Georges Angelroth (1873 – 1938) par Daniel COLOGNE
Parmi les poètes méconnus de la littérature belge de langue française, Georges Angelroth est particulièrement difficile à exhumer.
Je ne dispose que d’une coupure de presse d’origine non identifiable, datée du lendemain de sa mort (10 janvier 1938) et contenant heureusement le texte intégral d’un sonnet.
De nombreux poètes belges ont recours à cette forme très particulière de poème au tournant des XIXe et XXe siècles. Ils s’apparentent ainsi aux Parnassiens français, dont il convient de rappeler la consécration internationale via le Prix Nobel de littérature octroyé à Sully-Prud’homme en 1901.
Né à Namur en 1873, Georges Angelroth s’installe à Bruxelles en 1899. Il exerce la profession de pharmacien et consacre ses loisirs à la poésie. On ne peut toutefois le taxer péjorativement d’amateurisme, car le sonnet que j’ai retrouvé est d’une incontestable qualité, sans atteindre évidemment la maîtrise d’un Leconte de Lisle ou d’un José Maria de Heredia.
Le thème de l’Âge d’Or perdu, pas nécessairement magnifié sous une forme héroïque (comme dans le superbe sonnet Les Conquérants d’Heredia), revient souvent sous la plume des auteurs nés ou vivant dans la banlieue Ouest de la capitale belge, aux confins du « Petit Manchester » dont le dense tissu industriel génère une réaction esthétique : le culte parnassien de la beauté, le goût de l’art pour l’art, la redécouverte de la rigueur de la Pléiade (Ronsard, Joachim du Bellay) à travers les sévères exigences versificatrices du sonnet.
Georges Angelroth se caractérise par une inspiration néo-romantique plus proche de la douceur de Grégoire Le Roy (1862 – 1941), sur qui j’espère revenir dans un prochain article, que du flamboyant Eugène Demolder que j’ai déjà évoqué sur le présent site.
Chez Angelroth affleure aussi une influence symboliste. Revenant sur la berge d’un fleuve et se souvenant d’un amour passé, à la manière de Lamartine au bord du Lac, le poète décrit « les acacias se mirant dans les eaux » et se réfère ainsi à un symbole floral universel. La mimosacée en forme de boule jaune évoque le Dieu-Soleil des traditions antiques. Selon une légende africaine, le Créateur a taillé l’Univers dans du bois d’acacia.
Le poète est « sous l’orage » tandis que sa bien-aimée est « dans le devoir ». Ainsi est subtilement suggérée une passion sans lendemain (« lueur brève ») pour une femme mariée ou entrée en religion : au lecteur de deviner.
Il s’agit en tout cas d’un amour demeuré platonique :
« Peut-être il ne faut pas qu’en étreinte s’achève
Le Désir qui s’élève avec le vent du soir »
même si la majuscule semble porteuse d’un vouloir-vivre païen au sens noble du terme.
À la lecture de ce texte tout empreint de « douceur encensée », je ne peux qu’appeler de mes vœux de plus amples recherches sur la délicate et nostalgique poésie de Georges Angelroth, versificateur inclassable : parnassien, symboliste et romantique tout à la fois.
Daniel Cologne
