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Une vie de Saint-Loup par Georges FELTIN-TRACOL

29 août 2010

Ancien militant solidariste dans les années 1970, biographe dans la même collection « Qui suis-je ? » de Henri Béraud (dont il préside l’association des Amis), Léon Daudet et Henry de Monfreid, Francis Bergeron vient de faire paraître un Saint-Loup qui fera date tant la figure de Marc Augier (véritable identité de Saint-Loup) demeure méconnue.

En plus d’une centaine de pages, Francis Bergeron condense la vie incroyable de ce natif de Bordeaux décédé en 1990 et apporte des compléments réunis en annexes. Outre l’inévitable étude astrologique de Marin de Charette, Francis Bergeron fournit au lecteur des dates biographiques, la bibliographique de Saint-Loup (ses articles inclus) et une étonnante (et très utile) cote bibliographique de ses ouvrages. Il propose même une rubrique « Ils ont dit de Saint-Loup » dans laquelle on comprend pourquoi un François d’Orcival a beaucoup à se faire pardonner aujourd’hui…

Comme la quasi-totalité des biographies, l’auteur suit un déroulement linéaire. Cependant, c’est avec une heureuse pertinence que Francis Bergeron calque son plan sur de grandes périodes de la vie de Saint-Loup résumée par des phases où il était « fréquentable » et d’autres, « infréquentable ». C’est fort bien vu.

Marc Augier naît en 1908 dans un milieu bourgeois quelque peu atypique puisque son père est protestant et sa mère catholique. Élève à la scolarité terne, il suit à la fac des études de droit avant de tout lâcher pour une amante qui ne le quittera plus : la moto. Le jeune Augier devient alors mécano, effectue de nombreux petits boulots et parvient difficilement à s’offrir l’engin de ses rêves. Il monte ensuite un club motocycliste et organise un raid dans les Pyrénées. Cette première aventure lui permet d’être publié dans La Dépêche du Midi (Relevons une modeste erreur – p. 14 – de l’auteur qui évoque la république d’Andorre alors que c’est une principauté avec deux co-princes, l’évêque espagnol d’Urgel et le président de la République française).

La moto sera l’une des grandes passions de Saint-Loup et, outre des chevauchées mécaniques dans les Balkans, dans l’Atlas ou dans le Sahara, il saura en tirer quelque roman tel Une moto pour Barbara (1973). Saint-Loup se passionne aussi pour l’automobile et ses grandes figures industrielles : Renault de Billancourt (1955) ou Marius Berliet l’inflexible (1962). Francis Bergeron estime qu’« il y a une vraie connivence entre le fascisme et l’épopée automobile. Cette connivence, on la retrouve, par exemple, dans le courant artistique né en Italie au début du siècle avec Marinetti, le futurisme. Vitesse, élitisme, compétition, performance sportive, risque calculé, toutes valeurs éloignées des mots repères de la démocratie ou du communisme… (p. 72) » Soit ! Mais n’y a-t-il pas en Saint-Loup une sensibilité moderne, faustienne, qui le tenaille intérieurement ?

Saint-Loup apprécie et pratique ce qu’on appelle aujourd’hui les sports extrêmes (sans que cette désignation ne soulève la réprobation véhémente des ligues de petite vertu toujours vigilantes). Il fait du ski et de la haute-montagne, d’où ses ouvrages « montagnards » (Face Nord – 1946, La montagne n’a pas voulu – 1949, Monts Pacifique – 1951, Pays d’Aoste – 1952, ou bien en 1982 La République du Mont Blanc). Que ce soit à moto, dans une cordée ou sur des skis, Saint-Loup goûte le risque, l’effort et l’endurance. Cet alpiniste affectionne tout particulièrement le ski de descente car « le ski de fond s’accommode mal de la psychologie propre au sportif latin, note-t-il. Le ski de descente nous plaît, car il en appelle à nos facultés bien connues de témérité, de rapidité dans la décision et, aussi, pourquoi le cacher, à notre amour du sport spectaculaire. Le ski de fond demande un effort secret, de la patience, de la ténacité, toutes qualités qui nous font défaut (p. 60) ». Saint-Loup ou l’anti-Evola de « Psychanalyse du ski » dans L’Arc et la Massue !

