Adriano Romualdi aurait eu 80 ans ! par Mario BOZZI SENTIERI

Hommage – Idées (à droite) pour une vision politique organique

Il y a 80 ans, le 9 décembre 1940, naissait l’intellectuel italien, demeuré jeune parce que décédé prématurément. Il impulsa dynamisme et solidité aux idées non-conformistes.

Il y a 80 ans, le 9 décembre 1940, Adriano Romualdi naissait à Forlì. Cet anniversaire est important pour se souvenir de cet intellectuel, demeuré jeune parce que décédé prématurément, le 12 août 1973, à la suite d’un accident de voiture. Son souvenir est resté gravé dans la mémoire de la jeune génération des années cinquante, confrontée à l’engagement politique et culturel des années soixante-dix. Adriano Romualdi était, pour cette génération, une sorte de grand frère, capable d’offrir à la vision néo-fasciste des raisons d’être plus profondes, puis d’emprunter de manière autonome les chemins d’un nouveau dynamisme culturel. Dans cette perspective, sa personnalité reste encore un exemple.

Adriano Romualdi, professeur d’université en histoire contemporaine, allait assurément connaître une brillante carrière. Il a su lier l’originalité de ses études, les aspects marginaux et sous-estimés de son œuvre dans les années 1960 et 1970 (pensez à la Révolution conservatrice allemande, à la relecture de la pensée de Nietzsche, à l’européanisme intégral, aux auteurs du « romantisme fasciste », à Platon) à une vision organique cohérente et intégrale pour la droite. Ses études l’ont de fait renforcée, la faisant sortir de l’ombre, de la banalité d’un certain qualunquisme patriotique, toujours lourdement présent.

Il y a eu sa lecture du Nietzsche de la Wille zur Macht dans la perspective – il l’écrit, en 1971 – d’une « …volonté de travailler à la création d’une droite moins pathétique, plus consciente de ce qu’elle représente et plus féroce dans ses combats, car, certainement, malgré la question de Longanesi, les vieilles lunes ne nous sauveront pas ».

Il y a eu sa fresque intitulée Sur le problème d’une tradition européenne (1973) : elle constitue une synthèse exemplaire dans la perspective de révéler une physionomie méta-historique de notre Occident, physionomie qui sait, en même temps, être une future préfiguration, une recherche problématique d’« une forme spirituelle capable de contenir trois millénaires et plus de spiritualité européenne ».

Romualdi

Et encore, de manière explicite, il y a eu son questionnement, dans Idées pour une culture de droite (1965, 2e édition 1970), sur « l’être de droite », figé dans le refus des mouvements « subversifs », issus de la Révolution française (du libéralisme au socialisme) et sur la « décadence des mythes rationalistes, progressistes, matérialistes »; ce refus était soutenu par la vision d’une étatisation organique, « où les valeurs politiques prédominent sur les structures économiques », et par une revendication altière de la « droite », revendication d’une « spiritualité aristocratique, religieuse et guerrière ».

Cette revendication englobait certains des principaux courants de la culture traditionnelle : de Joseph de Maistre et de Louis de Bonald, mais aussi du Hegel de La philosophie du droit, bien sûr aussi le Nietzsche de la Volonté de puissance, de la « Révolution conservatrice », de Julius Evola. Ces auteurs et ces références étaient fortement ancrés dans sa vision du monde mais ne lui ont pas fait perdre de vue les « nouvelles tâches » d’une culture engagée « à droite », qui devait pouvoir affronter la réalité, en intégrant aussi les visions mythiques aux énucléations logiques, la pensée scientifique et l’anthropologie, l’écologie (alors balbutiante, mais considérée par Adriano Romualdi comme la préservation des différences et des particularités « nécessaires à l’équilibre spirituel de la planète ») et évidemment la recherche historique, soutenue par une vision qui n’était pas banalement évolutive.

