Carl Schmitt par Georges FELTIN-TRACOL

Bonsoir,

Né le 11 juillet 1888 et décédé un 7 avril 1985 à Plettenberg, à l’époque territoire occidental du Royaume de Prusse depuis le Congrès de Vienne en 1814 – 1815, et aujourd’hui dans le Land de Rhénanie du Nord – Westphalie, Carl Schmitt est un juriste allemand, prussien, catholique et européen. C’est ce que démontre Aristide Leucate avec son Carl Schmitt paru chez Pardès dans la collection « Qui suis-je ? ».

Schmitt Leucate

Professeur de droit, Carl Schmitt s’attache en Allemand exaspéré par les folles exigences du sinistre traité de Versailles et par l’irréalisme de la Société des Nations à penser un droit concret fondé sur le politique. Il insiste sur la distinction fondamentale « ami – ennemi » et tente, au début des années 1930, de sauver la République de Weimar qu’il n’apprécie guère par une interprétation décisionniste et anti-libérale novatrice. Une fois la République tombée, Schmitt se rallie au nouveau régime national-socialiste tout en lui manifestant une défiance certaine. Ce Prussien occidental éprouve un net attachement à la notion d’État, d’où de fortes controverses avec les doctrinaires nationaux-socialistes pour qui la communauté de peuple prime sur l’armature étatique. Ainsi se sent-il plus proche du fascisme italien qui tient « fermement pour la supériorité de l’État sur toute autre forme d’organisation (le “ mouvement ” ou “ le peuple ”) (p. 74) ».

En catholique intransigeant, ce francophone qui parle aussi bien le grec ancien et le latin que l’espagnol, écarte l’« Éternel Retour » nietzschéen pour privilégier le concept de Ketechon, « terme grec issu de la seconde épître de Paul de Tarse aux Thessaloniciens (pp. 57 – 58) ». Par Katechon, Carl Schmitt entend un rempart ou, plus exactement, un acteur majeur qui « retarde la déflagration prévisible de l’État (p. 58) ». Lecteur attentif de L’Action Française et des écrivains contre-révolutionnaires dont l’Espagnol Juan Donoso Cortés, Carl Schmitt estime qu’un dictateur (au sens romain du terme), un souverain omnipotent, un protecteur de la constitution ou une institution exceptionnelle peut empêcher l’effondrement de la civilisation. De là sa grande attention pour l’Espagne nationale du Caudillo Franco. Sa fille unique Amina épousera d’ailleurs un juriste espagnol et ses quatre petits-enfants seront espagnols.

Notion du politique, décisionnisme, Katechon, compréhension précoce du partisan et/ou du terroriste, pérennité de l’État souverain, approche réfléchie de la situation d’urgence, Carl Schmitt examine tous ces sujets qui font de lui « un penseur du réel, quitte à séculariser le jus naturalis comme le commande, presque inconsciemment, son catholicisme atavique (p. 89) ».

« Carl Schmitt était, sans nul doute, légitimement fondé à se qualifier lui-même de “ dernier représentant conscient du jus publicum europaeum ” (p. 89) », poursuit Aristide Leucate. Schmitt excelle dans son européanité avec le concept-clef de « grand espace ». Partant de l’État, il « considère, néanmoins, qu’il est en voie de rétrécissement, sinon de dépassement, sous l’effet d’un large mouvement d’homogénéisation et de globalisation du monde, explique Leucate. Schmitt craignait l’avènement d’un État mondial qui signifierait, du même coup, l’anéantissement du politique par neutralisation des antagonismes seuls à même de lui conférer sa substance vitale. La “ dépolitisation ” devait donc être conjurée par la recherche d’un espace politique concret où s’arrimerait la décision du souverain. Ce nouvel ordre international, théorisée, dès 1939 […] inspiré de la doctrine de Monroe (formulée en 1823 par ce président américain), devait prendre acte de l’effacement progressif de l’État en tant que sujet central, sinon architectonique, de l’ancien jus publicum europaeum, et privilégier l’avènement de nouvelles prises et distributions de terres organisées autour d’un Volk (pp. 103 – 104) », d’un peuple.

Carl Schmitt apporte donc une solution précise et étayée à l’universalisme ambiant. C’est la raison pour laquelle l’Europe que nous voulons s’organisera autour des principes schmittiens.

Au revoir et dans quatre semaines !

Georges Feltin-Tracol

Chronique n° 14, « Les grandes figures identitaires européennes », lue le 30 janvier 2018 à Radio-Courtoisie au « Libre-Journal des Européens » de Thomas Ferrier.