Chasse aux sorcières à Lyon – III. Un cas flagrant de terrorisme universitaire par Rodolphe BADINAND

Une polémique secoue actuellement l’université Lyon-III Jean-Moulin. Des étudiants professionnels, affiliés aux syndicats officiels U.N.E.F. et à la mouvance anarcho-gauchiste, tentent d’imposer par une agitation permanente leur joug stalinien aux facultés. Leurs motifs ? Lyon-III a la réputation d’être une université droitière, d’accueillir des enseignants aux convictions identitaires affirmées et d’être par conséquent, dans leur imaginaire malade, l’équivalent provincial de l’université d’Assas.

Bétar et Beria

Dès novembre 1997, une poignée de butors, soutenus par le couple Aubrac, mettent directement en cause l’Institut d’études indo-européennes (I.E.I.E.). Hasard, manipulation ou provocation, au moment où commence l’entreprise de déstabilisation, des incidents éclatent : affrontements entre étudiants; saccages répétés des locaux syndicaux de gauche et de l’association « apolitique » Hippocampe opposée à l’Institut; présence de tracts antisémites signés du G.U.D. (Groupe Union-Défense); casiers de professeurs brûlés… Sur ce dernier point, la police a récemment arrêté un étudiant qui aurait reconnu les incendies. L’université venait juste de l’exclure pour avoir lancé une grenade à plâtre contre un groupe « antifasciste ». Pendant ce temps, le responsable local de l’Union des étudiants juifs de France déclare, avec des sous-entendus lourds de menaces, que « si Lyon-III devient Assas, il se créera un Bétar lyonnais ». Le Bétar se définit comme un mouvement activiste juif, il prône l’intervention physique. « Mais, dit-il benoîtement, j’espère qu’on n’en arrivera jamais là (1). »

L’Institut d’études indo-européennes a été créé en 1981 par le professeur Jean Haudry, adhérent au G.R.E.C.E. (2) et futur membre du conseil scientifique du F.N., et le doyen d’alors, un certain Bruno Gollnisch. L’Institut s’intéresse aux dernières découvertes concernant les Indo-Européens, et publie une copieuse revue, d’abord trimestrielle, puis désormais annuelle, intitulé Études indo-européennes à laquelle collaborent des spécialistes renommés en linguistique comparée, en anthropologie, en archéologie… Or, des béotiens qui n’apprécient guère les Indo-Européens l’accusent de servir de « laboratoire idéologique au F.N. » et y voient une manière subreptice de propager l’« infâme idéologie des heures les plus sombres de notre histoire ». Les Beria aux petits pieds avancent deux arguments : dans son opuscule édité par les Presses universitaires de France, J. Haudry osa décrire certains Indo-Européens comme des Nordiques. Pis, le président actuel de l’Institut, Jean Paul Allard, dirigea le jury qui valida la thèse de Henri Roques. En fait, par-delà l’Institut, cette campagne de dénigrement systématique vise à disqualifier irrémédiablement le moindre travail sur les Indo-Européens.

La controverse aurait pu se cantonner à la seule université, mais les quelques potache incrustés à Lyon-III, poussés entre autres par les francs-maçons du Grand Orient de France (qui feraient mieux de s’occuper du scandale financier qui secouent leurs loges), portent l’affaire au plan national, relayés par une certaine presse dont la subjectivité n’est plus à démontrer. Après une « préparation d’artillerie » orchestrée par Charlie-Hebdo et L’Événement du Jeudi pendant l’hiver, Le Monde (3) assène le coup de masse sur six colonnes. D’autres journaux, régionaux ceux-là (Lyon-Figaro et La Tribune-Le Progrès, pour ne pas les citer), reprennent les informations sans trop s’y appesantir. Quel bel exemple de suivisme moutonnier ! Mieux, le 30 avril, à une heure de forte audience, le 19-20 de France 3 évoque à son tour l’« Affaire ».

Contre cette offensive médiatique de grande ampleur, Jacques Marlaud, un ancien président du G.R.E.C.E. qui enseigne à Jean-Moulin, se fend d’une admonestation percutante destinée au « journal de référence… dans la sottise », intitulée « L’université Lyon-III aimerait en finir avec les pisse-copies ignares qui s’autoproclament censeurs (4) » qu’il envoie à tous ses collègues, enseignants et agents administratifs, ainsi qu’à Claude Allègre, Raymond Barre et à plusieurs organes de presse. Se demandant si les universitaires doivent rester dans leur tour d’ivoire, ou s’ils sont des citoyens ordinaires libres de leurs opinion, il fait observer que « lors de ses visites, en 1992 et 1997, le comité national d’évaluation des universités n’a trouvé aucune matière répréhensible ». En outre, le Que sais-je ? de Jean Haudry sur les Indo-Européens n’a-t-il pas été deux fois réédité depuis 1981 ? Pis : Le Monde accuse Jean Haudry de  « surfer habilement sur les thèses de la race supérieure des guerriers aryens » alors qu’une lecture attentive de son texte révèle qu’il ne parle que du type physique de la couche supérieure des Indo-Européens. « C’est Le Monde en l’occurrence, poursuit J. Marlaud, qui surfe habilement sur le sens des mots en confondant à dessein la connotation raciste de “ race supérieure ” avec l’expression neutre de “ couche supérieure ” en usage chez les sociologues. » Faut-il ajouter qu’à ce jour aucune plainte d’incitation à la haine raciale concernant l’Institut ou ses enseignants n’a été déposée ?

