Commentaires sur la crise iranienne par Georges FELTIN-TRACOL

Depuis le 12 juin 2009, jour de l’élection présidentielle, l’Iran traverse une grave crise politique. Derrière une inquiétude de circonstance, les dirigeants occidentaux se réjouissent de ce tumulte intérieur croissant qui leur permet le secret espoir que Téhéran ne parviendra pas à acquérir l’arme atomique ou, pour le moins, échouera près du seuil critique de la nucléarisation.

Heureuse de voir une menace (presque) écartée de son horizon, l’hyper-classe ploutocratique incite ses médias à désinformer largement les populations, d’où un traitement de l’actualité partial. Il est par exemple risible d’entendre de sévères mises en garde, de violentes critiques envers la République islamique et son régime théocratique alors que l’insupportable théocratie des droits de l’homme pèse sur les Européens…

Remarquons en outre la nette différence de couverture médiatique entre les événements survenus en Iran et l’inqualifiable coup d’État au Honduras qui a renversé le président légitime Manuel Zelaya. On attend toujours que les O.N.G. patentés, véritables agences de sous-traitance de coups fourrés, appellent à manifester contre les putschistes ou que Paris Match, ce grand vecteur d’inculture et de conformisme, publie des reportages sur la violente répression des partisans de Zelaya à Tegucigalpa. Précisons que Manuel Zelaya est proche d’Hugo Chavez, donc lutte contre les oligarchies transnationales, et que le régime iranien ne se couche pas devant elles. Une manipulation de l’opinion ne serait pas surprenante afin de justifier par un prétexte supplémentaire une éventuelle intervention militaire occidentale contre l’Iran qui, par ses manœuvres, perturbe les intentions hégémoniques régionales de l’axe Ankara – Tel-Aviv – Ryad.

Une révolution de couleur à Téhéran ?

Dès l’annonce de la victoire éclatante du Président Ahmadinejad, Téhéran et certaines agglomérations du pays ont vu surgir de soi-disant manifestations « spontanées » d’opposants. Une étude minutieuse du déroulement des événements démontre qu’une partie des faits a été préparée longtemps à l’avance. De surcroît, la campagne électorale a électrisé au préalable la population. Les classes moyennes aisées et la bourgeoisie urbaine pariaient sur la défaite de Mahmoud Ahmadinejad. Elles ne croyaient pas en sa popularité réelle dans le petit peuple iranien.

Pour la première fois depuis les débuts de la République islamique, les Iraniens se sont vraiment passionnés pour ce scrutin. Les quatre candidats retenus (1) – Ahmadinejad, Mir Hossein Moussavi, le libéral Mehdi Karoubi et le conservateur Mohsen Rezaï – ont débattu à l’occasion de duels télévisés virulents. Si ces trois concurrents ne se privèrent pas d’attaquer le président sortant sur son bilan économique et de fustiger ses saillies verbales, celui-ci répliqua en dénonçant la corruption de certains hiérarques du régime… Se sentant visés, Ali Akbar Hachemi Rafsandjani et quatorze religieux de haut rang de la ville sainte de Qom rédigèrent une lettre au Guide suprême de la Révolution islamique, Ali Khamenei, dans laquelle ils lui demandaient de tempérer l’ardeur épuratrice du président candidat.

Cette dénonciation n’était pas fortuite. Mahmoud Ahmadinejad a vite compris qu’« il y a […] derrière Moussavi de nombreux responsables politiques, dont l’ex-président Ali Akbar Hachemi Rafsandjani qui a mobilisé tous ses réseaux contre Ahmadinejad (2) ». Cet ancien président de 1989 à 1997 conserve une rancune tenace envers l’actuel président qui l’a vaincu en 2005. Irrité, agacé et frustré par une nouvelle défaite, Hachemi Rafsandjani a donc choisi l’épreuve de force.

Les manifestations de soutien en faveur de Moussavi sont au départ un moyen détourné de quelques caciques d’exprimer leur mécontentement. Ils pensaient pouvoir maîtriser les protestations populaires. Or ce mouvement a été récupéré et amplifié par les services spéciaux occidentaux, étatsuniens et britanniques en particulier. Grâce à une cyberlogistique performante, des milliers de textos et de pourriels stigmatisant une hypothétique fraude électorale se déversent sur les téléphones portatifs et les ordinateurs des Iraniens. Dans le même temps, des médias télévisés et radiophoniques spécialisés ouvrent leur antenne pour des émissions spécifiques en langue persane qui appellent les Iraniens à l’émeute. Enfin Internet et le réseau Twitter sèment le doute et répandent des mots d’ordre insurrectionnels. On est en présence d’une révolution colorée, verte (couleur du candidat Moussavi) cette fois-ci. Tout concorde : le moment choisi, juste après une élection présidentielle et les moyens utilisés, une combinaison d’instruments sophistiqués et l’action d’agents d’influence sur des foules aigries et malléables. Toutefois, la « révolution de couleur » en cours à Téhéran ne saurait se confondre avec ses homologues ukrainienne, géorgienne, libanaise ou khirghize. Il serait plus juste de la comparer avec la révolution roumaine de décembre 1989.