Son idée d’un droit politique « non égalitaire » repose sur ces solides fondements spirituels, que je viens d’exposer ici. C’est en septembre 1972 qu’Adriano Romualdi, à l’occasion de la conférence annuelle de la revue L’Italiano, dirigée par son père Pino, figure historique du MSI, met en évidence la distinction entre la droite (politique et culturelle) et le qualunquisme, sous ses différentes formes (qualunquisme politique, patriotique, culturel).

Protestations frivoles et « critique des prudents »

La critique d’Adriano Romualdi s’adresse à ceux qui protestent « contre quelque chose », sans bien savoir « pour quoi ». C’est également une critique des « prudents », qui se plaignent dans l’ombre et s’expriment discrètement dans les urnes, mais ne veulent pas analyser en profondeur les raisons de la crise en cours. Ils se contentent donc des petits horizons du qualunquisme patriotique, de « ce pays pavoisant en rouge-blanc-vert, avec des compatriotes sympas, beaucoup de drapeaux à la main, et des majorités silencieuses de femmes au foyer et de retraités ». Un pays ordinaire pour les qualunquistes, où la dimension conflictuelle planétaire – nous parlons des années 70 – est celle qui oppose deux empires aux dimensions continentales, les USA et l’URSS.

Pour se débarrasser du qualunquisme politique et « patriotique », qui ne résout rien, il est essentiel – dit Adriano Romualdi – de vaincre le « qualunquisme culturel » qui est « l‘acceptation de la culture pour la culture, presque comme si l’intelligence représentait une valeur en soi et l’intellectuel une figure à défendre en tant que tel ».

Dans ce choix de méthode et de valeur, il y a le rejet d’un « ordre » de droite – comme c’était à la mode à l’époque – qui « garde » l’École, l’Université et donc aussi le monde de la culture, sans aborder le problème des contenus qui sont véhiculés dans ces domaines.

Et il y avait aussi la conscience que le rapport entre la droite en place à l’époque, rapport qui n’était pas nié, avec le fascisme ne pouvaient pas être réduit à de la simple « nostalgie ».

En ce début de nouvelle ère de la Droite nationale, Adriano Romualdi souligne plutôt la nécessité d’aller au-delà de l’hagiographie facile, encore répandue dans les milieux du MSI, celle des ornements, de la pure nostalgie, faite de médailles, de pendentifs, d’images sacralisées, de bustes du Duce.

En dehors des contingences d’une situation politique et culturelle de cette époque d’avant 1973, qui sont nettement perceptibles dans certains passages de son œuvre écrite, inévitablement affectée par le temps qui a passé. Les bouleversements de notre époque ont changé la donne (il suffit de penser à la fin de l’URSS, à la crise de l’empire américain, à l’émergence de la mondialisation, à la montée des nouvelles économies asiatiques). Les propositions de Romualdi conservent leur valeur, dans la mesure où elles se nourrissent d’une vision profonde de la culture et donc de la politique, rejetant tout minimalisme et toute respectabilité rassurante.

Par conséquent, plus qu’une simple célébration, le souvenir d’Adriano Romualdi, en ce jour de son 80e anniversaire, apparaît aujourd’hui comme une nécessité, la nécessité d’une interprétation non triviale de la réalité politique. Il y a la valeur de certains choix, le sentiment d’une appartenance idéologique/politique, qui, libéré des références contingentes, doit être « repensé » sur la base d’une vision plus élevée de la politique, et surtout de la culture qui la soutient, de la « vision de la vie et du monde » qui doit l’animer.

Dans ce sens, ce que Donoso Cortes a prédit correspond bien à l’œuvre d’Adriano Romualdi : « Je vois venir le temps des négations absolues et des affirmations souveraines. » Il y a, aujourd’hui, un grand besoin de « négations absolues » et d’ « affirmations souveraines », à droite et pas seulement à droite.

Mario Bozzi Sentieri

D’abord traduit et mis en ligne sur Euro-Synergies, le 17 décembre 2020.