Mais quelques excités bornés n’en continuent pas moins d’exiger des autorités universitaires et du ministère de l’Éducation nationale, si ce n’est la dissolution de l’I.E.I.E., au moins une commission d’évaluation sur la qualité scientifique des recherches effectuées. Pour arriver à leurs fins et après avoir imprimé des affiches clamant que « Jean Moulin n’est pas indo-européen », ces soi-disant étudiants (dont une majorité provenant de Paris et de Grenoble) occupent courageusement le bureau du président de l’Université pendant deux jours et une nuit. Le lendemain, ils obtiennent satisfaction. Gageons que ce nouveau Comité Théodule constitué d’individus politiquement corrects, produira, il va de soi, un rapport défavorable à l’Institut.

Dans ce contexte tumultueux se greffe la réélection au poste de vice-président de la commission culturelle du Conseil régional rhône-alpin du frontiste Pierre Vial, médiéviste à Lyon-III. Outre son appartenance politique, il est suspecté d’inspirer les responsables de l’Institut alors qu’en raison de ses nombreuses activités, il n’y participe plus et le déplore vivement. Contrairement à Boudarel, P. Vial ne bénéficie d’aucune indulgence de la part de la grande presse. Il fait même l’objet de divers articles qui essayent de compromettre sa vie professionnelle.

Ah ! bien sûr, si les universitaires incriminés avaient choisi de s’intéresser à la linguistique des banlieues ou aux effets de la consommation de cannabis sur la production artistique des tagers et autres rappers, ils auraient reçu de larges subventions, été célébrés par les media et vu leurs articles paraître – consécration suprême – dans Le Monde. Ils auraient même pu, avec l’aide des ministères de la Culture et de l’Enseignement supérieur, organiser des colloques au Stade de France sur de beaux thèmes « citoyens ». Mais délaissant la vile notoriété, ils préfèrent, à la suite des travaux précurseurs de Georges Dumézil, explorer minutieusement le terrain aride de la recherche.

Reductio ad Hitlerum

Ce travail long et méticuleux intéresse sans doute bien peu, ajoute J. Marlaud, « ceux dont le seul souci, en période électorale, c’est-à-dire presque tout le temps, est de ranimer leurs troupes en désignant un ennemi, en dévoilant un prétendu complot, en généralisant la reductio ad Hitlerum pour intimider leurs adversaires, en jetant le soupçon partout, en transformant tout débat d’idées en basses polémiques… »

Voilà le véritable enjeu de cette chasse aux sorcières. Ces manœuvres, révélatrices du climat terroriste qui règne de plus en plus dans les universités françaises, confirment en tout cas que les études indo-européennes dérangent les certitudes établies et le conformisme intellectuel d’une clique de tchékistes de la pensée.

Avec le départ en retraite du professeur Haudry, l’avenir de l’Institut semble néanmoins compromis dans l’immédiat puisque la direction scientifique devrait être statutairement assurée par un grammairien. Mais, en dépit de toutes les entraves, la quête des Indo-Européens continuera toujours à captiver les derniers hommes libres, curieux de leurs origines.

Rodolphe Badinand

Notes

1 : Dans Lyon-Mag, n° 68, mars 1998.

2 : Groupement de Recherches et d’Études pour la Civilisation Européenne, plus connu sous le terme impropre de « Nouvelle Droite ».

3 : Dans son édition du 8 mars 1998.

4 : Texte repris dans Jacques Marlaud, Interpellations. Questionnements métapolitiques, Dualpha Éditions, 2004 (note de 2010).

5 : Depuis la publication de ce texte, l’Institut d’études indo-européennes de Lyon-III a dû se dissoudre après de nouvelles campagnes de presse et des menaces. L’Université française a, une fois de plus, démontré sa couardise légendaire (note de 2010).

• Paru dans Rivarol, le 10 juillet 1998, et première mise en ligne sur Europe Maxima le  15 août 2005.