Le précédent roumain

Dans une excellente brochure, La tyrannie médiatique, Polémia appelle le lecteur à se méfier des assertions médiatiques et des risques de manipulation informationnelle en se référant toujours par ces initiales mnémotechniques, T.K.K.A.D.M., aux quatre meilleurs exemples de désinformation : Timisoara, Koweït-Ville, Kossovo, Armes de destruction massive. La situation en Iran semble reproduire dans les mécanismes le cas de Timisoara.

En décembre 1989, la chute du Mur de Berlin fait vaciller les unes après les autres les démocraties populaires d’Europe de l’Est. Seule la Roumanie de Nicolae Ceaucescu résiste et s’oriente sur une ligne nationale-communiste. Or Gorbatchev ne veut pas que Bucarest devienne une nouvelle Albanie ou une autre Corée du Nord dans une région stratégique de l’Europe. L’aile du K.G.B. qui lui est fidèle, organise alors une déstabilisation du régime roumain en s’appuyant sur l’importante minorité hongroise. Le 16 décembre, les habitants de Timisoara manifestent contre le déplacement du défenseur des Magyars, le pasteur Laszlo Tökes. Dans son journal du soir, la radio nationale de Budapest annonce que l’armée roumaine aurait chargé les manifestants. Le 18, la même radio est la première a évoqué l’existence de massacres de civils, massacres vite corroborés par la découverte du fameux charnier. Ces nouvelles guère vérifiées sont reprises et répercutées par Radio Free Europe. Une désapprobation internationale quasi-unanime condamne la férocité des forces de l’ordre roumaines et fragilise de ce fait le régime. Dans le même temps, les éléments gorbatchéviens du Parti, de l’armée et de l’appareil d’État sapent l’autorité du Conducator rouge au profit d’Ion Illiescu, un apparatchik écarté du pouvoir et heureux d’y revenir grâce aux manœuvres souterraines soviétiques. La révolution roumaine de Noël 89 fut la dernière grande réussite du K.G.B. gorbatchévien et nullement une insurrection anti-communiste comme on l’a d’abord cru. Sont-ce vraiment des hasards si jamais la Roumanie ne fut réellement décommunisée et si Illiescu nomma en janvier 1990 au poste de Premier ministre Petre Roman dont le père, Valter, fut le confident de Gheorghiu-Dej, le fondateur de la Roumanie socialiste, et le créateur de la Securitate, la police politique ?

En Iran, l’Illiescu local pourrait être Mir Hossein Moussavi. C’est un homme du sérail qui fut Premier ministre de 1981 à 1989 avant de se retirer de la vie politique. Dans les faits, il resta dans les coulisses du pouvoir en étant le conseiller écouté des présidents de la République islamique successifs, Hachemi Rafsandjani et Mohammad Khatami (1997 – 2005). On lui a prêté l’intention d’être candidat à la présidence dès 1997, mais son image de technocrate étatiste le desservait auprès des partisans de Rafsandjani. Son retour sur la scène politique en 2009 résulte des menées de Rafsandjani qui voulait prendre sa revanche en incitant Moussavi et Mohsen Rezaï à se porter candidats, le second ayant la tâche de détourner sur lui une partie du vote conservateur. Ancien président du Parlement, ancien président de la République, Ali Akbar Hachemi Rafsandjani est un personnage politique de tout premier plan qui pensait évincer Ahmadinejad dès le premier tour ou lors du second. Or le peuple iranien n’aime pas Rafsandjani et il a déjoué ses habiles calculs. Dépité, il entendait faire pression sur le Guide suprême en lui montrant qu’il dominait la rue. Patatras ! C’est à ce moment-là que des officines expertes en révolutions colorées intervinrent et court-circuitèrent les démonstrations de rue.

Il est aussi possible que ces officines et Hachemi Rafsandjani aient conclu un pacte. Des rumeurs insistantes rapportent que l’ancien président aurait placé une grande partie de ses avoirs financiers en Californie. Si ce fait est avéré, cela expliquerait sa relative bienveillance à l’égard de l’Occident. Sans contredire l’hypothèse précédente, les officines profiteraient aussi des terribles luttes internes.

La lutte implacable des factions

« Bien que la Constitution reconnaisse explicitement la liberté de former des partis politiques […], écrit Marie Ladier-Fouladi, le pouvoir a toujours préférer éluder cette question. (3) » Contrairement à ce qu’on pourrait croire, l’Iran ne vit pas sous l’emprise d’un parti unique. À la place des formations partisanes existent des factions puisque, « en refusant d’autoriser la création des partis politiques, la République islamique s’est condamnée à la logique des jeux de factions. À l’approche de chaque échéance électorale, celles-ci forment des coalitions précaires pour présenter des candidats ou des listes de candidats aux divers scrutins. [… Bref,] le jeu électoral sert en réalité aux factions, non seulement à accéder au pouvoir mais aussi à mesurer leurs rapports de force (4) ».

