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Pro Espéranto par Maximilien MALIROIS

26 décembre 2009

La question de la langue officielle de l’Europe est sans conteste l’un de ces problèmes qui parasitent régulièrement tout vrai débat sur la construction européenne. D’après les traités en vigueur, l’Union européenne reconnaît onze langues. En théorie, lors des rencontres entre les quinze partenaires, chaque État est libre de s’exprimer dans sa langue maternelle. Ce plurilinguisme permet de montrer aux détracteurs de l’Europe que l’Union ne veut pas tout uniformiser, mais il présente en contrepartie l’inconvénient d’entraîner des coûts de traduction gigantesques puisque tous les documents officiels doivent être produits en onze exemplaires différents.

Dans les faits pourtant, ce plurilinguisme s’efface au profit de deux langues de travail : l’anglais et le français, ce qui a provoqué, l’an dernier, une mini-crise diplomatique avec l’Allemagne et l’Autriche mécontentes de voir leur langue reléguée au second rang. Le chancelier Schröder a exigé – et obtenu – que l’allemand devienne la troisième langue de travail, entraînant à son tour l’insatisfaction de l’Italie et de l’Espagne… À ce premier débat risque de venir se greffer un second, tout aussi polémique, celui des langues régionales. Pour l’heure, en dépit de la Charte européenne des langues régionales et minoritaires , ni le catalan, ni le corse, ni le basque ou le breton n’ont été reconnus par les instances européennes. Mais si elles l’étaient, cela voudrait-il dire que le frison ou le galicien accéderait au statut de langue co-officielle de l’Union ? Et si on y ajoute la possible intégration à l’Union de la Pologne, de la République tchèque et de la Hongrie, on comprend rapidement que les frais de traduction risquent d’exploser et de devenir le premier budget communautaire !

Un débat propre aux États monolinguistiques

Ce débat linguistique n’en demeure pas moins symptomatique d’un certain état d’esprit. Ce sont en effet de vieux États-nations (la France, la Grande-Bretagne) qui ont su au fil des siècles imposer à leurs populations une langue nationale, qui polémiquent le plus sur la question. Cette attitude est normale puisque la langue fut dans leur histoire un instrument politique qui leur a permis de bâtir un État. L’idée d’une langue officielle européenne signifie, pour les Français et les Britanniques, imposer une langue et une seule au détriment de toutes les autres. Exiger une langue officielle démontrerait une volonté de jacobinisme linguistique. Or l’Europe est depuis toujours rétive à toute « normalisation des gosiers ». Non seulement elle dispose de plusieurs langues nationales, mais elle est riche en langues régionales et en parlers vernaculaires. Essayer de cacher cette diversité culturelle est une attitude démente et, disons-le tout net, criminelle. En outre, hors des grandes nations jacobines où domine peu ou prou le monolinguisme, la norme tend vers le plurilinguisme.

Ballottés par l’histoire, soumis à des princes de nationalité variée, les « petits peuples » ont essayé de s’en sortir en pratiquant la polyglossie. Ainsi, les Flamands parlent en général le néerlandais et l’anglais, voire le français et l’allemand. Ailleurs, le bi- ou trilinguisme est une réalité. En Suisse, pays qui dispose de quatre langues officielles (l’allemand, le français, l’italien et le romanche), tout citoyen doit au moins connaître une autre langue officielle. Quant aux Hongrois, du fait de l’isolat linguistique qu’est leur langue, ils ont bien été obligés de faire de l’allemand leur seconde langue.

Favoriser une scolarité polyglotte

Accepter le plurilinguisme serait une sage solution. On peut très bien imaginer que la France lance un programme prioritaire d’apprentissage des langues étrangères. Ce programme inciterait les enfants, dès l’école maternelle, à apprendre au moins deux autres langues européennes. Cet apprentissage se poursuivrait jusqu’au baccalauréat dont les épreuves se dérouleraient dans les trois langues du candidat. Quant aux étudiants, quelque soit la discipline, il faudrait qu’ils suivent une partie de leur cursus universitaire hors de l’Hexagone. Ces propositions sont toutefois illusoires et même utopiques, car toutes ces belles intentions se heurteraient à une donnée strictement humaine : la loi du moindre effort. Il faut être réaliste. En-dehors des passionnés des langues, et sauf en cas d’absolue nécessité, personne ne souhaiterait pratiquer une autre langue. il est toujours difficile d’apprendre une langue, c’est-à-dire découvrir un mode de raisonnement différent du sien. Cela est surtout vrai chez les Britanniques et chez les Français habitués à se penser détenteurs d’une langue universelle.

Si la langue est relativement « simple » ou perçue comme telle, le public pourrait faire des efforts. En revanche, se lancer dans la maîtrise des déclinaisons en allemand ou en russe suppose une volonté que le plus grand nombre n’aura jamais.