Oui, il y a un esprit faustien en Saint-Loup parce que c’est un activiste, parce qu’il est « le contraire d’un idéologue, le contraire d’un philosophe, assure Francis Bergeron. C’est un militant, certes, par son goût de l’action. Mais ce n’est pas un homme du combat des idées. C’est un homme d’action, ayant mis ce goût de l’action au service de causes politiques et parfois militaires (p. 103) ». Bref, Saint-Loup n’est pas Jean Mabire dont il était d’ailleurs l’ami. Malgré un parcours assez semblable et un engagement identique, la personnalité de Robert Dun (pseudonyme de feu Maurice Martin) ne correspond pas non plus à celle de Saint-Loup.

Toutefois, pour maints de ses lecteurs, Saint-Loup restera à jamais le promoteur des « patries charnelles », de cette « Europe aux mille drapeaux ethniques autochtones ».

Francis Bergeron montre bien que cet intérêt date d’avant la guerre, peut-être quand le jeune rédacteur du bulletin des Auberges laïques de jeunesse rencontra sur un navire en direction d’un Congrès mondial de la jeunesse outre-Atlantique le Breton Yann Fouéré. Cette idée d’une « Europe des ethnies » qui se manifestera par une fameuse carte publiée dans son roman historique Les S.S. de la Toison d’Or (1975), puis dans un numéro de Défense de l’Occident en mars 1976, prend corps lors du second conflit mondial quand le légionnaire français contre le bolchevisme Augier intègre la division S.S. Charlemagne et assure la rédaction de Devenir. Dans sa trilogie « sulfureuse » (Les Volontaires – 1963, Les Hérétiques – 1965 et Les Nostalgiques – 1967), Saint-Loup évoque l’existence d’une tendance pan-européenne, ethniste et anti-pangermaniste au cœur même de la S.S. en arme. Dans son autobiographie, Götterdämmerung (1949 / 1986), il narre sa rencontre avec cette mystérieuse confrérie dans le monastère d’Hildesheim. « Le mythe se situe au carrefour de la politique et l’ésotérisme (p. 102) », prévient Francis Bergeron qui montre un scepticisme certain à propos de ce thème politique majeur dans l’œuvre de Saint-Loup. « Il n’est pas certain du tout, à la lumière de notre monde du XXIe siècle, que ce soit la voie de l’avenir. Ni même que cette voie soit vraiment souhaitable (p. 89). » Saint-Loup pensait les patries charnelles en homme du XXe siècle et les imaginait comme de petits États régionaux. La reconnaissance des patries charnelles ne peut s’opérer aujourd’hui que dans un ensemble continental authentiquement fédéraliste et subsidiariste d’une part, et par leur enchâssement institutionnel dans des patries historiques (les nations honnies par Saint-Loup) et dans la grande patrie européenne d’autre part. Oui, la mondialisation broie les cadres nationaux ! Plutôt que de résister à cette déferlante qui emporte tout sur son passage, n’est-il pas préférable de la suivre sur son crêt en transmuant le poison en remède et en retournant contre le mondialisme ses propres armes ? N’est-ce pas là un défi vitaliste exaltant tel qu’aimait l’auteur de La nuit commence au Cap Horn (1952), implacable réquisitoire de l’occidentalisation du monde par l’exemple du génocide/ethnocide des indigènes de la Terre de Feu ?

L’ouvrage de Francis Bergeron souligne aussi que Saint-Loup ne fut pas de son vivant un « auteur maudit ». Souvent publiés aux Presses de la Cité et bénéficiant d’un tirage raisonnable, ses livres se vendaient assez bien et il n’était pas rare de les trouver dans les bibliothèques publiques. L’auteur de ces lignes se souvient fort bien avoir découvert, adolescent au milieu des années 1980, Nouveaux Cathares pour Montségur (1969) ou Le Sang d’Israël (1970) sur les rayonnages d’une bibliothèque municipale socialo-communiste ! Il est maintenant impensable que les médiathèques osent proposer à leurs usagers  pareilles lectures… L’épuration a belle et bien frappé Marc Augier avec soixante ans de retard !

Francis Bergeron revient enfin sur l’attaque par des extrémistes juifs du colloque littéraire consacré à l’œuvre de Saint-Loup organisé à Paris ce 20 avril 1991. En dépit des nombreux blessés graves (des personnes âgées pour la plupart), il faut s’étonner de la relative clémence des tribunaux à l’encontre des agresseurs. À l’heure où certains « nationaux » souhaitent s’entendre contre le péril islamiste et lorgnent vers les héritiers des agresseurs, il est important de rappeler que des taches de sang maculent à jamais la couverture de Rencontres avec Saint-Loup (1991). Ce précédent n’incite pas à soutenir une grossière diversion dont, au final, les dindons de la farce seront encore les seuls Européens. Accepter le risque ne signifie aucunement l’aveuglement et exige au contraire la plus grande lucidité. Espérons qu’en lisant cette belle biographie de Saint-Loup par Francis Bergeron, jeunes et moins jeunes le comprendront.