Il est courant de désigner ces factions sous les termes familiers de « droite », de « gauche » ou du « centre ». Ces qualificatifs apparaissent cependant dans un contexte très particulier aux débuts des années 1980. « Sous embargo depuis 1979, isolé sur le plan international, l’État islamique était, d’une part, impliqué dans une guerre contre l’Irak à laquelle il lui fallait consacrer chaque année une part non négligeable de son budget, et contraint, d’autre part, en raison des pressions incessantes de sa population, de maintenir voire de renforcer sa politique sociale et donc d’y attribuer une part de plus en plus importante de ses recettes. Les “ libéraux ” prônaient le développement du secteur privé et l’exportation des produits non pétroliers; les “ étatistes ” exigèrent à l’inverse une mainmise de l’État sur l’économie par l’instauration d’un système de rationnement alimentaire et de distribution de coupons donnant accès aux produits de première nécessité, d’une politique de contrôle des prix, d’une hausse des impôts, voire d’un recours aux emprunts d’État. Le pouvoir se déchirait aussi sur d’autres questions : le droit à la propriété et ses limites, la nouvelle distribution des terres agricoles, la constitution des sociétés coopératives, etc. Ces divergences contraignirent les deux camps à préciser plus clairement leur orientation économique et à mieux formaliser leur position dans le champ politique défini par le régime. Désormais, les uns furent désignés comme étant la “ droite ” et les autres la “ gauche ”. Mais ne nous y trompons pas : il ne s’agit pas d’une droite et d’une gauche telles qu’elles sont définies dans des démocraties occidentales. (5) »

Aujourd’hui, ce clivage se cristallise aussi autour des débats sur la rigueur des mœurs, le degré d’ouverture de l’économie à la mondialisation ou l’évolution des institutions. Au pouvoir entre 1997 et 2005, les factions de gauche ont cherché sans succès un compromis avec la modernité occidentale. Les factions de droite essaient plutôt de concevoir une voie particulière, originale, iranienne, nationale et islamique, vers la modernisation sans cependant imiter l’Occident et importer sa corruption morale. Principalement préoccupées par les affaires économiques, les factions du centre sont plus pragmatiques et alternent leurs soutiens entre les différentes tendances. Ainsi procède Hachemi Rafsandjani. « Rangé clairement du côté des fondamentalistes durant ces sept dernières années [pendant la présidence de Khatami] pour entraver le chemin des réformateurs, l’ancien président se voulait au-dessus des factions, homme des consensus et des compromis. (6) »

Le pluriel s’impose pour décrire des factions nullement monolithiques. En leur sein, les rivalités personnelles et entre clans sont féroces. Jean-François Colosimo explique qu’« on assiste à une lutte entre factions adverses au sommet du pouvoir. Et, contrairement à ce que suggère une partie de la presse, ce n’est pas l’affrontement du bien et du mal, c’est là une compétition, si vous me passez l’expression, entre des “ ultras ” et des “ durs ”. (7) »

Les contentieux ne sont pas que politiques; ils s’étendent à l’économie et aux importants intérêts qui en découlent. Appui critique de la République, le Bazar s’est depuis longtemps rangé derrière Hachemi Rafsandjani qu’il considère comme l’un des siens. En effet, « au cours de ces trois dernières décennies, Hachemi Rafsandjani s’était enrichi au point de devenir l’homme le plus riche d’Iran. Il n’avait pas hésité à installer des membres de sa famille à des postes importants dans les affaires économiques et politiques du pays (8) ». Or, depuis les années 2000, on souligne la montée en puissance dans le domaine économique des « organismes de force », à savoir les Pasdaran (les Gardiens de la Révolution qui sont l’armée idéologique du régime, les Bassidji ou Mobilisés étant des supplétifs paramilitaires rapidement mobilisables et placés sous leurs ordres). Un rapport de la Rand Corporation note que « le corps des Pasdaran s’est transformé en un véritable conglomérat socio-politico-économique, dont l’influence s’étend jusqu’au moindre recoin de la vie politique et de la société (9) ». Il est maintenant certain que « Mahmoud Ahmadinejad a été le premier “ élu ” d’une structure en réseaux locaux, formée en lien avec le développement des activités économiques et militaires des Pasdaran, à travers leurs différentes instances. Cette structure n’est pas dirigée de façon unitaire et mise à la disposition d’une seule formation politique de la faction fondamentaliste. En fonction des négociations menées avec l’une ou l’autre force politique issue des fondamentalistes et des compromis obtenus, ces réseaux peuvent se regrouper et se mobiliser en faveur de l’un ou l’autre candidat (10) ». C’est la conséquence d’une mue entamée en 1989. Cette année-là, « à l’initiative de leur chef, et avec le soutien du Guide, les Pasdaran fondèrent le Gharârgâh-e bâz sâsi-ye khatam-e anbiâ (Quartier général de reconstruction du dernier prophète) pour élargir leur champ d’action aux activités économiques dans les secteurs de l’agriculture, de l’industrie et des services. Ils investirent surtout le génie civil, c’est-à-dire la maîtrise des enjeux fonciers et des grands chantiers publics. Depuis, ils ont pratiquement gagné tous les gros contrats des travaux de génie civil mis en adjudication ou non par diverses administrations et institutions étatiques, et sont ainsi devenus une force militaro-économique de premier ordre dans la République islamique (11) ».