La quadrature du cercle

S’inspirant des travaux des économistes de l’École de Chicago qu’ils transfèrent dans le domaine culturel, certains proposent la mise en concurrence de tous les langues. Ils estiment que, comme pour les monnaies, « la bonne langue chassera les mauvaises ». Mais qu’est-ce qu’une « bonne » langue ? Pour eux, il faut laisser faire les mentalités et l’Europe, dans quelques décennies, se retrouvera doter naturellement d’une langue officielle acceptée par tous. Pour l’heure, ils montrent leur préférence pour l’anglais. Ils notent que l’anglais devient de plus en plus fréquemment la seule langue employée dans les institutions européennes. Remarquons que les compte-rendus hebdomadaires de la Banque centrale européenne se font dans cette langue alors qu’aucun État anglophone ne participe à la zone euro !

L’anglais est devenu la  lingua franca des échanges économiques, scientifiques et techniques internationaux. L’A.S.E.A.N. n’en a fait-elle pas sa langue officielle afin de ménager les susceptibilités nationales ?

Mais les Européens voudraient-il imiter les Asiatiques ? Au nom de quoi une population estimée à 65 ou 70 millions d’habitants verrait-elle sa langue promue au rang de langue officielle ? S’il s’agit de suivre la mode, de paraître branchée, l’Europe aurait tout intérêt à adhérer aux États-Unis. S’il s’agit d’un critère quantitatif d’ordre démographique, la langue de l’Europe devrait être l’Allemagne avec 90 millions de locuteurs en attendant, pourquoi pas ?, le turc ou le russe! Il y aurait par ailleurs une profonde injustice linguistique entre les anglophones, dispensés de tout apprentissage, et les non-anglophones contraints de jongler avec les subtilités du present perfect. Enfin, promouvoir l’anglais renforcerait à terme la communauté des valeurs euro-atlantiques et donc la réalisation de la fameuse zone de libre-échange transatlantique entre l’Europe et l’Amérique du Nord. L’officialisation de la langue de Shakespeare amarrerait définitivement notre continent au sort des États-Unis. Les Européens le voudraient-ils vraiment ? Quant au choix d’une autre langue nationale, le problème demeure insoluble. Proposer l’espagnol ou l’italien indisposerait les populations scandinave tandis que le danois ou le suédois gênerait les Méditerranéens. Choisir l’allemand ranimerait en France et en Grande-Bretagne une germanophobie sourde latente. Quant à la préférence du français, la majeure partie des arguments appliqués contre l’anglais peuvent parfaitement lui convenir.

Une langue officielle européenne semble donc comme une nécessité impossible à réaliser sinon avec le risque majeur de favoriser une hégémonie culturelle. On est en pleine quadrature du cercle… vicieux ! Pour essayer de s’en sortir, on a préconisé le latin, arguant du fait qu’en dehors de la Grèce et de la Finlande, les treize autres États membres ont tous subi l’empreinte romaine. Que le latin ne soit plus pratiqué n’est pas grave. L’exemple d’Israël a montré qu’une langue liturgique pouvait s’adapter aux conditions du monde moderne. Le latin continue par ailleurs d’être la langue du Vatican : la Bibliothèque pontificale a récemment publié un lexique de termes latins désignant l’aéroport, la fusée, la télévision ou le transistor… Les plus optimistes espèrent que le retour du latin ferait revenir les Européens aux temps de République chrétienne du Moyen Âge quand le christianisme permettait l’unité formelle des peuples d’Europe occidentale. Seulement, ce retour serait fort mal perçu par les Grecs et les peuples slaves de confession orthodoxe pour qui la latin symbolise surtout l’hérésie romaine et le pillage de Constantinople. En réactivant la langue de Virgile, l’Union européenne risquerait de s’aliéner pour longtemps tout son Orient slave-orthodoxe. En outre, dans les États comme la France, les associations laïques ou de libre-pensée verraient dans cette mesure une tentative papale de cléricaliser l’Europe… Et puis, la complexité grammaticale du latin rend mal aisée sa réintroduction dans une époque soumise à la communication instantanée et confortable. Très intéressante en théorie, l’hypothèse latine s’avère en définitive peu concluante.

L’aide des langues artificielles

À moins de suivre l’exemple des États africains qui ont opté pour la langue du colonisateur afin de limiter les antagonismes tribaux et d’imposer aux Européens une langue résolument exotique comme le chinois, le swahili, le guarani ou le tamoul, on ne peut que se tourner vers les langues artificielles.

Nostalgie pour reconstituer un langue universelle et ainsi effacer la malédiction de Babel ou bien tentative de remplacer le latin comme langue véhiculaire de communication, les langues artificielles, c’est-à-dire inventées, foisonnent dans l’histoire récente de l’Europe. De l’Universalglot de Pirro en 1868 à la Mundo-Lingue de Julius Lott (1888) en passant par le fameux Volapük de Johan Martin Schlever (1880) rendu célèbre par le Général de Gaulle qui s’en moqua, les langues artificielles tentent obstinément de résoudre les problèmes de communication posés par la multiplicité des langues. Or aucune n’a eu le « succès » et la longévité de l’espéranto.