Georges Feltin-Tracol

• Francis Bergeron, Saint-Loup, Pardès, coll. « Qui suis-je ? », 2010, 128 p., 12 €.

Hommage à Michel Jobert : un Européen d’avenir par Maximilien MALIROIS

26 décembre 2009

Le 26 mai 2002 est décédé à Paris l’ancien ministre Michel Jobert. Singulier destin que fut celui de cet homme politique atypique. Né en 1921 à Meknès au Maroc où son père y était ingénieur agronome, Michel Jobert a toujours gardé un puissant attachement pour son pays de naissance et d’enfance qu’il considérait comme une seconde patrie.

Après une adolescence joyeuse et buissonnière qu’il relate dans ses Mémoires d’avenir, Michel Jobert combat pendant la Seconde Guerre mondiale dans l’Armée française d’Afrique. Affecté dans un régiment de spahis, il montre un indéniable courage au front d’où il revient très gravement blessé. Il restera toujours discret sur son bras atrophié, séquelle d’une grave blessure. La paix revenue, il intègre la jeune ENA et en sort haut fonctionnaire. Sa fonction de magistrat à la Cour des comptes l’amène à s’intéresser à la vie publique. Plusieurs fois conseiller de ministres sous la IVe République, il collabore avec Pierre Mendès-France quand celui-ci devient président du Conseil en 1954 – 1955. De cette expérience mendésiste, il en sortira fortement impressionné par la droiture, la franchise et la hauteur de vue du locataire de Matignon.

Retourné à son administration d’origine aux débuts de la Ve République, c’est par l’intermédiaire d’un ami, beau-frère de Georges Pompidou, qu’il entre au service du nouveau Premier ministre en 1963. Très rapidement, une confiance s’établit entre les deux hommes. Michel Jobert devient un de ses conseillers les plus influents. Quand le général de Gaulle remercie Pompidou en juillet 1968, Michel Jobert organise un secrétariat qui prépare doucement la candidature de l’ancien chef du gouvernement à l’élection présidentielle de 1972. La démission du Général précipite les échéances. Élu en juin 1969 président de la République, Georges Pompidou place Michel Jobert à un poste stratégique : le secrétariat général de l’Élysée. Depuis ce poste, il rencontre Édouard Balladur, Jacques Chirac, Philippe Séguin, et assiste impuissant aux manigances anti-chabanistes du duo conservateur et gaulliste intégriste Marie-France Garaud et Pierre Juillet. En 1973, Pompidou, déjà atteint du mal qui l’emportera, le nomme ministre des Affaires étrangères.

Il n’y restera qu’une année, mais quelle année ! Par son action, Michel Jobert devient le meilleur titulaire du Quai d’Orsay de la Ve République, voire depuis Talleyrand, la rouerie en moins… Il y affronte l’esprit d’alignement inconditionnel des Européens sur les États-Unis. Face au redoutable secrétaire d’État Henry Kissinger, il devient l’homme du « Non au grand large ». Michel Jobert refuse la « nouvelle Charte atlantique » proposée par Washington, lance le dialogue euro-arabe et entreprend des discussions entre les deux rives de la Méditerranée. Récusant le « condominium américano-soviétique » sur le monde, il trace – à la stupeur d’un personnel politique français peu habitué – une troisième voie diplomatique française et européenne. Hostile à l’hystérie anti-arabe qui submerge l’Occident lors de la guerre du Kippour, Michel Jobert conclut des accords économiques et commerciaux avec des États arabes « peu fréquentables » comme l’Irak ou la Libye.

En matière européenne, il revendique une Europe gaullienne, unie mais respectueuse des nations. Il pressent que « l’Europe, la France abordent une période de désordres internationaux sans y être préparés ni sur le plan de la sécurité, ni sur celui de l’économie, ni intellectuellement, ni moralement ». La médiocrité de la classe politique européenne et son atlantisme viscéral amènent un jour Michel Jobert à saluer ses collègues continentaux d’un « Bonjour les traîtres » resté célèbre. Ainsi, « on ne peut plus parler d’identité européenne sans se souvenir que l’Europe, alors que rien ne la contraignait, s’est une fois de plus affaissée sous la pression d’intérêts qui n’étaient pas les siens ».