Il est raisonnable de penser qu’une frange embourgeoisée du régime ne goûte guère l’ingérence des Pasdaran dans des secteurs lucratifs et stratégiques. En outre, factions et coteries craignent que les Gardiens ne constituent à terme un véritable État dans l’État alors qu’ils forment déjà l’une des plus puissantes institutions du pays.

L’Iran, une polycratie

Regrettons que les constitutionnalistes soient si peu diserts sur l’originalité de l’actuelle Constitution iranienne. « Fondée à la fois sur la souveraineté absolue de Dieu et la souveraineté populaire, la République islamique s’est dotée de nombreuses institutions non électives et de quatre institutions électives. (12) » Il s’agit de la transposition institutionnelle du velâyat-e faqih théorisé en 1969 par l’ayatollah Khomeiny. Cette expression désigne « le gouvernement du juriste qui possède les mêmes prérogatives que les saints législateurs (le Prophète et les imams). Cette doctrine politique est également appelée la théorie du “ pouvoir absolu du juriste par nomination ” (le juriste n’est pas élu, mais nommé par d’autres juristes “ représentants de l’imam ”) (13) ». En 1989, la Constitution est révisée et approuvée par référendum. Outre la suppression de la fonction de Premier ministre, la nouvelle version abandonne le velâyat-e faqih pour un nouveau concept, celui de velâyat-e motalqeh-ye faqih (gouvernement omnipotent du jurisconsulte) forgé en juillet 1987 par Khomeiny. « Il s’est ainsi attribué, en tant que Guide, un pouvoir absolu puisqu’il pouvait dès lors intervenir et agir dans tous les domaines de la vie politique, cela au détriment, bien entendu, de l’autorité des institutions politiques électives. (14) » Chef de l’État désigné à vie, le Guide suprême de la Révolution islamique supervise l’ensemble des organes de la République. Il est plus qu’un arbitre car il dirige les forces armées, est le chef des Pasdaran et contrôle les médias. Il lui revient aussi la tâche de déterminer la politique générale de l’Iran, a le droit de grâce et peut organiser un référendum.

Élu au suffrage universel direct pour un mandat de quatre ans renouvelable une fois, le président de la République est une sorte de super-Premier ministre qui bénéficie surtout de prérogatives économiques, sociales et financières. Il nomme et dirige les membres du gouvernement. Président et ministres peuvent être censurés par le Parlement. Toutefois, pour le président, la révocation n’est effective qu’avec l’assentiment explicite du Guide comme en 1981 quand Khomeiny destitua Bani Sadr.

L’Assemblée consultative islamique ou Majlis est élue pour quatre ans au suffrage universel direct. Les députés votent les lois, adoptent le budget et contrôlent l’action de l’exécutif (15). La seconde chambre, l’Assemblée des experts, n’est pas à proprement parler une instance législative quand bien même elle dispose d’un grand pouvoir. Ses quatre-vingt-six membres – tous religieux – élus pour huit ans au suffrage universel direct, désignent, contrôlent et, le cas échéant, révoquent le Guide suprême.

Le caractère polycratique de l’Iran s’affirme quand on s’intéresse aux autres institutions républicaines. La justice ne dépend ni de l’exécutif, ni du législatif. Son chef judiciaire, toujours un théologien, est nommé pour cinq ans par le Guide qui peut le révoquer. Il dirige la magistrature, élabore les projets de lois judiciaires et propose au Président des noms de candidats pour le ministère de la Justice. Le Conseil de surveillance de la Constitution est l’équivalent iranien du Conseil constitutionnel. De douze membres, « six clercs jurisconsultes nommés par le Guide et six juristes spécialisés en droit, proposés par le chef judiciaire et élus par le Parlement. Leur mandat est d’une durée de six ans, renouvelable par moitié tous les trois ans. Le Conseil a pour principale fonction de veiller à la compatibilité des lois avec l’islam et avec la Constitution. Les tâches sont précises : seuls les clercs jurisconsultes vérifient cette compatibilité quand l’ensemble des membres arbitrent celle liée à la Constitution. […] Tous les textes votés par le Parlement doivent être transmis au Conseil qui leur donne ou non son approbation. L’autre fonction du Conseil est de vérifier la régularité des élections et il peut, le cas échéant, les invalider. Il s’est également octroyé l’autorité d’examiner et de donner son agrément à l’habilitation des candidats aux diverses élections (16) ». Mentionnons enfin le Conseil de discernement de l’intérêt supérieur du régime (ou, selon d’autres traductions, du bien supérieur de l’État). « Créé en février 1988, ce conseil sert d’arbitre entre le Conseil de surveillance de la Constitution et le Parlement. Il a été institué lors de la révision de la Constitution en 1989, qui lui attribua aussi la fonction d’intervenir, le cas échéant, pour assurer l’intérêt et l’unité du régime. (17) » Ses membres sont tous nommés par le Guide pour une durée variable, mais y participent le président de la République, le chef judiciaire, le président du Majlis, les six clercs du Conseil de surveillance, des ministres et des députés. Depuis 1997, ce Conseil de discernement (dont le secrétaire n’est autre que Mohsen Rezaï) est présidé par Ali Akbar Hachemi Rafsandjani qui préside aussi l’Assemblée des experts. Ce cumul « lui a permis d’élargir son pouvoir et de renforcer sa position dans les rapports de force entre les personnalités les plus influentes de la République islamique (18) ».

