Au-delà du populisme par Gabriele ADINOLFI

Les récents succès du populisme en Europe, s’ils doivent être considérés comme un pas dans la bonne direction, ne constituent qu’un point de départ et doivent être complétée par une action plus approfondie, celle, en particulier, que mène le réseau européen des Lansquenets, créé et animé par notre camarade Gabriele Adinolfi. Celui-ci vient de mettre les choses au clair dans le texte que nous publions ci-dessous.

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La forte percée de Vox en Espagne débouche sur un gouvernement minoritaire de gauche qui accentue la tension. Ce n’est pas si différent de ce qui se passe en Italie, en France, en Allemagne.

Nous assistons aujourd’hui à une « crise de représentativité » de la classe dirigeante (progressistes et bourgeois), face aux exigences de déçus de la mondialisation s’exprimant dans le « populisme ». Entre la première et les seconds, se situe le pouvoir économique, qui n’est pas complètement unitaire et s’articule en fonction des besoins du moment historique.

Cette divergence à trois niveaux crée une impasse apparente. Sur le plan du pouvoir réel qui, plus que des stratégies, exprime des orientations, nous avons la classe politique vétuste et obsolète, laquelle, ancrée sur l’« État profond », livre une guerre civile abstraite mais constante, évoquant et provoquant des fantasmes et des climats d’urgence, et les représentants du populisme, qui avancent dans les urnes mais sans rien exprimer de concret.

Le précédent socialiste

Dans les cours et recours historiques, les analogies offrent parfois des scénarios inversés.

Avec des différences dues notamment à la démographie, nous nous trouvons un peu dans la situation d’il y a cent ans. À l’époque, la rébellion était vaguement prolétarienne et socialiste; aujourd’hui, elle est populiste et petite-bourgeoise. Mais le manque de préparation de ses représentants politiques est le même.

Le socialisme a erré entre deux chimères. Il y a eu les revendications maximalistes (c’est-à-dire la révolution, et rien de moins) qui, faute de réalisme, se sont réfugiées dans le mythe de l’effondrement du système. Il en va de même pour les populistes, qui attendent à tout moment la capitulation des banques et des structures en place. Il y avait aussi le réformisme, qui reposait sur cette illusion que la négociation allait transformer progressivement le capitalisme en socialisme. Mais il n’a même pas eu la force de négocier, les représentants syndicaux n’étant ni les représentants de l’ensemble du prolétariat, ni organisés comme il aurait dû l’être.

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Aujourd’hui, les politiciens populistes espèrent, avec le vote, changer des relations de pouvoir consolidées, alors que le succès électoral ne peut à lui seul atteindre cet objectif, comme l’a prouvé l’après-guerre 14-18, lorsque les socialistes étaient majoritaires en Allemagne et en Italie, et ont fini par perdre toute confrontation politique.

La leçon de Lénine et Mussolini

Seuls deux révolutionnaires ont émergé à cette époque.

L’un d’eux, Lénine, expliqua même aux représentants d’autres nations de l’Internationale communiste combien les deux voies empruntées jusqu’alors étaient fallacieuses et comment un processus révolutionnaire devait être accompagné par la création d’un parti-stratège capable de se doter des moyens de confrontation, de bataille et de négociation, et, surtout, de ne pas se diluer dans sa dialectique avec le front opposé.

L’autre, Mussolini, est allé beaucoup plus loin, en comprenant que le schéma élémentaire de la lutte des classes était invalidant et qu’il devait être remplacé par le conflit entre producteurs et parasites, pour l’introduire dans le concept révolutionnaire de la nation.

En l’occurrence, les producteurs ne sont pas ici seulement les petits entrepreneurs, mais toutes les forces impliquées dans un processus de production.

Mussolini, comme Lénine, théorisa la stratégie du parti et lui permit de pratiquer l’organisation des producteurs, comme le faisait le Russe avec le seul prolétariat.

Sans les mettre au même niveau, il ne faut pas oublier qu’ils ont tous deux gagné et que les faits leur ont donné raison.

Le rôle joué par les Lansquenets

Telle est la leçon à tirer avant qu’il ne soit trop tard.

Il faut, en Europe, un parti-stratège, de cadres plutôt que de masse, qui se mette en relation avec les composantes sociales de producteurs par le biais de leur organisation politico-économique, et qui puisse donc jouer un rôle positif d’avant-garde stratégique et porteuse de propositions.

Notre tâche principale est d’aller dans cette direction.

Je peux dire avec une pointe de fierté que cette ligne, que j’essaie d’étayer depuis quelques années maintenant, commence à être mise en œuvre dans plusieurs pays européens. Il ne s’agit pas de construire un parti (ou un mouvement) qui s’impose aux autres, mais d’opérer là où les éléments favorables existent déjà, de les diriger et de leur donner corps et âme, en les retirant des illusions maximaliste et réformiste.

Il ne s’agit donc pas de recruter des personnes dans un nouveau conteneur, mais de les activer dans des synergies opérationnelles partageant une « cosmovision », ainsi qu’une mentalité pratique et clairvoyante.

Gabriele Adinolfi

D’abord mis en ligne sur Forum Si, le 22 novembre 2019.