Originaire de Bialystock, aujourd’hui en Pologne, mais à l’époque en Russie, le docteur Lazare-Louis Zamenhoff (1859 – 1917) possédait le don des langues, ce qui était plutôt un avantage dans une région où l’on parlait simultanément le russe, le polonais, l’allemand et le yiddish. Après avoir appris l’anglais, le français, l’hébreu, etc., il décida de créer une langue facile à apprendre et à comprendre. Le Dr. Zamenhoff assigna à l’espéranto (« celui qui espère ») la vocation d’unir l’humanité. Louable en soi, cette proposition est irréaliste, vu la nature humaine. Néanmoins, faciliter la communication entre les Européens serait déjà un bon moyen d’éviter les sots conflits, car tout prédestine l’espéranto à servir de vecteur de communication inter-européen. Si l’espéranto ne peut pas être considéré comme une langue latine, il s’écrit en alphabet latin. 75 % des lexèmes proviennent des langues romanes et 20 % des langues anglo-germaniques.

Mais, si rien n’était fait pour développer sa pratique, l’espéranto pourrait bientôt être concurrencé par une autre langue artificielle parfaitement informelle et saugrenue: l’europanto. D’après la petite histoire, ce sont les fonctionnaires-traducteurs de la Commission de Bruxelles, lassés par l’harassant travail de traduction, qui se divertirent un jour en lançant cette langue bricolée à partir de toutes les langues officielles de l’Union. Sans grammaire, ni syntaxe, le choix de l’origine des mots ne dépend que du locuteur. L’europanto satisfait immédiatement le besoin de s’exprimer et de se comprendre. Exemple: en utilisant l’allemand, l’anglais, l’espagnol et le français, « je veux une voiture » peut indistinctement se dire « I wollen une automovil », « Je desearo ein car », « Yo veux a wagen » ou « Ich want uno voiture ». On aura compris que l’europanto s’apparente aux jeux de potaches quand ils mêlaient, volontairement ou non, du latin à l’allemand en cours d’anglais… Il a déjà attiré l’intérêt d’Arte-Info qui, le 7 juin dernier, lui consacra un reportage enthousiaste. Ce soudain intérêt est inquiétant. En effet, ce sabir n’est absolument pas une langue artificielle; ce n’est qu’un mixage, une synthèse bâtarde de différentes langues, une régression vers le primitivisme linguistique ou le stade pré-infantile. Un engouement en sa faveur indiquerait que l’Europe institutionnelle mise sur l’éradication des identités linguistiques. Si cela devrait se réaliser, ce serait la fin de l’idée européenne.

L’espéranto, langue d’Europe

Avec l’espéranto, l’Europe possède déjà sa langue. Il ne nuit à aucun peuple qui, s’il souhaite participer à la construction européenne, ne veut surtout pas voir sa idiome disparaître sur l’autel de l’unification linguistique. Langue facile à assimiler, rigoureuse dans son vocabulaire et sa grammaire qui ont été débroussaillés de tout ce qui n’est pas absolument nécessaire à la communication, l’espéranto s’apprend plus par l’intelligence que par la mémoire. Comme en latin et grâce à l’existence d’un accusatif, il permet une très grande souplesse dans la syntaxe. Ainsi, « je le remercie » en français ne peut pas se dire ou s’écrire « remercie je le » ou « le je remercie ». L’espéranto admet au contraire une très grande flexibilité puisque « mi lin dankas (« je le remercie ») accepte sans réserve « mi dankas lin », « lin mi dankas », «  mi dankas al li » ou « mi al li dankas ». Cette souplesse permet de s’exprimer plus facilement sans rencontrer la barrière psychologique née de la crainte des erreurs et du ridicule.

Les objections à la mise en œuvre de l’espéranto sont médiocres. Dédaignons celles qui, au nom du nationalisme, voient dans l’œuvre du Dr. Zamenhoff une tentative mondialiste. On accuse paradoxalement la complexité de son alphabet trop slavisé. Mais ne faut-il pas un minimum de complication ? L’homme est un être contradictoire qui est à la fois régi par une loi du moindre effort et par une autre, la recherche de la difficulté. Certes, on pourrait objecter que cette langue artificielle n’a produit aucune œuvre poétique ou littéraire. C’est faux. Des espérantistes émérites ont traduit Dante, Gœthe ou Molière. Il existe aussi une littérature espérantophone. Et puis, avançons un argument utilitariste, pour traduire des circulaires administratives ou pour donner des ordres aux soldats européens, faut-il être poétique ou bien efficace ?

Certains européistes convaincus travaillent sur une langue parfaite qu’ils donneraient à l’Europe. Qu’ils cessent leurs recherches, car cette langue existe, c’est l’espéranto qui a tous les atouts pour devenir la langue officielle – mais non unique – de l’Union européenne. Illusion ? Utopie ? Peut-être, mais que dire alors de l’anecdote historique suivante. Il y a plus de trois mille ans en Inde, la caste sacerdotale des brahmanes inventèrent une langue véhiculaire destinée à former leurs disciples (on dirait aujourd’hui l’élite intellectuelle). Cette langue est le sanskrit. Les « universités » traditionnelles hindoues continuent actuellement à enseigner dans cette « langue artificielle ». À la différence des Indiens, nous possédons déjà la langue appropriée, acceptons donc et favorisons l’espéranto, la seule langue qui ne s’opposera ni au maintien des langues nationales, ni au réveil des langues régionales. Pour l’Europe, que vive l’espéranto !