Faisons un instant une parenthèse et étonnons-nous que des Français qui se revendiquent de la droite traditionnelle et contre-révolutionnaire, dénigrent l’Iran. Ignorent-ils que Téhéran soutient l’Arménie dans le conflit du Haut-Karabakh alors que les Azéris turcophones partagent la même foi chiite ? En considérant attentivement ces institutions, une forte ressemblance formelle apparaît avec l’ordre constitutionnel voulu au XIXe siècle par les ultras et les légitimistes, le roi de France faisant fonction, mutatis mutandis, de Guide suprême. Si, en 1830, Charles X avait imposé le suffrage universel, la France serait peut-être encore sous une royauté populaire de droit divin… Au risque de choquer, la République islamique d’Iran prouve par ses actes une plus grande hostilité envers la modernité que bien des monarchies occidentales actuelles. À quoi bon un roi quand celui-ci ne fait que de la figuration ? Qu’on se souvienne de la pantalonnade de Baudouin Ier qui abdiqua vingt-quatre heures pour ne pas approuver la légalisation de l’avortement. Et que penser du récent refus du grand-duc Henri de Luxembourg d’entériner une loi semblable ? Ont-ils fait un coup d’État, renversé les institutions, congédié le gouvernement, dissout le Parlement ? Non, ils assument dorénavant une simple fonction protocolaire. Les monarques européens ont-ils marqué leur opposition au traité de Lisbonne ? Non. Les monarques d’Europe sont devenus de véritables potiches. En Iran, le Guide suprême a les moyens d’empêcher la contamination occidentale. C’est un katékhon (19) et la République iranienne sait canaliser le suffrage universel. Les institutions iraniennes combattent donc plus les valeurs occidentales modernes que bien des contre-révolutionnaires. À leur corps défendant, ces derniers sont imbibés de modernité dont ils répercutent les valeurs fétiches : l’État-nation, la laïcité, l’égalité homme – femme (20).

L’analyse minutieuse du fonctionnement institutionnel iranien établit finalement un ensemble de pouvoirs et de contre-pouvoirs qui se surveillent réciproquement. Or les victoires surprises du président Ahmadinejad ont perturbé cet agencement délicat, d’autant que les Pasdaran l’appuient. À travers Ahmadinejad, les factions de gauche et du centre emmenées par Hachemi Rafsandjani contestent maintenant l’autorité du Guide qu’elles souhaitent voir affaiblie. En arrière-plan se profilent d’intenses tractations pour s’assurer d’une prépondérance dans la marja’iyya.

Combats pour la marja’iyya

« Remplissant le vide créé par l’absence de leadership religieux, [les savants religieux chiites] deviennent alors les représentants de l’Imam en son absence. Ils lèvent l’impôt et jugent en son nom. S’ils ne prétendent pas à l’infaillibilité religieuse, ils mettent au point une science de l’interprétation des textes qui va leur permettre de formuler de nouveaux préceptes religieux adaptés aux évolutions historiques. (21) » C’est la création du « clergé » chiite avec sa hiérarchie de mollah, d’hodjateslam et d’ayatollah. La principale innovation date de la première moitié du XIXe siècle quand Mohammed Hasan Najafi fait de la ville de Najaf (aujourd’hui en Irak) un grand centre religieux chiite. Son successeur, « Murtadha Ansari (mort en 1864), consolide son œuvre en lui donnant un fondement doctrinal, la marja’iyya al-taqlid, littéralement “ l’imitation ” du plus savant des oulémas. Elle stipule que tout chiite n’ayant pas atteint la capacité d’interpréter les textes religieux de manière autonome (l’ijtihad) doit suivre les avis d’un savant particulièrement érudit. Celui s’appelle le marja’al-taqlid, littéralement la “ source d’imitation ”. Il est désigné par ses pairs selon une procédure hautement informelle dans laquelle le pouvoir social du candidat est aussi important que son érudition religieuse. Idéalement, il ne doit y avoir qu’un seul marja’, dont l’autorité doit faire l’objet d’un consensus. Dans les faits cependant, plusieurs savants religieux se sont toujours disputé le monopole de l’autorité religieuse (22) ». La fonction de marja’ est primordiale parce que « le croyant chiite doit choisir parmi les mojtahed et marja’-e taqlid celui qui lui semble le plus savant, le plus digne, le plus pieux et se conformer à ses avis juridiques. Si ce marja’-e taqlid meurt, il faut immédiatement en choisir un autre, car on ne peut pas imiter un mort (23) ».

