Compte-rendu de la délégation ukrainienne à un colloque à Zagreb par Olena SEMENYAKA

Le 9 décembre 2017, des représentants ukrainiens du parti politique Corps National (vitrine politique du Mouvement Azov – NDT) et du club Plomin (« Flamme »), Olena Semenyaka, Sviatoslav Vychynskyi et Andriy Volochyne, ont pris la parole au cours d’une conférence internationale extrêmement importante qui s’est tenue à l’Université catholique de Zagreb, grâce aux efforts conjoints des Croates et des Ukrainiens.

Celle-ci était intitulée « Un siècle après la Révolution d’Octobre. Qu’est-ce que la droite peut apprendre de la gauche ? ».

Après tout, la situation actuelle du nationalisme croate est assez semblable à celle de son équivalent ukrainien.

Aux yeux des partis patriotiques habituels, il n’existe seulement que deux problèmes de taille au sein de la société : les communistes (reconvertis en libéraux depuis des lustres) et les Serbes (les Russes dans le cas ukrainien).

Les sujets économiques et géopolitiques, qui ne font pas état de l’adaptation de l’idéologie nationaliste aux réalités changeantes du présent, sont seulement pris en compte par les nationalistes croates de la nouvelle génération, comme ceux du parti Generacija Obnove (« Génération du Renouveau »).

Son chef, Frano Cirko et son secrétaire aux relations internationales, Leo Maric, avaient pris part au congrès inaugural du parti Corps National, le 14 octobre 2016, puis avaient participé régulièrement aux conférences du Groupe d’Assistance au Développement de l’Intermarium établi à Kyiv à l’initiative d’Andriy Biletskyi, chef du Corps National, membre du Parlement et fondateur du régiment Azov.

La conférence à l’Université catholique s’est aussi tenue avec leur participation et leur soutien.

Cet événement était organisé par l’association Repressija pour la partie croate et le club littéraire Plomin du côté ukrainien.

Aux Ukrainiens et aux Croates se sont aussi ajoutés des participants venus de Pologne.

L’événement a attiré des invités venus de Slovénie et de France, ainsi que des personnalités du Front patriotique de Croatie comme Tomislav Sunic, bien connu en dehors de son pays pour ses travaux sur la Troisième Voie européenne et la Nouvelle Droite, ou le général Zelijko Glasnovic, militaire couvert d’honneurs qui continue sa mission en tant qu’homme politique nationaliste intransigeant qui siège au sein du Parlement de son pays.

Jure Georges Vujic, diplomate croate et conseiller au sein du ministère des Affaires étrangères, géostratégiste associé à l’Académie de Géopolitique de Paris, responsable du Département des Sciences politiques de « Matica hrvatska » et directeur du laboratoire d’idées, Institut de Recherches Géopolitiques et Stratégiques, qui a étudié le droit en France et s’est spécialisé dans la Nouvelle Droite européenne (comme collaborateur régulier de la Fondation Polémia et membre du comité éditorial de la revue de débats Krisis fondée par Alain de Benoist), a pris une part active dans les discussions sur les notions de Troisième Voie et d’Intermarium souverain.

Les interventions et les présentations ont couvert un vaste éventail de sujets allant des leçons du léninisme dans l’organisation du processus révolutionnaire (Kresimir Dzoic) et de la futurologie soviétique post-idéologique tardive (Sviatoslav Vychynskyi) à la stratégie pour obtenir l’hégémonie politique par le biais des activités culturelles et intellectuelles/institutionnelles développées par les néo-marxistes Antonio Gramsci et Rudi Dutschke (Leo Maric) et au phénomène des squats de droite (abordé par Witold Dobrowolski à partir des exemples apparentés de CasaPound – Italie, la Maison Cosaque, le Centre Jeunesse du Corps National, les activités du Hogar Social Madrid en Espagne et du Bastion social en France).

Azov 2

Milosz Jezierski, le représentant de l’organisation tercériste polonaise Szturmowcy, a exploré en profondeur le thème de la contre-culture nationaliste, de l’esthétique et des tactiques du Black Bloc en particulier, avec l’accent mis sur la question de la violence urbaine et politique.

Mario Jurcec a révélé les trajectoires de la Nouvelle Gauche, des cours dispensés au sein des cénacles universitaires et académiques jusqu’aux programmes gouvernementaux des pays occidentaux modernes.

D’autres thèmes aussi divers que le choc des valeurs engendré par le cinéma de gauche (dans le contexte de l’Alt-Right, par Marko Juric) et les influences de droite dans le cybermonde des monnaies cryptées, le bitcoin en particulier (Andriy Volochyne), ont été mis en lumière au cours de la conférence.

Olena Semenyaka, secrétaire aux relations internationales et membre du Haut-Conseil du Corps National, a fait remarquer en tant qu’intervenante régulière au club Plomin que ce dernier pouvait indéniablement être considéré comme un précédent ukrainien dans l’application de la stratégie gramscienne, au vu de la croissance exponentielle des cours et débats organisés en son sein sur les questions politiques et sociales du moment.

Le sujet de son intervention intitulée « Le travailleur d’Ernst Jünger et l’État universel. Apprendre de la gauche ici et maintenant » concernait directement l’Intermarium, le Commonwealth des nations d’Europe centrale et orientale ainsi que la Paneurope et ses extensions.