Maximilien Malirois

• Paru dans L’Esprit européen, n° 4, automne 2000.

Europe et Francophonie par Maximilien MALIROIS

25 décembre 2009

Même la confusion des langues dans la Tour
de Babel, puissant mécanisme d’illusion
pour la race humaine, source de non-communication
et fin du langage universel, se sera révélé
finalement, non comme un châtiment, mais comme un don de Dieu.

Jean Baudrillard, La pensée radicale, Sens & Tonka, 2001

La francophonie peut-elle s’arrimer à la construction européenne ? A priori, non. Dans le courant des années 1990, des députés français déposèrent une demande de révision constitutionnelle qui visait à institutionnaliser la francophonie. Leur proposition échoua devant la nette réticence de leurs collègues qui y virent un moyen d’entraver l’Union européenne. Pour les plus suspicieux, la francophonie est un motif commode pour des souverainistes soucieux de ne pas passer pour des nationalistes bornés ou des chantres néo-maurrassiens de la « France seule ». Même si elle est spécieuse, l’accusation s’appuie toutefois sur certaines données. Le journal royaliste L’Action Française-Hebdo encourage les habitants de Mayotte dans l’océan Indien à demeurer français et revendique le rattachement à la France d’une autre île des Comores qui a fait sécession, Anjouan…

Par ailleurs, adversaires de toute dérive fédéraliste en matière européenne, les souverainistes se montrent hostiles à la reconnaissance des langues régionales. En revanche, ils réclament un renforcement des liens qui unissent les différents pays francophones. Le clivage entre, d’une part, des partisans de l’Europe et des régions et, d’autre part, les défenseurs de la nation et de la francophonie semble donc net et tranché. Or on peut ne pas se satisfaire de ce manichéisme primaire.

Qu’est-ce que la francophonie ?

L’idée que la francophonie serait un faire-valoir pour les républicains nationaux français est stigmatisée par l’un des plus anciens et des plus constants défenseurs du français, Philippe de Saint-Robert. « La francophonie, écrit-il, est pour la France une position de repli, et donc un leurre. […] Ce n’est pas là que se joue l’avenir du rôle de notre langue dans le monde; et, à cet égard, dépeindre la francophonie comme un organisme atteint de fièvre obsidionale, et qui se penserait comme une “ citadelle assiégée ”, est un fantasme de midinette journalistique qui prend à revers ses obsessions mondialistes. En fait de citadelle assiégée, la francophonie s’apparente plutôt au moulin à vent (1). » On doit en effet reconnaître que la construction francophone va beaucoup moins vite que la construction européenne. En général, les rencontres internationales francophones ne sont que de beaux prétextes producteurs de belles résolutions et d’atermoiements des décisions jusqu’à la prochaine réunion.

Il faut distinguer la francophonie de la Francophonie. « La “ francophonie ” avec un “ petit f ”, note Aymeric Chauprade, désigne généralement l’ensemble des peuples ou des groupes de locuteurs qui utilisent partiellement ou entièrement la langue française dans leur vie quotidienne ou leurs communications. La “ Francophonie ”, avec un “ grand F ”, désigne plutôt l’ensemble des gouvernements, des pays ou des instances officielles qui ont en commun l’usage du français dans leurs travaux ou leurs échanges (2). » En apparence superficielle, la distinction n’en est pas moins importante. Tous les États de la francophonie, tels que le Congo démocratique (ex-Zaïre) ou l’Algérie, n’adhèrent pas à la Francophonie pour des raisons politiques. Au contraire, des pays non francophones comme l’Égypte, le Mozambique, le Nigéria ou la Bulgarie y participent. Ainsi, l’ensemble francophone « ne repose pas essentiellement, en dépit des apparences, sur une banale transformation de liens coloniaux : c’est précisément ce qui distingue la francophonie du Commonwealth qui demeure, on le sait, un ensemble de pays liés à la Couronne britannique (ce qui exclut le principal pays de langue anglaise : les États-Unis). […] Cet ensemble ne repose pas non plus sur une communauté historique et géographique bien déterminée comme l’hispanidad, qui ne recouvre que des pays d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud relevant de l’ancien empire espagnol et où le castillan est majoritairement parlé. Les pays s’identifiant comme francophones sont à peu près tous plurilingues et disséminés dans le monde entier, la nature des liens avec la France constituant presque à chaque fois autant de cas spécifiques (3) ».

