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Abstention active par Claude BOURRINET

4 octobre 2009

Le contrôle des consciences et des corps s’approfondit. Il est en passe d’être réalisé par une surveillance universelle des individus et un dressage méthodique des opinions, par le conditionnement et la crainte. Presque plus rien ne semble, dans plusieurs parties du monde, devoir arrêter le processus, lequel s’accélère. En Europe, les jeux sont faits depuis Maastricht, dont le traité a avalisé l’entreprise d’asservissement du vieux continent au libéralisme anglo-saxon. Par petites touches savamment orchestrées, par spoliations successives de la liberté de choix des citoyens, revenant sur ce qu’elle considère comme contraire à ses intérêts, accentuant ce qui favorise une fragilisation de l’économie, des identités et des mœurs, la commission européenne prépare l’intégration d’une vieille civilisation exsangue à l’utopie étatsunienne, projet mortifère s’il en est.

En face de nous, donc, une gigantesque armée en marche, écrasant tout.

Face à ce défi à plusieurs titres désespéré, les dissidents qui refusent cette force mécanique impitoyable et sûre d’elle-même, conquérante et dédaigneuse des nations, se trouvent bien désemparés. La confusion qui règne chez eux en est l’illustration, et verserait même dans l’absurde chez ceux qui applaudissent à l’agression dont est victime l’Iran s’ils faisaient justement encore partie du camp du refus. On voit bien par là que la première tâche est de clarifier à l’extrême certaines positions, et de désigner sans hésitation l’ennemi, quelle que soit sa « souche » !

Plus triste est, me semble-t-il, la position décalée prise par les organisations assez aveuglées pour croire tirer parti d’un système dont il n’y a plus grand-chose à glaner. Quand bien même un parti comme le Front national aurait défendu des thèses susceptibles d’inquiéter en profondeur l’ennemi, ce qui est loin d’être le cas, l’histoire des trente dernières années montre les limites d’une telle entreprise, parce que cet ennemi possède une puissance de sidération, de contrôle et d’influence redoutable, que les jeux sont pipés, et que, même lorsqu’on parvient, tant bien que mal, à se faire une espèce de niche, elle est irrésistiblement avalée par un régime dont la rhétorique est assez souple pour ratisser large, dans la mesure par ailleurs où ce qu’on appelle le peuple est devenu un agglomérat d’individus malléables, et où une clarification satisfaisante n’a pas été menée jusqu’au bout.

À ce compte, la participation, quelle qu’elle soit, électorale, médiatique, délibérative, ou sous d’autres formes, ne peut que nourrir la légitimité d’un organe qui se renforce par ce qui le conteste. La postérité de Mai 68 est là pour conformer cette appréciation, ainsi que la destinée de certaines thèses anti-immigrationnistes ou anti-islamistes, détournées par un État machiavélique, thèses qui peuvent au demeurant coexister avec des discours contraires, universalistes et humanistes. Tant le monde actuel repose sur une confusion généreusement distillée, le principal étant de faire perdre tout repère efficace pour la lutte.

Il faut voir la perte du politique, la réduction de son champ et son remplacement par la com’, l’esbroufe, les effets d’annonce non suivis d’effets, la stratégie de la tempête dans un verre d’eau, non comme un drame, mais comme une chance, car elle dissipe les malentendus, si l’on veut bien se saisir de l’occasion historique qui nous est donnée.

Il ne sert à rien, en effet, de contribuer à la prolifération de la confusion par une participation dont nous voyons bien qu’elle n’apporte rien. Ce ne sont pas les calculs d’épiciers de banlieue à propos de gains misérables obtenus par la liste Dieudonné, ou bien sur un prétendu progrès électoral obtenu par Marine, assez minime et de toute façon sans perspective, qui peuvent redonner du cœur au combattant et lui proposer un môle assez solide sur lequel s’appuyer. Inutile d’évoquer les autres listes « identitaires » pesant leurs ailes de mouches. La vérité est que nous n’avons pas de chefs, ni de stratégie visible, ni d’objectifs clairs. Ce n’est pas en mettant un papier dans une boîte, ou en écoutant l’intervention (rare) d’un leader, ou en cotisant, en collant des affiches, et en recevant la parole mensuelle qui vient d’en haut qu’on va faire sauter la machine. Nous en avons pour l’éternité à faire rire l’ennemi, qui n’en demande pas plus.

Il n’est pas interdit bien sûr de se grouper, d’échanger des idées, de nouer des amitiés, des complicités, de tenter de construire une société alternative. Sans se faire d’illusions. Et même de participer à des combats un peu musclés. Mais là, c’est une autre histoire.

Mais à mon sens, pour, à une échelle minime, mais qui peut devenir plus élargie, comme le taux d’abstention lors des dernières élections européennes a pu le laisser présager (car à mon sens, ce n’est pas une abstention « passive », mais l’expression d’un refus), éviter de nourrir le monstre, qu’on s’interdise au moins d’être dupes ! Il est nécessaire de s’abstenir, de se retirer du jeu, de proclamer : « Non, on ne marche pas ! Non, on ne collabore pas ! Non, on ne se mouille pas dans vos combinaisons ! Non, on ne vous ressemble pas ! » Il faudrait alors que ce comportement de refuznik, cette farouche négation d’une logique qui nous tue, ce mépris affiché et ostentatoire (on pourrait par exemple lancer une campagne visant à écrire sur les bulletins de votes : MASCARADE !) soient un signe d’identité, un drapeau clairement levé autour duquel se regrouperaient peut-être ceux qui vomissent le système.

Claude Bourrinet

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