Précisant que la révolution du Maidan était loin d’être achevée, elle a vivement recommandé de se référer aux travaux d’Ernst Jünger, le théoricien allemand de la révolution nationaliste et de la Troisième Voie, un pan-européiste qui a habilement « ancré » les schémas marxistes au sein de sa propre conception historique et philosophique.

C’est précisément l’incapacité de la Droite du siècle écoulé à mettre en place une tendance à l’échelle de l’Histoire mondiale envers l’émancipation et la globalisation croissante, au service des intérêts nationaux et paneuropéens qui a mené à la perte des positions de l’Europe sur le plan international.

Au cours de la conférence, les participants ont eu l’occasion de se procurer les documents du Corps National édités en différentes langues par la maison d’édition Orientyr (« Orientation ») parmi lesquels on trouvait une petite histoire du Mouvement Azov, les actes de la conférence du Groupe d’Assistance au Développement de l’Intermarium ou une anthologie du nationalisme européen.

Du côté croate, il était possible d’acheter les derniers numéros du magazine métapolitique Obnova (« Renouveau ») publié sous les auspices du parti Generacija Obnove.

La visite de la délégation ukrainienne ne s’est cependant pas limitée à la participation à la conférence. En effet, le jugement infâme infligé au général Slobodan Praljak par le Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) qui l’a déclaré criminel de guerre, a ébranlé la mouvance patriotique dans toute l’Europe.

Sans parler de la Croatie même où presque chaque jour, il se produit des manifestations officielles ou civiques pour honorer le général qui a volontairement choisi de se donner la mort plutôt que subir la disgrâce.

Ainsi, le 11 décembre, des milliers de Croates ont-ils occupé tout l’espace de la vaste salle de concert Vatroslav-Lisinski pour honorer le nom glorieux du général Praljak lors de cet événement mémorable organisé par le parti HDZ (Union démocratique croate). Parmi tant d’autres, on relevait la présence de Miroslav Tudjman, fils du premier président de la Croatie indépendante, du chef des services de sécurité croates et de nombreuses figures connues du monde politique et culturel, beaucoup d’entre elles ayant connu le général et pris la parole à cette occasion.

Le thème transversal de leurs interventions concernait le problème de la dégradation des institutions internationales qui, selon la présidente croate Kolinda Grabar-Kitarovic, à la tête de l’Initiative des Trois Mers avec son homologue polonais Andrzej Duda, ont commencé à outrepasser leurs attributions en imposant leurs propres doctrines aux États souverains et en réécrivant l’histoire de la Croatie.

En fait, ce n’était pas la première fois que les héros de la guerre pour l’indépendance croate, à l’exemple du général Ante Gotovina, ont été taxés de « criminels de guerre » sous la pression occidentale.

Aujourd’hui, il est devenu très clair que l’Occident moderne poursuivra son programme d’hostilité aux intérêts européens, que ce soit dans le cas du Serbe Slobodan Milosevic ou du Croate Slobodan Praljak.

La résistance actuelle menée par le gouvernement et la société croates montre qu’il existe une demande importante pour le développement de l’Intermarium Adriatique-Baltique-Mer Noire.

Au nom du Corps National, Olena Semenyaka a aussi dressé des parallèles alarmants avec ce que pourraient être les destins possibles des chefs de bataillons de volontaires ukrainiens, au cours de sa visite de quelques jours à Zagreb.

Les défilés et manifestations de masse qui se sont tenus ces jours-là à Zagreb entendaient également résoudre des questions moins globales, encore que d’une certaine manière directement liées à la sinistre farce de La Haye.

Il y avait des demandes visant à garantir un gouvernement autonome à la minorité croate de Bosnie-Herzégovine qui représente entre 15 et 18 % de la population, en raison de la menace qui pèse sur sa sécurité, aussi que sur ses droits politiques et culturels.

La Croatie, qui a fait le maximum pour favoriser l’émergence d’une Bosnie-Herzégovine indépendante, se voit maintenant considérée comme un pays agresseur, accusé d’avoir commis des exactions contre les Musulmans, dont les actions agressives pourtant documentées, sont, elles, oubliées.

Le 10 décembre, Generacija Obnove a aussi organisé une manifestation devant le Parlement croate en faveur d’un gouvernement autonome pour les Croates de Bosnie-Herzégovine, à laquelle a pris part la délégation ukrainienne. Ce fut le cas également pour le défilé du 12 décembre qui a réuni des représentants des organisations étudiantes de Croatie et de Bosnie-Herzégovine ainsi que des personnalités et tous ceux qui se sont joints à cette protestation dans le quartier gouvernemental.

Ainsi, la visite de la délégation ukrainienne du Corps National à Zagreb a-t-elle été marquée par deux tâches étroitement liées dont le succès sera en mesure de déterminer largement le sort de l’Ukraine, de la Croatie et, en dernier lieu, de la région entière : la modernisation de l’idéologie nationaliste et le développement de l’Intermarium Adriatique-Baltique-Mer Noire.

Olena Semenyaka

Traduit et adapté par Pascal G. Lassalle.

D’abord mis en ligne sur Reconquista, le 14 janvier 2018.