On estime à une quinzaine le nombre de marja’ en 2009. Vivant en Irak, Ali al-Sistani peut être considéré comme leur primus inter pares. Or « la marja’iyya est une institution gérontocratique où seuls les septuagénaires sont considérés comme des candidats légitimes (24) ». Laurence Louër ajoute même qu’elle « est régulièrement traversée par des conflits entre oulémas candidats au statut de marja’. L’absence de règles explicites régissant la désignation des marja’, qui s’affirment progressivement en mobilisant leurs réseaux de relations, est à l’origine d’une situation, en réalité constitutive de l’institution religieuse, dans laquelle l’autorité de tel ou tel marja’ peut être mise en cause par tel autre, prétendant être plus savant, ou plus moderne dans son approche de l’islam. Ces querelles se greffent souvent sur des particularismes régionaux ou ethniques (25) ». Ces rivalités internes ne sont pas anecdotiques et sortent même du strict cadre politique iranien. Sait-on qu’en 1995, le chef spirituel du Hezbollah libanais, Mohammed Husein Fadlallah, devint marja’ au grand dam des Iraniens ? Une brève crise opposa les chiites libanais aux autorités iraniennes avant de réussir un compromis : le Hezbollah en tant qu’entité collective reconnaîtrait le Guide suprême Ali Khamenei comme source d’imitation, les chiites libanais pourraient suivre à titre personnel un autre marja’ tel que l’ayatollah Fadlallah. Mais des marja’ contestèrent cet accord au motif que le Guide suprême Khamenei n’était pas lui-même marja’ !

Avant la révision de 1989, pour devenir Guide suprême, la Constitution exigeait que le pressenti fût « mojtahed (docteur en jurisprudence musulmane), marja’-e taqlid (source d’imitation) et “ vertueux ”. Il doit également être doté de clairvoyance politique et sociale, de courage et d’autorité pour diriger l’État (26) ». On supprima la clause nécessitant d’être marja’, car peu de temps avant de mourir, Khomeiny destitua son successeur désigné, le marja’ Montazeri. Sous l’impulsion d’Hachemi Rafsandjani, la désignation de Khamenei « qui résultait d’un consensus entre les religieux de l’Assemblée des experts, il faut le souligner, fut avant tout un choix politique dans la mesure où Ali Khamenei ne pouvait pas assumer la fonction religieuse de Guide. Bien qu’à cette occasion il fût promu ayatollah, il ne disposait pas des savoirs religieux et scientifiques nécessaires pour être considéré comme mojtahed. Pour contourner cet obstacle, la fonction religieuse fut confiée à l’un des dignitaires religieux, et Ali Khamenei dut se contenter de la fonction politique. Par deux fois, des tentatives de désignation d’Ali Khamenei au rang de marja’-e taqlid furent opérées pour lui permettre d’investir le champ religieux et devenir, ainsi, à la fois le chef religieux et politique du pays. Sans succès. Plusieurs grands marja’-e taqlid avaient discrètement savoir leur opposition à sa promotion (27) ». Bref, sans l’être officiellement, le Guide suprême « se considère [pourtant] comme un marja’, mais n’a nullement l’intention de s’imposer à ses pairs en Iran. En revanche […], il revendique le statut de wali amr al-muslimin, de “ chef des musulmans ”, c’est-à-dire en pratique qu’il veut être l’autorité religieuse suprême des chiites à l’extérieur de l’Iran. Si cette précision permet de calmer la plupart des ayatollah de Qom, elle provoque en revanche des réactions virulentes de la part de ceux qui, basés à Qom, à Najaf ou à Beyrouth, disposent de réseaux d’institutions et de fidèles à l’échelle du monde chiite tout entier (28) ». Les autres marja’ tolèrent peu les prétentions de quelqu’un qui n’est pas un des leurs !

