organisera des vacances en Allemagne et en Norvège pour des familles de vétérans ukrainiens du front du Donbass. Thomas Rackow a décrit en détail son projet et a invité les participants à y prendre part ou à partager les informationss le concernant.

D’autres interventions nordiques

Après la pause déjeuner, nos fameux invités d’honneur, Marcus Follin, plus connu en tant que « Golden One » et Greg Johnson ont pris la parole. Dans le cadre de la semaine paneuropéenne, ils ont tous deux également participé à des entretiens filmés et fait de nouvelles interventions les jours suivants cet événement.

D’ailleurs, il est intéressant de préciser qu’une délégation suédoise était aussi présente à Kyiv au cours de ces journées. On peut nommer Jonas Nilsson, coordinateur du Projet Boer, pratiquant et entraîneur de MMA, ancien instructeur du régiment Azov, auteur du livre Anarcho-Facism. Nature Reborn (« Anarcho-fascisme. La renaissance de la nature ») et Anton Stigermark, politologue, auteur d’un premier livre publié récemment, Memetisk Krigforing (« La guerre mémétique », prochainement traduit en anglais), et venu essentiellement combattre au club de MMA « Reconquista » où se tenait cette réunion internationale.

L’allocution de Marcus Follin, faisant écho à plusieurs aspects de la crise européenne, a porté sur une grande variété de sujets : un retour sur les dernières élections en Suède, l’essence du nationalisme paneuropéen, l’importance d’un développement harmonieux physique et intellectuel et le programme d’entraînement du « Golden one ». S’exprimant au sujet de la situation politique suédoise, il a insisté sur le fait que bien que le parti le plus sympathique, Alternativ for Sverige (« Alternative pour la Suède »), n’ait pas atteint le seuil requis pour entrer au Parlement avec 0,31 % des voix lors des dernières élections, son influence ne peut que croître à l’avenir. Il a ajouté, que bien que le mouvement nationaliste ukrainien soit incomparablement plus développé, les citoyens suédois, étant donné le stade critique qu’ont atteint les tendances destructrices dans leur pays, sont de loin beaucoup plus politisés et conscients des problématiques globales du monde occidental.

Pourtant, depuis les signes les plus prometteurs d’un renouveau national dont nous avons été témoins en Europe orientale, commentant l’importance du paneuropéanisme et de la coopération internationale entre les forces nationalistes de l’Europe, Marcus Follin a souligné la nécessité de la réconciliation polono-ukrainienne. En Europe occidentale, a-t-il dit, les tensions interethniques et le chauvinisme entre Européens sont un luxe que nous avons surmonté depuis longtemps. Il a aussi exprimé son soutien total au programme géopolitique de l’Intermarium. Il a en outre parlé de métapolitique et de l’élan formidable donné à sa formation personnelle après son passage sous les drapeaux. Il a expliqué à l’auditoire qu’un Suédois moderne ordinaire, en tant que produit de programmes d’éducation gouvernementaux et des médias libéraux, est une personne qui ne peut concevoir que l’identité suédoise soit menacée, étant donné qu’il ne possède lui-même aucune identité en tant que Suédois et représentant d’un héritage européen particulier qui a été oblitéré. Ainsi, l’objectif de l’action métapolitique en Suède est-il, avant tout, de revitaliser cette connexion par le biais d’une éducation alternative pro-européenne dans la veine de Julius Evola et de Dominique Venner, des études mythologiques qui en appellent aux archétypes et à un exemple personnel positif.

Finalement, en abordant la question du propre programme d’entraînement du « Golden One », Marcus Follin a rappelé les effets positifs de son expérience militaire dans le contexte d’une préparation à renoncer à un style de vie hédoniste typiquement occidental, à acquérir un sens de la hiérarchie et de la dévotion à une cause supérieure et donner le meilleur de soi-même dans des activités sportives choisies. La perfection physique, une fois de plus, devrait marcher main dans la main avec une formation métapolitique constante et la diffusion de ces idéaux au sein de la société.

Il fut quelques jours plus tard interrogé au club littéraire Plomin par Olena Semenyaka, dans une conversation didactique revenant sur des sujets déjà abordés que sur d’autres thématiques majeures comme les perspectives du scandinavisme et du renouveau de l’identité nordique, la future coopération entre le bloc de défense scandinave et l’Intermarium, la contribution suédoise à la lutte de l’Ukraine contre les forces soutenues par le Kremlin dans le Donbass et la possible remilitarisation de la société suédoise, la création du centre social et métapolitique suédois Det Fria Sverige (« La maison des Suédois ») et bien d’autres encore. Marcus Follin est aussi intervenu sur « Le croisé métapolitique », le 20 octobre à Atek, la base du Corps National, pour les militants du « Corps des Sports et de la Droujina Nationale ». La conférence était consacrée à la nécessaire harmonie qui doit unir deux cheminements : la Voie du Livre et la Voie de l’Epée. Une attention particulière était portée aux aptitudes spéciales que les nationalistes ukrainiens devraient être en mesure de développer dans ces moments si décisifs pour leur pays et le reste de l’Europe, avec une capacité à expliquer à un public ukrainien et international, l’enracinement organique de la culture ukrainienne dans l’héritage européen, les origines de l’identité nationale ukrainienne et le processus d’édification de l’Etat, de préférence en Anglais. Cependant, un très grand nombre d’autres sujets ont également évoqués. Marcus Follin est revenu sur la question religieuse, le déni de l’implication russe dans le conflit en Ukraine au sein de la mouvance nationaliste suédoise, la scène politique suédoise et l’électorat populiste de droite, la suppression du service militaire obligatoire après la chute de l’URSS et ses effets négatifs sur les jeunes Suédois, son expérience personnelle de la MMA, sa compréhension de la défense par les Ukrainiens de leur identité nationale dans sa confrontation avec la Russie et son soutien à l’Intermarium en tant que troisième voie entre l’Union européenne et la Russie et le fait de savoir s’il doit être considéré [toute proportions gardées – NDT !] comme le « Evola scandinave ». À noter qu’étaient présents dans l’assistance deux volontaires et instructeurs suédois bien connus au sein du régiment Azov, Mikael Skillt et Jonas Nilsson.

Olena Semenyaka

Traduction et adaptation de Pascal G. Lassalle.