Aymeric Chauprade n’a pas tort quand il décrit l’espace francophone comme « une réalité non exclusivement géographique ni même linguistique, mais aussi culturelle; elle réunit tous ceux qui, de près ou de loin, éprouvent ou expriment une certaine appartenance à la langue française ou aux cultures francophone. [… Il va alors de soi que] l’aire géographique francophone est une aire éclatée sur tous les   continents ». Géopoliticien d’inspiration souverainiste national, Aymeric Chauprade propose une alternative à la construction européenne : la réalisation d’un « espace économique francophone [qui serait] intrinsèquement un espace morcelé, sans unité géographique, l’anti-pôle régional par excellence ».

Pour Ingo Kolhoum, Allemand et néanmoins fervent francophone, la Francophonie est « une communauté internationale sui generis dont les membres, en même temps qu’ils développent leurs propres références linguistiques et culturelles, c’est-à-dire identitaires, ont pour références communes les langues et la culture françaises (4) ». Son institutionnalisation a été longue, laborieuse et éclatée. En mars 1970 est fondée à Niamey au Niger l’Agence intergouvernementale de la francophonie. Cet organisme de coopération interétatique comprend quarante-neuf membres. Le premier Sommet de la francophonie se tient à Versailles en février 1986 avec quarante-et-un pays. Le huitième s’est tenu en septembre 1999 à Moncton en Acadie au Canada en présence de cinquante-cinq délégations. Ce type de sommet est à différencier, d’une part, de la Conférence des chefs d’État d’Afrique et de France (les sommets franco-africains), d’autre part, du Sommet des chefs d’État et de gouvernement de pays ayant le français en partage organisé à Paris en février 1996 ! De tous ces rencontres internationales ne sont sorties que peu de mesures, si ce n’est la création en 1987 des Jeux de la francophonie dont la quatrième manifestation s’organise au Canada en 2001. Créée en 1997 sur « le partage d’une langue et de valeurs communes », l’Organisation internationale de la Francophonie comptait en 2000 cinquante-et-un membres et quatre observateurs (dont la Pologne, la Lituanie ou la République tchèque).

Entité internationale d’importance secondaire, l’O.I.F. dispose d’un secrétaire général dont le premier titulaire est l’ancien secrétaire général de l’O.N.U., l’Égyptien Pierre Boudros-Ghali. Certes, souligne Ingo Kolhoum, « si l’espace francophone dans le monde est un fait international, son organisation à un niveau international reste un horizon politique à atteindre et continue de rencontrer des problèmes d’image ». À quoi peut bien servir un ensemble “ supranational ” supplémentaire ? Quelles en sont les finalités ? Sont-elles linguistiques, culturelles, économiques, géopolitiques ? Faute d’une ambition politique, on reste dans le flou.

La francophonie contre les langues vernaculaires ?

Les linguistes le savent bien. La France comprend de nombreuses langues. Si l’on met de côté les parlers d’origine germanique (alsacien, lorrain thiois, flamand), d’origine celtique (breton) et le basque, la France se découpe en trois grandes aires linguistiques selon qu’on prononce le “ oui ” “ oïl ”, “ oc ” ou “ wa ”. Ce sont, au nord de la Loire, les langues d’oïl d’où provient le français, au sud du fleuve, les langues d’oc avec l’occitan, le provençal et le catalan, et à l’est, concentré dans la région Rhône-Alpes le franco-provençal. Cette richesse est proprement une chance et nullement une menace pour la pérennité de la République ou de la Nation.

Claude Allègre – qui ne sait pas parler français – a récemment critiqué le plan lancé par son successeur, Jack Lang, pour la promotion des langues régionales à l’école, car, d’après lui, si « la première priorité, c’est le français [on est d’accord sur ce point]; la deuxième priorité, c’est de parler anglais. Les langues régionales, ça vient après (5) ». Pitoyable ministre de l’Éducation nationale, Allègre s’auto-proclame porte-parole d’une clique anglomaniaque que juge la promotion des langues vernaculaires ringarde, juste suffisante aux spectacles folkloriques en été et à la création de « réserves à ploucs ». Un de ses amis, Jacques Chirac, paraît suivre ce genre de considérations. Hélas ! pour l’actuel président de la République – qui n’en est plus à une versatilité près -, quelques jours après avoir exprimé son opposition à la Charte, il saluait l’autonomie interne des Inuits au Canada. « Personne, souligne Ingo Kolhoum, ne nota […] les contradictions d’une politique française qui, après avoir marqué pendant de longs mois son refus de ratifier la Charte européenne des langues régionales et minoritaires, n’hésita pas à vanter la richesse culturelle du Nunavut, résultant de son statut minoritaire au Canada. » Il est indispensable de soutenir le maintien (et la diffusion) du français et d’inciter le développement des langues régionales. Tout véritable amoureux du français se doit d’être conséquent avec lui-même et défendre les parlers infranationaux. Telle est la démarche de l’écrivain Paul Sérant.

