Adriano Romualdi par Georges FELTIN-TRACOL

Bonsoir,

On évoque aujourd’hui une personnalité majeure de la pensée européenne en Italie, peu connue en France : Adriano Romualdi. Né le 9 décembre 1940, il décède le 12 août 1973 dans un accident de la route. Cette disparition brutale a empêché la fructification d’une œuvre déjà riche d’une quinzaine d’essais et de brochures parmi lesquels Les Dernières heures de l’Europe, Le Fascisme comme phénomène européen, Une culture pour l’Europe ou bien Esquisses d’un État d’Ordre Nouveau. Trois d’entre eux sont disponibles en français, à savoir sa belle biographie sur Julius Evola. L’homme et l’œuvre, La Droite et la crise du nationalisme et La question d’une tradition européenne.

Adriano Romualdi est le fils de Pino Romualdi. Dès 1946, son père coordonne les groupes fascistes clandestins et participe à la fondation du MSI (Mouvement social italien) dont il sera l’un des dirigeants et le directeur du journal du Mouvement, Il Secolo d’Italia.

Romualdi

C’est dans le contexte tumultueux de la Guerre froide et de la République italienne antifasciste que grandit le jeune Romualdi. Il milite très tôt au Front de la Jeunesse du MSI. Inscrit à l’Université romaine La Sapienza, Adriano Romualdi s’engage dans les rangs de la FUAN (la branche estudiantine du MSI). En 1965, cet assistant en histoire contemporaine à l’Université de Palerme contribue à la rédaction de Drieu La Rochelle, le mythe de l’Europe. Il s’intéresse aussi à la Révolution conservatrice allemande et aux travaux de l’anthropologue nordiciste Hans F.K. Günther.

Admirateur de Julius Evola qui le tient en très haute estime, Adriano Romualdi donne des articles aux quotidiens Il Roma et Il Giornale d’Italia ainsi qu’aux revues L’Italiano et Ordine Nuovo de Pino Rauti, le principal animateur de la ligne nationaliste-révolutionnaire et pro-européenne du néo-fascisme. Pour Adriano Romualdi,« le fascisme fut la réaction instinctive des peuples européens devant la perspective d’être broyés en une poudre anonyme par les internationales de Moscou, d’Hollywood, de Wall Street (La Droite et la crise du nationalisme, Cercle Culture et Liberté, 1982, p. 12) ». Face aux menaces existentielles qui pèsent sur le destin de l’Europe, « le nationalisme peut retrouver sa légitimité historique s’il sait s’adapter aux dimensions du monde moderne. Il pourra encore avoir un avenir dans la mesure où il saura devenir nationaliste européen (Idem, p. 21) ». En effet, « seul un nationalisme européen – et une interprétation du phénomène fasciste dans sa dimension européenne – peuvent servir de contrepoids aux mythologies de l’Occident libertaire et de l’Orient collectiviste (id., p. 18) ». Il importe par conséquent de dépasser les querelles frontalières (Alsace – Lorraine, Trentin – Haut-Adige – Tyrol du Sud, rivalités entre Flamands et Wallons) et de comprendre que « les Italiens, les Français et même les Allemands ne pourront plus être grands en tant qu’Italiens, et Français, et Allemands : ils pourraient l’être comme Européens (id., p. 20) ». « Aucune idée nationale ne peut survivre sans entrer dans une perspective supranationale, prévient Romualdi, sans s’intégrer à un nationalisme européen (id., p. 19). »

D’où l’impérieuse obligation de recourir à la « Tradition européenne » et à l’« Ordre ». « L’Ordre, comme fondement de l’univers indo-européen, est à la fois dans le monde et hors du monde (La question d’une tradition européenne, Akribeia, 2014, p. 40). » Cette notion s’inscrit dans un dessein rénovateur et restaurateur de l’Esprit européen. « Cette conception de l’Ordre n’a rien de quiétiste ni d’immobiliste, précise Adriano Romualdi. Au contraire, elle est une intuition dynamique de la multiplicité, qui fait que n’importe quel risque, n’importe quelle perte ou blessure est réduit à néant devant le principe réintégrateur du Tout (La question d’une tradition européenne, p. 38). »

Par conséquent, « il y a un grand objectif à atteindre aujourd’hui en Europe : celui de réveiller les Européens à la conscience de leur force. Il est nécessaire de les rééduquer dans ces vertus politiques et militaires que les “ rééducateurs ” de 1945 ont cherché à effacer (La Droite et la crise du nationalisme, p. 25) ». Bref, pour Adriano Romualdi, « seuls les nationalistes peuvent faire l’Europe (Idem, p. 23) ». Cela signifie que « seule une Europe unie et un nationalisme de la Nation-Europe peuvent constituer une valable alternative révolutionnaire (id., p. 32) ».

Adriano Romualdi veut que l’Europe-Nation devienne « l’unique perspective historique concrète de notre temps (id., p. 33) ». On est donc très loin des souverainismes national et régional étriqués actuellement en vogue. Ce visionnaire prônait une troisième voie au-delà du libéralisme bourgeois et du collectivisme prolétaire, combattante en faveur d’un continent libre, organique et puissant, pour une Grande Europe continuatrice de Sparte, de Rome et de la Prusse.

Au revoir et dans quatre semaines !

Georges Feltin-Tracol

Chronique n° 15, « Les grandes figures identitaires européennes », lue le 27 mars 2018 à Radio-Courtoisie au « Libre-Journal des Européens » de Thomas Ferrier.