Diplomate en chef, Michel Jobert permet à la France d’avoir une politique étrangère indépendante, viable et compatible avec les intérêts de la Communauté européenne. Les spécialistes spéculeront encore longtemps pour savoir si Georges Pompidou – s’il avait survécu – l’aurait nommé Premier ministre. L’intéressé, le premier, en doutait… Au décès de Pompidou en 1974, Michel Jobert aurait voulu se porter candidat à l’Élysée mais, comme en 1981, faute de soutiens politiques réels et entravé par le sordide système d’obstruction légale dit des parrainages, il ne peut être candidat. Il assiste alors à la victoire de son collègue du gouvernement et néanmoins adversaire intime Valéry Giscard d’Estaing.

Michel Jobert devient un adversaire résolu du septennat giscardien. Il pourfend tant l’immobilisme social intérieur que l’alignement sur l’axe Washington-Moscou à l’extérieur. En 1974, il fonde le Mouvement des démocrates (M.D.D.) qui ne se reconnaît ni dans la majorité chiraco-giscardienne, ni dans l’opposition socialo-communiste. Michel Jobert dénie le clivage gauche – droite et se dit « ailleurs ». Malheureusement, le M.D.D. est loin de susciter l’enthousiasme des électeurs.

En 1981, Michel Jobert soutient dès le premier tour la candidature de François Mitterrand en raison de son hostilité à Giscard, au nom de l’alternance et pour la consolidation de la Ve République. En effet, il juge que la victoire de la gauche renforcera les institutions de 1958. Dans le gouvernement de Pierre Mauroy, Michel Jobert exerce les fonctions de ministre d’État en charge du Commerce extérieur de juin 1981 à mars 1983. Le bouillant ministre est de retour ! Il s’oppose aux États-Unis à propos de l’agriculture (déjà !). « Chacun le sait : si les États-Unis parvenaient, comme ils le souhaitent, à démanteler la politique agricole commune, il n’y aurait simplement plus d’Europe. » Il fait aussi arrêter les magnétoscopes japonais à Poitiers. On se gausse à l’époque de cette décision alors qu’il s’agit d’une mesure de protection industrielle et technique indispensable. Hélas, ses demandes répétées de véritable politique industrielle volontariste ne sont pas entendues. Michel Jobert doit en outre attendre un an avant d’avoir un directeur de cabinet ! Par ailleurs, la Direction des relations économiques extérieures est rattachée au ministère de l’Économie et des Finances, chez Jacques Delors. Las, il démissionne en mars 1983. C’est la fin de sa carrière politique.

Michel Jobert se consacre dès lors à la lecture et à l’écriture (essais et romans). Quand il l’estime nécessaire, il intervient dans le débat public. Parallèlement, il devient avocat en 1990. La même année, au nom de la politique arabe de la France, il s’oppose à la guerre du Golfe et au Nouvel Ordre mondial décrété par Bush père. Toute une jeune génération le découvre ! Collaborateur à la radio d’origine marocaine Médi I, il donnait chaque samedi dans le cadre d’une chronique pertinente une analyse perspicace et malicieuse des événements internationaux.

***

Michel Jobert était un Européen d’avenir. De tout son cœur, il souhaitait que l’Europe s’unisse et se libère de la pesante tutelle américaine. Pour lui, « une Europe libre, donc puissante, est indispensable à l’indépendance de la France. Nous sommes passionnément européens parce que nous sommes passionnément français ». Or, depuis longtemps, constatant que « le pragmatisme marchand l’emporte sur le souffle historique », il s’inquiète que « l’Europe [soit] une “ non-personne ” à laquelle on désespère de donner une voix ». En 1984, en compagnie du centre de réflexions du M.D.D., il publie un roboratif essai sur la question européenne au titre mobilisateur Vive l’Europe libre ! Il ne s’y montre pas fédéraliste, car « l’indispensable unité européenne ne se décrète pas pas; nul référendum ne pourra la garantir; c’est une longue et tenace patience, un investissement coûteux ».