Sachant tout cela, Ali Akbar Hachemi Rafsandjani cherche à coaliser autour de son candidat, Mir Hossein Moussavi, le plus de marja’ possibles afin que la marja’iyya qui « est, rappelons-le, une institution plurielle marquée par les rivalités permanentes entre les prétendants à l’autorité religieuse suprême, que celles-ci s’expriment de manière courtoise ou plus agressive (29) », fasse pression sur le Guide suprême, voire invite l’Assemblée des experts à le destituer. La menace plane sur le Guide Khamenei qui peut, cependant, se souvenir qu’« entre 1979 et 1989, du temps où Khomeiny dirigeait la République islamique et revendiquait le leadership religieux et politique du monde chiite, Abu al-Qasem al-Khu’i (1899 – 1992) qui a exercé la marja’iyya entre 1970 et 1992 et résidait à Najaf bien qu’il fût de nationalité iranienne, avait incomparablement plus d’audience que lui (30) ». Marja’ lui-même, Rouhollah Khomeiny semblait ne pas trop s’en formaliser et acceptait ce pluralisme des « docteurs “ modèle de référence ” ». À une seule exception, en 1982, quand Khomeiny, plus politique que religieux en l’occurrence, démit de cette fonction le grand ayatollah Mohammed Kazem Shariat-Madari (1905 – 1986), accusé d’avoir fomenté un coup d’État. En revanche, quand le grand ayatollah Montazeri perdit la confiance du guide en 1989, s’il fut placé en résidence surveillée, il conserva son rang.

Des questions de personnes, de finances, d’enjeux stratégiques régionaux attisent les différends au sein de la marja’iyya, la problématique institutionnelle et les relations du religieux au politique demeurent les points saillants d’un vif débat qui fragmente encore plus le monde politico-clérical iranien.

Quelle théopolitique pour l’Iran ?

Les doctrines du velâyat-e faqih et du velâyat-e motalqeh-ye faqih soulèvent la réticence de nombreux marja’. Le marja’ libanais Fadlallah doute de l’omnipotence du jurisconsulte enseignée par Khomeiny et son successeur. En Iran, il n’est pas rare que des marja’ évoquent des alternatives à la doctrine officielle.

Ainsi Montazeri souhaite l’élection au suffrage universel direct du Guide suprême. Un autre « père » de la Révolution islamique, le marja’ Mohammed al-Shirazi (1926 – 2001) estimait que, si « le clergé doit non seulement être le fer de lance de la mobilisation, mais doit aussi être au centre de tout dispositif politique (31) », il n’en considérait pas moins que « la doctrine du velâyat-e faqih telle qu’elle est mise en œuvre dans la fonction de Guide de la Révolution comme une forme de dictature contraire à l’esprit de l’islam. À ses yeux, l’État islamique doit être dirigé par le clergé mais de manière collégiale. Au Guide de la Révolution, il souhaite substituer un Conseil des marja’. C’est la doctrine qu’il appelle shurat al-fuqaha, littéralement le “ conseil des docteurs de la loi ” en arabe (32) ». Dans cette perspective, Montazeri passe pour comme le plus progressiste et le plus démocrate. Il aurait l’agrément discret de Mehdi Karoubi tandis que Hachemi Rafsandjani inclinerait plutôt pour la solution shiraziste qui lui permettrait de manœuvrer entre les différents marja’ alors qu’il n’est qu’un mollah de rang intermédiaire et encore moins un seyyed (33).

Et Mahmoud Ahmadinejad ? On pourrait croire qu’il suit la ligne du Guide suprême. Il n’en est rien parce que son marja’ n’est pas le Guide, mais le grand ayatollah Mohammad Taghi Mesbah Yazdi. Responsable de la Fondation Khomeiny à Qom, élu à l’Assemblée des experts et membre du Conseil de surveillance de la Constitution (34), il est la référence intellectuelle des hodjatieh (les radicaux). Concurrent de Khomeiny qui s’en méfiait, il a théorisé l’ukumat islami, c’est-à-dire le « gouvernement islamique ». Yazdi récuse ouvertement la République islamique, le velâyat-e faqih et la double souveraineté divine et populaire au nom de la seule souveraineté divine incarnée par un Guide suprême omnipotent (35). Il en appelle à une théocratie intégrale et conspue régulièrement le poids du clergé. Oui, les hodjatieh contestent l’influence des religieux. Ahmadinejad et ses partisans tentent ainsi « de contourner l’autorité du Guide par l’appel à une légitimité religieuse non cléricale fondée sur l’affirmation d’un contact direct avec le divin » (36). En cette époque d’évacuation de la transcendance, une attitude radicale pareille ne peut que réjouir les véritables esprits non-modernes.

La présente lutte en cours en Iran ne reflète pas que l’affrontement intercontinental entre les modernes mondialistes et les non modernes, traditionalistes authentiques ou post-modernes. S’il faut saluer la réaction des autorités pour éradiquer le désir fou, débile et mortifère de couches sociales mentalement contaminées par l’Occident, interrogeons-nous aussi sur les divergences croissantes entre le Guide et le Président. Du fait de ces tensions au sommet du pouvoir, les Pasdaran parviendront-ils à exercer leur médiation et ainsi devenir incontournables ?