« Il n’y a aucune contradiction entre la défense du français et la défense des langues régionales de France […]. Il s’agit en fait d’une seule et même cause. Car si l’on décrète que le flamand, le breton, le basque, le corse, le catalan, l’occitan et l’alsacien doivent disparaître au nom de l’unité nationale, on n’aura guère d’arguments à opposer à ceux qui diront que le français doit disparaître au nom de l’unité continentale ou mondiale. Nos langues régionales sont quantitativement peu de chose à l’échelon national : le français lui-même est peu de chose à l’échelon planétaire. Qui plus est, l’argument quantitatif que certains osent encore employer chez nous contre nos langues régionales est celui que certains Flamands belges, certains Suisses alémaniques, certains Canadiens et certains Américains osent encore employer contre les communautés francophones de leurs États respectifs. Comment pourrions-nous récuser leurs arguments si nous y avions nous-mêmes recours contre nos minorités linguistiques ?

Pas plus qu’elle ne contredit le maintien de nos cultures régionales, la lutte pour la francophonie ne contredit la lutte pour la construction européenne.

L’Europe, en effet, n’est pas seulement un ensemble géographique. C’est une mosaïque de cultures, dont certaines ont rayonné sur l’ensemble de la planète. L’anglais, l’espagnol, le portugais et notre propre langue sont ainsi devenues les langues de peuples divers. Il appartient aux Européens de veiller sur ces foyers de culture, unissant des communautés humaines que d’autres éléments séparent. Assurément, s’il s’agit de l’héritage historique ou du mode de vie, je suis plus près d’un Suédois ou d’un Hongrois que d’un Maghrébin, d’un Malgache ou d’un Vietnamien. Mais s’il s’agit de l’expression, je serais au contraire plus proche non seulement d’un francophone d’ethnie française, mais d’un Maghrébin, d’un Malgache ou d’un Vietnamien francophones que d’un Suédois ou d’un Hongrois ignorant le français. Ces diverses affinités ne sont pas conflictuelles : elles peuvent et doivent coexister légitimement (6). » Paul Sérant est très clair. Pour lui comme pour Ingo Kohloum, « la Francophonie en tant que telle n’est pas une fin en soi, mais qu’elle est, avant tout, un moyen de protéger la pluralité des cultures ». Une menace terrible pèse sur cette pluralité culturelle : le rouleau compresseur de l’indifférenciation linguistique dont la conséquence ultime sera, si l’on n’y prend pas garde, le monolinguisme planétaire.

Le vrai danger linguistique

Conscient du péril, et avec des arguments impeccables, Pierre Maes estime qu’« il ne faut pas se tromper d’ennemi : le seul ennemi du français dans le monde, c’est l’anglo-américain. Dans ce combat, les patois et les langues minoritaires sont les alliés du français. Ils font partie du patrimoine national et nous sommes responsables de leur survie. Ils sont aussi des agents puissants pour faciliter le plurilinguisme dont les Français ont tant besoin (7) ». Ces propos sont si virulents qu’il convient de les nuancer. M. Maes confond le mal et le malade. Comme le déplore depuis de longues années l’académicien Jean Dutourd, l’anglais est lui-même victime de sa mondialisation. Du fait d’une présence historique sur tous les continents, la langue d’Oscar Wilde se dilue dans des sabirs angloïdes destinés principalement au commerce, au show-biz et aux médias. Des anglophones déplorent cette transformation, comprennent et soutiennent tous les actions hostiles à la nouvelle linga franca mondiale. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, défendre le français et les langues régionales, c’est aussi sauvegarder l’anglais qui, comme toutes les langues, devrait suivre une évolution naturelle.

Claude Allègre, encore lui !, provoqua un autre scandale en disant qu’« on ne doit plus considérer l’anglais comme une langue étrangère ». Si on prend cette phrase dans un sens historique, la remarque est vraie, car – pour paraphraser Clemenceau – « l’anglais est une langue de France qui a très mal tournée ». Dans ses livres récents, la linguiste Henriette Walter a démontré que le vocabulaire anglais puise avec abondance dans les mots français, ce qui est logique avec la conquête normande de 1066. Beaucoup plus proches qu’on ne le croit, les langues française et anglaise s’influencent mutuellement pour le meilleur et pour le pire. Or le pire, désormais, domine avec une multitude de tics, un sous-langage ordurier propre à une jeunesse rivée sur la télévision. Par mode, par goût de la « modernité », par fainéantise intellectuelle, anglicismes et américanismes envahissent le lexique français. Cette invasion ne provient pas de l’anglais classique dont de plus en plus de jeunes sont incapables de comprendre un seul mot, mais de cette Novlangue venue d’outre-Atlantique.

Outre l’influence pernicieuse de ce parler “ Macdonaldesque ”, la dégradation, actuelle et notoire, du français provient non pas du renouveau des langues régionales, mais plus sûrement du gouvernement français, désireux de dévoyer le langage pour satisfaire quelques coteries. On accuse avec raison le gouvernement de Lionel Jospin d’avoir sorti un décret de féminisation des fonctions et des métiers. On oublie qu’en 1986, un décret préconisait déjà cette mesure. Sans compter le triste exemple de la Belgique et du canton de Genève ! Institution censée défendre le français, l’Académie française elle-même n’est pas exempte de reproches. À la louable intention de donner des expressions françaises aux anglicismes, elle n’a fait qu’entériner un Montoire linguistique. Par exemple, au lieu d’adopter le mot québécois de « courriel » pour désigner le e-mail, l’assemblée de ces hautes- sénélités (en-dehors de quelques esprits lucides tels que Michel Déon, Maurice Druon ou Jean Dutourd) opta pour le mél ! Bravo, la francisation !…

