Catholique et fasciste toujours par Julien DARVANT

Un des travers de notre société moderne, caractérisée par la « libération » de la parole grâce aux médias sociaux, est que tout le monde se croit investi du rôle de juge et se permet de donner, dans divers domaines, des jugements qui se veulent définitifs en se basant plus souvent qu’autrement sur des préjugés ou des informations partielles qui viennent fausser le jugement. L’homme du XXIe siècle sait tout, n’a pas besoin de lire et n’a certes pas besoin des experts pour se forger une opinion. Il peut donc sans jamais avoir lu une étude psychologique sur l’homoparentalité décréter que la GPA est une avancée de l’humanité, sans avoir entendu un « climatosceptique » de sa vie prétendre que ceux-ci devraient aller en prison pour leurs prises de position et qualifier sans aucune connaissance sur le sujet le fascisme de pire système politique de l’histoire de l’humanité. Et personne n’ira lui demander s’il sait ce qu’est le fascisme.

Pour lui, comme pour nombre de contemporains, le fascisme est le mal politique. Ainsi considère-t-on comme fasciste, la violence, la discrimination, l’anti-démocratisme, l’injustice, la privation de liberté, etc. Voilà l’image mentale qu’on se fait de ce type de gouvernement, ce qui n’est pas seulement réducteur, mais erroné. Mais, en se basant sur cette perception, on ne peut évidemment pas comprendre que certains catholiques puissent se dire fascistes. Comment peut-on concilier François et Benito ? L’un représente le Bien et l’autre le Mal.

Mais ne serait-ce pas là justement un problème de définition ? Peut-on définir le catholicisme par la vision du pape François et le fascisme par quelques traits caricaturés et pervertis ?

Pour le jeune Louis Le Carpentier, le catholicisme n’est pas la religion néo-humaniste proposée par le pape actuel, mais la religion qui fut transmise de façon traditionnelle pendant des siècles, ce qui représente une différence de taille. N’en déplaise aux modernistes, les dogmes de cette institution sont immuables et ne peuvent être modifiés au gré du temps. Pour analyser le fascisme, il ne prend donc pas les lunettes roses du prélat actuel, mais la vision thomiste qui domina jusqu’à une époque pas si lointaine.

Faf catho

En partant du postulat que la démocratie est le bien incarné, comme on le claironne trop souvent, on peut comprendre l’engouement des démocrates-chrétiens, qui finalement réconcilient le bien politique avec le bien spirituel, mais, c’est oublier d’une part les dénonciations des papes envers la démocratie et, comme l’abbé Chazal le stipulait, que ce régime est toujours affecté par les vices que sont l’instabilité, l’inefficacité, la corruption, la démagogie, etc. En fait, la liste est longue et l’argumentaire implacable. Il faut rappeler que ce que l’on appelle la démocratie moderne est de facto libérale et n’a que très peu avoir avec la politie grecque qui fonctionnait grâce au petit nombre et à la vertu de ses membres. Impossible donc aux yeux de Louis Le Carpentier d’être catholique et démocrate sans se trahir.

Cette équation étant donc impossible, le catholique pourrait donc se tourner vers le fascisme, une doctrine qui tire ses fondements lointains de la pensée de Saint-Thomas d’Aquin et qui respecte la quête du beau, du bon, de la transcendance et du bien commun qui devrait guider les âmes catholiques.

Contrairement à ceux qui ont défendu le fascisme de façon romantique ou historique, l’auteur y va par le chemin philosophique, suivant ains les traces de Joseph Mérel, un autre auteur qui revendique cette double étiquette portée tant par Léon Degrelle que Mgr Tiso, Robert Brasillach et Mgr de Mayol de Lupé.

Pour qu’un système puisse être reconnu comme compatible avec le catholicisme, il doit être conforme à l’ordre naturel, ce que l’auteur reconnaît dans la doctrine de Mussolini qu’il considère être à la fois corporatiste, nationaliste, organiciste et monarchiste (pas nécessairement dans le sens de royaliste). Contrairement au libéralisme, négateur d’unité, le fascisme promeut un tout cohérent dont le citoyen est partie prenante. Au sein de ce système, « toutes les parties sont ordonnées à la perfection du tout : le tout n’est pas pour les parties, mais les parties pour le toute », comme dans une ruche dans laquelle les abeilles remplissent leur devoir et agissent pour leur bien individuel en agissant pour le bien de tous.

On le comprend bien, l’auteur n’adhère pas à la vision du fascisme qu’a pu développer Frédéric Le Moal dans son Histoire du fascisme. Le Carpentier ne nie pas l’aspect révolutionnaire de cette idéologie, mais le considère dans l’ensemble comme un mouvement contre-révolutionnaire révolutionnaire venu réinstaurer les bases de l’Ancien Régime, sans les tares qui ont conduit à sa perte, une analyse auquel le lecteur peut adhérer ou non.

Julien Langella avait démoli les arguments des catholiques qui condamnaient au nom de leur religion le nationalisme et la mouvance identitaire, voici que Louis Le Carpentier fait la même chose avec le fascisme, trop souvent condamné pour ce qu’il n’est pas réellement.

Julien Darvant

Louis Le Carpentier, Catholique et fasciste toujours, préface de Florian Rouanet, Reconquista Press, 2019, 165 p., 13,50 €.