En tout cas, la République islamique d’Iran demeure aux avant-postes de la résistance au Nouvel ordre planétaire imaginé par les oligarchies américanocentrées. Souhaitons vivement qu’elle perturbe plus que jamais les rouages de la Mégamachine ultra-moderne, occidentale et mondialiste.

Georges Feltin-Tracol

Notes

Note préliminaire : Les auteurs consultés écrivent parfois différemment les termes arabes et iraniens. On a choisi ici d’utiliser la graphie la plus courante et la plus simple.

1 : Des commentateurs déplorent et condamnent la sélection des candidats par le Conseil de surveillance de la Constitution. Faut-il leur rappeler qu’en France, les candidats à la présidentielle doivent collecter auprès des élus locaux au moins cinq cents signatures et que certains politiciens suggèrent d’élever ce seuil afin d’éliminer les « petits » candidats ou des candidatures gênantes ?

2 : in Libération, 12 juin 2009.

3 : Marie Ladier-Fouladi, Iran. Un monde de paradoxes, L’Atalante, coll. « Comme un accordéon », 2009, p. 196.

4 : Idem, pp. 15 – 16. L’existence de factions politiques implicites mais connues de tous fait qu’on ne peut décrire la République islamique d’Iran comme un régime totalitaire comme le font Frédéric Tellier dans L’heure de l’Iran (Ellipses, coll. « Mondes réels », 2005), et Ramine Kamrane et Frédéric Tellier dans Iran : les coulisses d’un totalitarisme (Climats, 2007). On ne peut qu’inviter ces auteurs à prendre connaissance au plus vite des remarquables essais de Claude Polin sur L’esprit totalitaire (Sirey, 1977) et Le totalitarisme (P.U.F., coll. « Que sais-je ? », 1982).

5 : Marie Ladier-Fouladi, op. cit., pp. 195 – 196.

6 : Idem, p. 275.

7 : in Marianne, 4 – 10 juillet 2009.

8 : Marie Ladier-Fouladi, op. cit., pp. 294 – 295.

9 : cité par Delphine Minoui, Le Figaro, 22 juillet 2009.

10 : Marie Ladier-Fouladi, op. cit., p. 299.

11 : Idem, p. 180.

12 : Idem, p. 15.

13 : Mohammad-Ali Amir-Moezzi et Christian Jambert, Qu’est-ce que le shî’isme ?, Fayard, 2004, p. 219.

14 : Marie Ladier-Fouladi, op. cit., pp. 169 – 170.

15 : « Au Parlement, cinq sièges sont réservés aux minorités religieuses. Les Arméniens ont deux sièges; les juifs, les zoroastriens et les assyro-chaldéens un siège chacun » rappelle Marie Ladier-Fouladi, op. cit., p. 244.

16 : Marie Ladier-Fouladi, op. cit., p. 181.

17 : Idem, pp. 181 – 182.

18 : Idem, p. 182.

19 : Sur cette notion capitale de katékhon, lire Théodore Paléologue, Sous l’œil du Grand Inquisiteur. Carl Schmitt et l’héritage de la théologie politique, Les Éditions du Cerf, coll. « Passages », 2004. Un ouvrage remarquable !

20 : Considérer les relations entre l’homme et la femme sur un plan égalitaire est une démarche typiquement moderne. Le non moderne les pense plutôt en terme de complémentarité.

21 : Laurence Louër, Chiisme et politique au Moyen-Orient. Iran, Irak, Liban, monarchies du Golfe, Éditions Autrement, coll. « Mondes et nations », 2008, pp. 12 – 13.

22 : Idem, p. 15.

23 : Marie Ladier-Fouladi, op. cit., note p. 167.

24 : Laurence Louër, op. cit., p. 22.

25 : Idem, p. 21.

26 : Marie Ladier-Fouladi, op. cit., p. 167.

27 : Idem, pp. 168 – 169.

28 : Laurence Louër, op. cit., p. 76.

29 : Idem, p. 73.

30 : Idem, pp. 16 – 17.

31 : Idem, pp. 22 – 23.

32 : Idem, p. 73.

33 : On appelle seyyed les descendants de Mahomet et des imams. On les reconnaît parce qu’ils portent un turban noir alors que les non-seyyed se coiffent d’un turban blanc.

34 : D’après Jean-Pierre Perrin, in Libération, 27 juillet 2009.

35 : Dans l’article cité, Jean-Pierre Perrin analyse les positions du groupe de l’ayatollah Mesbah Yazdi, « le mentor de Ahmadinejad. Hostile à l’État-nation, et donc à la République islamique, cette faction rêve d’instaurer un régime islamique pur et dur dépassant le cadre national, un rêve caressé un temps par Khomeiny ».

36 : Laurence Louër, op. cit., p. 132. Lors de son discours devant l’Assemblée générale de l’O.N.U., Mahmoud Ahmadinejad déclara avoir perçu le Mahdi, le douzième imam occulté qui doit réapparaître à la Fin des Temps. Les hodjatieh inscrivent leurs actions dans un messianisme politique indéniable.