Ce dénigrement systématique du français incite en fin de compte certains « jacobins aux petits pieds » à pronostiquer la mort de notre langue. Dans un article de L’Express, Éric Conan cite l’éditorial politique d’U Ribombu, l’organe des indépendantistes corses qui, « si l’on veut sauver la langue corse, il faudra l’imposer aux jeunes Corses, qui ne s’expriment plus – à de rares exceptions près – qu’en français, comme seule langue officielle de la Corse, à l’exclusion de toute autre (8) ». Cette réflexion, par son extrémisme outrancier, dénote un état d’esprit typiquement jacobin aussi insupportable que le jacobinisme français qui, à l’instar du critique littéraire Angelo Rinaldi, jugent que le corse n’est qu’un « langage pour les chèvres ». Qu’il soit régional, national ou européen, l’exclusivisme linguistique est mortel pour le dynamisme des cultures ! On pouvait lire ensuite dans l’éditorial d’U Ribombu : « Quant à la langue étrangère qui doit être privilégiée dans l’enseignement, je n’en vois qu’une, c’est la langue internationale actuelle, en l’occurrence l’anglais. Pour les petits Corses qui naissent aujourd’hui, je vois peu d’utilité pratique à écrire et à lire le français et l’italien. » Cette remarque fait écho au petit mot d’un ancien ministre de l’Éducation nationale.

Il faut donc dénoncer l’alliance subreptice entre les tenants d’un super-État centralisé et impotent européen, dont la langue véhiculaire unique serait un anglais patchwork, et certaines tendances régionales, vecteurs d’un « nationalisme étatique abscons ». Claude Allègre – U Ribombu, même combat !

Le recours latin

Au croisement de l’Europe et de la francophonie, la France dispose sans le savoir d’une autre carte à jouer : la carte latine. Des langues nationales (espagnol, français, italien, portugais, roumain) et des langues régionales (catalan, corse, franco-provençal, galicien, occitan, provençal, vénitien…) appartiennent à la grande famille des langues romanes. Issues du bas-latin et du latin médiéval, elles n’en forment pas moins un ensemble linguistique important. Intéressé par cet enjeu considérable quoiqu’ignoré et délaissé, Philippe Rossillon publiait en 1983 Un milliard de Latins pour l’an 2000. Ce défenseur de la francophonie estimait que la France ne devait pas se cantonner au seul domaine francophone, mais s’ouvrir sur d’autres espaces latins afin de se renforcer mutuellement face à l’hégémonie anglo-américaine. Il relança l’Union latine, une association privée créée par le Français Pierre Cabanes en 1945 avant de se transformer en un organisme intergouvernemental par le traité de Madrid en 1954. Aujourd’hui, cette structure regroupe trente-six États dont le Saint-Siège.

Au sein de l’Union européenne, un bloc latin informel pourrait aisément contrecarrer les tendances monolinguistiques du bloc anglais qui, autour de la Grande-Bretagne, regroupent les vassaux, politiques et culturels, de l’atlantisme (le Danemark, les Pays-Bas, la Suède). Atout non négligeable, la référence latine permettrait aussi le retour à une place légitime de l’enseignement du grec et du latin dans les programmes scolaires.

La réactivation de la latinité peut aussi passer par une concertation plus étroite entre la Francophonie et l’O.E.I.A (Organisation des États ibéro-américains) qui regroupent l’Espagne, le Portugal et leurs anciennes possessions d’Amérique. « La Francophonie, en tant que regroupement international, propose Kolhoum, mérite non seulement le soutien des francophones eux-mêmes, mais aussi l’intérêt, voire la sympathie, de tous les non-francophones soucieux de préserver la pluralité des cultures dans le monde. » En Europe et hors du Vieux Monde, maints non-francophones considèrent, à la suite de I. Kolhoum, « la Francophonie comme un effort, le seul possible, peut-être, pour offrir une alternative au “ village global ”, c’est-à-dire à la mondialisation à l’américaine… » Allant plus loin encore dans sa réflexion, l’auteur de l’article de Politique étrangère pose franchement la question : « L’espace francophone, qui représente une sorte de Heimat culturelle commune, offrant aux individus respectifs de réels moyens d’identification, ne constitue-t-il pas lui aussi une tentative pour recréer des conditions viables de développement culturel, en opérant une sorte de “ correction régionale ” du village global à l’américaine ? » Il faudrait que la France ait enfin la volonté d’agir simultanément sur ces extraordinaires leviers que sont l’Europe, la Francophonie, la latinité, les langues vernaculaires et, pourquoi l’oublier ?, l’espéranto.