En 1992, lors du référendum sur Maastricht, il soutient le oui. Il fait le pari qu’avec la monnaie unique, l’unification se fera plus rapidement par l’intermédiaire de l’économie, obligeant les gouvernements à définir une autorité souveraine européenne. Plus tard, en 1998, n’écrira-t-il pas : « Voici que s’installe une monnaie unique, à laquelle nous allons devoir abandonner davantage nos mauvaises habitudes que notre souveraineté de nation. Voici que nous pouvons espérer sortir d’un demi-siècle de servitude volontaire, durant lequel les Européens, riches de leur esprit, de leur culture, de leur travail, n’ont pas encore eu la dignité de revendiquer leur liberté d’assumer leur propre défense » ? Il pronostique que l’euro, « c’est-à-dire l’économie, combattra d’elle-même beaucoup plus lucidement et sa lutte engendrera des effets politiques qui ne pourraient jamais espérés autrement d’un milieu qui, de fait, a abandonné tout esprit de souveraineté, dans les relations internationales ».

Michel Jobert défendait donc une Europe souveraine en s’appuyant sur les États. « L’indépendance de l’Europe, ajoute-t-il, passe […] aujourd’hui par le maintien des États; ce sont eux qui constituent l’Europe et qui garantissent son existence. Maintenons ces nations et contentons-nous d’une confédération. Mais bâtissons-la tout de suite en lui donnant des pouvoirs limités au départ mais réels et précis. Et d’abord, désignons un exécutif. » Cet exécutif confédéral comprendrait des secrétaires d’État européens désignés lors des Conseils européens. Il animerait les politiques européennes fondamentales comme l’économie, la monnaie, l’environnement, la culture, les transports, la famille et la jeunesse. Il serait contrôlé par l’Assemblée représentant les peuples et par le Sénat représentant les États. La Confédération européenne aurait la primauté en matière de défense. En effet, Michel Jobert estimait « qu’il n’est pas de partisan sincère d’une Europe indépendante qui ne mette, comme condition indispensable à son existence, la réalisation prioritaire d’une politique de défense ».

À ses yeux, la Confédération européenne permettrait la réalisation de l’unité indispensable dans la diversité nécessaire. «L’avenir qu’il faut souhaiter à l’Europe est de rester composite de tant de peuples, de susciter la création quotidienne, de demeurer ce lieu d’accueil où la liberté peut s’exprimer, s’épanouir, chanter sa chanson, servir aux hommes. […] Il faut que les gouvernements, que l’Assemblée européenne constatent la réalité profonde de ce droit des citoyens à la différence. […] L’Europe n’aura de vérité, de solidité que si elle s’affirme originale, insolente et diverse. »

Il aurait aimé que les traités d’Amsterdam et de Nice musclassent l’Union actuelle… Il savait plus que jamais que les prochaines années du Vieux Continent seraient déterminantes. Alors, « soyons les sentinelles de cette Europe libre, dans notre révolution de citoyens, d’hommes responsables, soyons ceux qui appellent l’Europe à sa neuve liberté. Qu’elle prenne corps dans cette pièce silencieuse où vous lisez et où s’arme votre volonté ! » Dernier des gaulliens, Michel Jobert fut le premier des souverainistes européens. L’Esprit européen s’honore de l’avoir compté parmi ses fidèles lecteurs dès son premier numéro.

Maximilien Malirois

Bibliographie

- Mémoires d’avenir, Grasset, 1974.
- Les Idées simples de la vie, Grasset, 1975.
- L’Autre Regard, Grasset, 1976.
- Lettre ouverte aux femmes politiques, Albin Michel, 1976.
- Parler aux Français, Arthaud, 1977.
- La Vie d’Hella Schuster, Albin-Michel, 1977.
- Maroc, Extrême Maghreb du soleil couchant, Éditions Jeune Afrique, 1978.
- La Rivière aux grenades, Oued Kroumane, Albin Michel, 1982.
- Chroniques du Midi libre, Hachette / Midi libre, 1982.
- Par trente-six chemins (je n’irai pas…), Albin Michel, 1984.
- Vive l’Europe libre !, Ramsay, 1984.
- Maghreb, à l’ombre de ses mains, Albin Michel, 1985.
- Les Américains, Albin Michel, 1987.
- Journal immédiat… et pour une petite éternité, Albin Michel, 1987.
- Vandales !, Albin Michel, 1990.
- Journal du Golfe, août 1990 – août 1991, Albin Michel, 1991.
- Ni dieu ni diable. Conversations avec Jean-Louis Remilleux), Albin Michel, 1993.
- L’Aveuglement du monde occidental. Chroniques de politique internationale 1993 – 1996), Albin Michel, 1997.
- Les Illusions immobiles. Chroniques de politique internationale 1996 – 1997, Albin Michel, 1999.

• Paru dans L’Esprit européen, n° 9, automne – hiver 2002 – 2003.

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