Le nouveau « jeu de la France »

Dans les années 1960, Otto de Habsbourg-Lorraine préconisa l’emploi du français comme langue officielle des Communautés européennes. Agréable pour des oreilles françaises, la suggestion n’en doit pas moins être rejetée, car une telle décision signifierait un monolinguisme de fait et le retour aux rivalités nationales. Certes, la fin du mythe de l’instituteur barbu de la IIIe République désole tous ceux qui y étaient sentimentalement attachés. Mais « les hussards noirs de la République n’ont plus d’avenir, croît l’avocat basque Jean-Claude Larronde. Les jeunes Européens parleront plusieurs langues. Ils ne connaissent déjà plus de frontières (9) ».

« Le jeu de la France » – pour reprendre le titre d’un livre célèbre de Philippe de Saint-Robert – doit se déployer dans plusieurs directions : européenne, bien sûr, francophone évidemment, régionale, méditerranéenne, latine etc. Par son histoire et sa géographie, la France est une petite Europe. Sa vocation est de défendre – et d’épanouir – la diversité culturelle et non de l’appauvrir. Cette mission, la France aurait les moyens de la relayer dans le cadre de l’Union européenne, s’il y avait une réelle volonté d’action politique à l’Élysée et à Matignon. On ne peut qu’être en désaccord avec Chauprade quand il affirme : « Jusque ces dernières années, la France avait choisi de mener les constructions francophone et européenne de front, refusant en quelque sorte d’affronter la réalité inéluctable : si la Francophonie et l’Europe ont un avenir commun, car il a toujours été clair que la France et l’Europe devaient se penser ensemble, il n’en va pas de même de la Francophonie et du fédéralisme européen, du “ tout-Europe ”, lesquels, depuis la ratification de Maastricht, mais plus encore dans les cinq années à venir, vont entrer dans la contradiction la plus totale. »

À nos yeux, le soi-disant fédéralisme de Maastricht n’est pas un fédéralisme, mais un processus inavoué de centralisation bureaucratique. Le véritable fédéralisme, le fédéralisme intégral, implique une répartition des compétences entre les différents niveaux. À titre d’exemple, en Inde, État fédéral multinational, pluri-ethnique et polylinguistique, chaque État fédéré a sa ou ses langues officielles. En matière culturelle et linguistique, la répartition concernera principalement le local, le régional et le national. L’État fédéral européen n’aura pas à intervenir dans un domaine où des nations, des régions, des communautés, des groupes ethno-linguistiques pourront agir souverainement. Ainsi, la France, la Wallonie, les cantons francophones de la Suisse, le Val d’Aoste auront la possibilité de constituer au sein de l’ensemble fédéral une Communauté francophone, mais ils auront aussi le droit de maintenir et de renforcer la Francophonie. Il n’y a pas de culture européenne, seulement une civilisation que de nombreuses personnes confondent avec la “ culture ”.

La France doit cesser de penser d’une manière hexagonale. Contre le triomphe médiatique du sabir angloïde, elle doit revoir sa stratégie linguistique globale. « À l’heure d’une Union européenne élargie à l’est, avertit Kolhoum, la survie en Europe d’une deuxième langue vivante à côté de l’anglais ne peut être assurée par une concurrence entre le français et l’allemand au détriment de l’une ou de l’autre langue. Cette survie passe au contraire par leur alliance. » En effet, poursuit-il, « le monde germanophone et le monde “ franco-allemand ” doivent devenir des alliés efficaces de la francophonie, au profit d’une culture européenne et contre une culture du fast-food dont les Américains, d’ailleurs, ne sont pas les seuls zélateurs ».

Le nouveau siècle qui commence ne sera pas celui des exclusions et des primautés absolues. Le XXIe siècle sera plutôt celui des adhésions multiples à des appartenances aussi diverses que variables. Si un Breton de Lorient se différencie du Catalan de Perpignan par des aires culturelles différentes (celtique pour l’un, latine pour l’autre), ils en seront pas moins Français, Européens et francophones. Il est temps que l’Europe, les langues régionales et la francophonie se découvrent réellement et fassent un front commun contre une redoutable menace.

Maximilien Malirois

Notes

1 : Philippe de Saint-Robert, « Le moulin à vent de la francophonie », Lettre(s), n° 26, automne 1999.

2 : Aymeric Chauprade, L’Espace économique francophone. Pour une Francophonie intégrale, Ellipses, 1996.

3 : Philippe de Saint-Robert, « Les enjeux de la francophonie », Symposium / Les chiffres du monde, Encyclopædia Universalis, 1988.

4 : Ingo Kolhoum, « Francophonie internationale : plaidoyer pour une réflexion et un réflexe franco-allemand », Politique étrangère, 1/ 2001, janvier-mars 2001.

5 : sur France-Inter, le 29 avril 2001.

6 : Paul Sérant, Les enfants de Jacques Cartier, Robert Laffont, 1991.

7 : Pierre Maes, «  Il ne faut pas se tromper d’ennemi  », Lettre(s), n° 26, automne 1999.

8 : Éric Conan, in L’Express du 21 juin 2001.

9 : in Le Figaro, 9 août 2000.

• Paru dans L’Esprit européen, n° 7, automne-hiver 2001-2002.

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